Vous l’aviez manqué ?

Vous l’aviez manqué et vous en rêviez ? On l’a mis en ligne rien que pour vous !

Un an que nous sommes rentrés en France, ça fait du bien de repartir un peu, même à travers un écran…

Oyé, oyé !

Aff LeaLogan

An extra journey for Puffy

Puffy est venu nous voir, désolé, à l’hôpital.

« — Désolé les gars, je ne vais pas rentrer avec vous, même si l’assurance nous rapatrieraient en France tous les trois. Sia, Ezra et Reine m’ont proposé de continuer le voyage avec eux jusqu’en Iran. Rétablis-toi bien Léa. Et gardez la pêche ! J’vous enverrai des photos de chaque pays. »

Puffy est un bon gars. Et la famille australienne est une chouette famille. On pouvait difficilement lui souhaiter quelque chose de mieux.

« — À une prochaine Puffy, bon voyage ! »

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La dernière photo du voyage

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Le soir du premier jour de trek, on tombe tous les deux de cheval au galop. Léa hurle de douleur. On est à presque 1000 kms d’Oulan Bator, perdus dans le massif du Khingaï. On arrive à être rapatrier le lendemain à Tsetserleg 170 km plus loin pour rejoindre l’hopital le plus proche. Les scans des rayons X seront les dernières photos du voyage, l’appareil photo s’étant cassé dans la chute. Aucune ambiguïté avec les scans. Grosse fracture de la clavicule gauche. Rapatriement en France.

Chaque bonne histoire a sa chute.

L’Arkhangaï

Après avoir quitté Kharkhorin, on pédale une journée avec la famille australienne. Ils pédalent difficlememt plus de 30 ou 40 km par jours avec les enfants, nos rythmes sont différents et on se souhaite bonne continuation et bon voyage. Sans savoir qu’on se retrouvera quatre fois dans les jours suivants !

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Mais la pistes c’est aussi des montées sacrément plus coriaces, et une rivière à traverser dans chaque nouvelle vallée. On franchit quelques gués, nous mouillant parfois bien proprement. Une fois, l’eau jusqu’au milieu de la cuisse, un vélo s’est mis à flotter sur les sacoches !

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La tragédie de pédaler vers l’ouest en Mongolie. Ce pays est très bien adapté pour appréhender la notion de vent. Qui souffle constamment. Les belles journées ensoleillées signifient vent de face. Journées épuisantes. Tandis que pluie, neige et chutes de température coïncident souvent avec vent du nord ou de l’est. On avance bien principalement les jours de mauvais temps.

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Dans.un restaurant pour se réchauffer un midi après Tsetserleg, on guette au loin, espérant se faire rattraper encore une fois par les australiens qu’on a croisé la veille. Et soudain sortant du brouillard, deux vélos arrivent. On s’attend à retrouver des visages familiers, mais ce n’est ni une famille ni des tandems qui viennent à notre rencontre : c’est un couple français en route pour l’Iran à travers l’Asie Centrale. Et ce ne sera qu’une question d’heure pour que les australiens nous rejoignent. Ça fait une jolie équipe sur la route ! On pédalera trois jours avec Claire et Jérôme.

 

Le vent tourne, on l’a dans le dos et on trace. Et bien sur, le ciel se couvre rapidement et on se retrouve à 18h à quelques km d’un col, piégés dans une belle tempête de neige. Les bourrasques sont ultra violentes et on plante les tentes en urgence au bord de la route. On est à 1900m d’altitude. L’occasion de se rendre compte que nos nouveaux compagnons de route français sont aussi fadas de coinches ! Coincés dans nos tentes par ce petit blizzard n’aura pas été finalement si désagréable. Et puis deux heures plus tard le ciel se découvre. Toutes les montagnes couvertes de neige avec une superbe lumière. La Mongolie ne laisse pas indifférent.

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On continue en direction de Tariat et du lac blanc. Le ciel reste bien couvert avec parfois quelques pluies. Vous l’aurez.compris, on a le vent dans le dos. Joli bivouac près des gorges du Chuulut.

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On arrive à Tariat dans un restaurant où on s’arrête pour midi. Pour 5000 tugrik (soit un peu plus de 2€), on trouve quasiment partout des “tchivanes”, plat très populaire à base de nouilles, parfois légumes, et une énorme quantité de viande. On avait d’ailleurs bien rigolé avec Mele, la mère de la famille australienne, qui est végétarienne. Être végétarien en Mongolie, c’est pas facile. Tunga une femme de Tariat vient discuter avec nous pour nous convaincre de rester quelques jours dans sa guest-house. Après négociations, on s’installe pour quelques jours chez elle.

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On nous avait vanté la gentillesse et l’hospitalité des mongoles, mais finalement on n’aura pas rencontrer beaucoup de gens. Lorsqu’on demandait toilettes ou eau, on ne nous a jamais dit non. On échange quelques mots avec les curieux que l’on rencontre. On sera toujours bien accueilli si on souhaite rentrer dans une yourte, on se fera servir du thé et le feu sera rallumé. Mais on sent également assez fortement que les étrangers sont souvent perçus comme des portes feuilles en voyage. Dans les mini supermarchés, la caissière rajoute parfois à la note quelques tugrik. Dans les restaurants les tchivanes pourront coûter plus cher que le prix indiqué. La famille australienne demande presque tous les soirs aux yourtes s’ils peuvent camper à côté. S’ils ont rencontré des familles adorables, d’autres leurs ont demandé, après les avoir invités à dormir ou à manger, de payer des montants déraisonnables. Le tourisme en plein développement est une rentrée d’argent significative pour le pays.

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On reste la soirée dans la guesthouse. Pour la douche, il faut aller à celle du village. Les toilettes sont comme presque partout un trou plus ou moins rempli dans une cabane. La vie en Mongolie est simple, et dans un cadre exceptionnel. Tunga le soir fait elle même ses nouilles pour les tchivanes, de la farine de l’eau et du sel. Le tout pétrie, étalé, chauffé sur le poêle, et découpé avant d’être cuit dans l’eau. Le soir, le mari de Tunga avec plusieurs autres de ses amis immobilisent tout à tour trois chevaux à terre. Avec un couteau et deux batons, les animaux sont castrés à vif. Ces jeunes mâles dans l’insouciance de leur jeunesse se battaient entre eux pour des juments. Et avaient fini par séparer en différents groupes le troupeau. Les testicules seront recueillies dans un saladier pour être mangées crues ! Pour garder les propriétés de toutes les vitamines d’après ce qu’on comprend. C’est parait-il très bon pour la prostate. On nous en propose quelques morceaux, que l’on refuse poliement. On n’a pas de problème de prostate pour l’instant.

Et ça a été efficace, le lendemain, le troupeau reste bien ensemble.

Les français continuent à l’ouest en direction de la Chine et du Kazaksthan. On remontera nous dans les prochains jours au lac Hövsgol, au nord, avant de revenir à Oulan Bator. Mais des voix familières attirent notre attention un matin, la famille australienne de nouveau ! Le lendemain c’est l’anniversaire de Reine la plus jeune, qui va avoir cinq ans. On fait une chouette balade pour atteindre le sommet d’un volcan pas très loin. Le lendemain, on décide de partir deux jours en trek à cheval tous ensemble. On se familiarise petit à petit avec les montures, les trois enfants montant avec trois adultes. Superbe expérience de galoper dans ces espaces infinis. Jusqu’à ce que le drame finalement arrive…

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Le vent de face, ça fracasse !

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La Mongolie a été pendant longtemps sous le pouvoir direct de Moscou, jusqu’à l’effondrement du régime soviétique. Le pays a ensuite connu la transition vers une démocratie parlementaire. Froit, notre hôte néérlandais à Oulan Bator s’amuse de quelques anecdotes.
Les membres du congrès et du gouvernement aux USA possèdent 0.1% de la richesse de leur pays. Les membres du gouvernement en Chine possède 1% de la richesse de leur pays. Les membres du parlement et du gouvernement mongoles eux possèdent entre 7% et 8% de la richesse de la Mongolie ! La richesse de ce pays enclavé venant majoritairement du tourisme et des exploitations minières.
Dans les médias, on ne peut pas se moquer de deux choses : des politiques et de Gengis Khan, le héros national. Froit avait reçu un appel du bureau de l’immigration, lui demandant de retirer une caricature du grand conquérant de sa page facebook. On ne plaisante pas avec Gengis.
Après avoir fait prolonger nos visas, on planifie notre itinéraire pour le mois qui arrive : une grande boucle à l’ouest passant par le massif du Khangaï et par le lac Khovsgöl. On quitte l’agglomération d’Oulan Bator, concentrant quasiment les 2/3 des habitants du pays. La circulation y est anarchique. Chose curieuse, bien que l’on roule à droite, la majorité des voitures ont aussi le volant à droite ! Ce sont pour la plupart des véhicules japonais d’occasion.

Après une vingtaine de km, on se retrouve dans la steppe mongole, au milieu de nulle part. Des collines à perte de vue, parsemées de quelques yourtes et de troupeaux de bétail. Le sentiment d’être perdu dans l’immensité est sacrément chouette. Et ce sentiment ne nous quitte pas.
La route est asphaltée. Comme maintenant la plupart des axes principaux du pays. Les choses évoluent rapidement. On ne se plaint pas. En vélo, on peut avancer.

Il y a des petites villes à peu près tous les 100 kms, pour refaire quelques courses. Et puis il y a toujours une yourte pas très loin pour demander un renseignement ou un peu d’eau. C’est un pays merveilleux pour le camping. Il suffit simplement, une fois fatigué de s’éloigner de quelques centaines de mètres de la route pour trouver un p’tit coin de prairie paradisiaque. On a toujours l’impression d’être absolument seuls, mais les visites ne tardent jamais. De derrière une colline, un cavalier arrive. Ou alors sortant de nulle part un motard vient à notre rencontre. Curieux, faisant le tour du campement, regardant avec attention les vélos, essayant de communiquer malgré la rude barrière de la langue, avant de repartir dieu seul sait où.

La Mongolie est le pays du ciel bleu, et pour le coup les journées ensoleillées sont superbes. Dans ces immenses espaces rien n’arrête le vent, qui vient surtout de l’ouest. Et qui souffle continuellement entre 8h et 19h. Et on se dirige pour plusieurs centaines de kilomètres vers l’ouest. Oui, on trace l’itinéraire avec soin. On a quelques répits lorsque le vent change de direction et décide de souffler du nord. Apportant le froid de la Sibérie. Les températures alors dégringolent et les flocons de neiges tombent. Deux fois déjà on a eu une petite surprise le matin. Le temps change vite. Surtout au printemps. On est en sandales et t-shirt la veille, puis on enfile moufles et doudoune le lendemain. Alors qu’on est mi-mai ! Qu’est-ce que l’hiver doit être…

La steppe au printemps, c’est une rase prairie avec quelques fleurs épargnées par les moutons, et des cadavres ou des os d’animaux de partout. Ceux qui n’ont pas tenu le rude hiver. Et ils sont nombreux ! On campe souvent entre un tibia, un crâne et quelques vertèbres de vaches ou moutons.

Et un jour, après une descente, la steppe tout d’un coup disparait pour laisser place à une dune de sable, de plusieurs dizaines de kilomètres de long mais seulement quelques mètres de large. Jolie curiosité géologique. Bien exploitée d’ailleurs par le propriétaire du camp de yourtes juste à côté qui propose des nuits aux touristes à des prix qui s’accrochent aux étoiles.

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Dans quasiment toutes les vallées se trouvent une poignée de yourtes, avec des centaines d’animaux vagabondant librement dans les pâturages sans fins. Chevaux, vaches, chèvres et moutons se déplacent en larges troupeaux. Très peu d’animaux sauvages. Et absolument pas d’arbres pendant une bonne semaine. Les oiseaux par contre eux dans l’excitation du printemps nous interpellent du matin au soir en sifflant.

On aperçoit également d’énormes rapaces, faucons, vautours et aigles. Les vautours en groupe s’affairant autours des carcasses d’animaux morts. Spectacle assez impressionnant.

L’alcoolisme est dans ce pays aux rudes conditions climatiques extrêmement rependu. Plusieurs fois des motards ou des chauffeurs ralentissent à notre hauteur par curiosité, et nous font presque vaciller avec les vapeurs d’alcool de leur haleine. On boit ici la vodka. Qui ne coûte d’ailleurs quasi rien. En témoignent les centaines de bouteilles vides le long des routes. Pourtant sur les routes on ne s’est jamais vraiment senti menacés par la conduite des mongoles. Au bivouac un soir un 4×4 arrive de nulle part puis s’arrête. Le chauffeur en sortant du véhicule manque de tomber et vacille lourdement sur plusieurs mètres. Il parle anglais, incroyable ! Il veut nous aider et veut qu’on aille avec lui. Arf. Bon, on est pas très confiant, on réflechit. Il en profite pour ouvrir une bouteille en plastique de bière de 2.5L de la blanquette arrière. On visite une yourte voisine. De sa famille. Charmantes personnes. Qui nous donne un litre de lait frais, et un cuisseau de mouton cru.

Amis-Mongolie

La Mongolie n’est clairement pas la meilleure destination pour les végétariens. Faute de labels agricoles, la viande s’exporte très mal. Et pourtant, il y en a du bétail dans le pays ! Notre régime alimentaire est sur-protéiné.

On arrive à Kharkhorin, à 350 km d’Oulan Bator. Cette petite ville de moins de 10000 habitants était au XIIIème siècle la capitale de l’empire mongole. Gengis Khan a uni les tribus nomades turco-mongoles pour conquérir ce qui allait devenir le plus grand empire qu’ait connu l’humanité !
Les « empires civilisés », romans, byzantins, perses ou chinois, ont toujours tremblés face aux nomades du nord de l’Asie, durcis par la rudesse du climat. L’Histoire retient certains noms, Attila, Tamerlan ou Gengis Khan. Ce dernier soumit la Chine entière, la Perse, le Moyen-Orient et jusqu’à l’Europe de l’est. La Chrétienté de l’Europe occidentale y échappa de peu, les hordes devant revenir en Mongolie pour des histoires internes de succession. Et c’est de Kharkhorin qu’a été pendant près d’un siècle administré ce gigantesque territoire. À cette époque on trouvait dans cette ville une dizaine de temples bouddhistes ou taoïstes, deux mosquées et même une église ! Des conseillers venaient de Chine, de Perse, et des ambassadeurs étaient même envoyés par le Pape ! Essayant en vain de convertir le conquérant. Puis la capitale administrative de l’Empire sera déplacé à Pékin. Ce sera là que Marco Polo sera reçu, par un héritier.
Mais bien peu de chose ne subsiste de ce passé prestigieux pour les mongoles. Dans la ville, quelques statues et quelques fondations. Des campements de yourtes, des maisons de toutes les couleurs, quelques vaches qui broutent et des agneaux stupides qui ont encore perdus leur mère. On est bien loin de la folie sanguinaire de ces temps passés. On a quand même une pensée pour tous les voyageurs de ces époques, commerçants ou diplomates qui partaient traverser toute l’Eurasie. Ils ne rentraient pas en transsibérien.

Paysages-3-Mongolie

 

Autre curiosité à visiter à Kharkhorin, un monastère bouddhiste du XVIème siècle qui avait abrité jusqu’à 1000 moines ! La Mongolie était très proche du Tibet. Il a ensuite été détruit lors des purges soviétiques, accompagné du massacre du clergé. Aujourd’hui, quelques bâtiments subsistent, et quelques moines officient de nouveau.

En cherchant un endroit où se reposer quelques jours dans la ville, on rencontre d’autres cyclos voyageurs. Toute une famille même ! Australienne. Avec deux filles et un garçon entre 4 et 7 ans, voyageant pendant une petite année en vélo en Asie. Toute la famille tient sur deux tandems ! Travail de forçat pour les deux parents. On passe trois chouettes journées ensembles à visiter Kharkhorin, puis à pédaler plus à l’ouest. Les enfants ont une vitalité géniale.

Bivouac-Mongolie

Ourche !

L’ourche est un mammifère des hauts plateaux d’Asie centrale, que l’on peut croiser dans les zones de végétation mixtes. Issu de l’union charnelle entre un ours de Sibérie et une vache de Mongolie, il ne peut se reproduire. Il partage son temps entre les forêts et les prairies, retrouvant son père un week-end sur deux  et restant sinon avec le troupeau maternelle dans les pâturages. Une garde partagée. C’est un signe de bonne fortune pour le propriétaire du troupeau qui peut espérer prospérité.

Ourche

La passion du kebab…

Ferme dans le désert de Gobi en Mongolie

Ferme dans le désert de Gobi en Mongolie

À Erehnot lundi midi, on a retrouvé Mathieu (son blog : http://voyages-montagnes.blogspot.com/), un autre cyclo-voyageur français avec qui on était en contact grâce à warmshower. On décide de passer la frontière ensemble. Il faut savoir que ce poste frontière est embêtant pour les cyclistes, pour les marcheurs, les cavaliers… Bref pour passer ce no man’s land entre la Chine et la Mongolie, il faut être dans un véhicule motorisé. Imaginez sachant cela, une foule de jeeps et 4×4 attendant des passagers pour ces 3 inévitables kilomètres… Évidemment, pas de prix fixes, c’est un drôle de business. À la première jeep qui nous accoste, 3 personnes et 3 vélos chargés comme des mules, on n’hésite pas longtemps. Poste chinois, PAF ! tampon de sortie. Poste mongole et PAF ! tampon et bienvenue 🙂

Comme on a oublié l’idée de traverser le désert de Gobi, on va rejoindre la capitale en train. De Zamiin-Uud, 710 kms jusqu’à Oulan Bator. Une nuit en train au lieu d’une dizaine de jours à pédaler. Ici, les caractères chinois sont devenus du cyrillique, nostalgie des Balkans en automne dernier… On déchiffre quelques enseignes autour de la gare, mais une en particulier se détache et illumine nos regards. KEBAB, en grandes et belles lettres lisibles. Les estomacs ronronnent de plaisir, mais raison gardée il faut, on va d’abord s’occuper des billets de train. Départ a 18h15, on a nos couchettes pour une dizaine d’euros. Le train coûte aussi peu cher qu’en Inde… Pour les vélos, le wagon cargo les accepte sans emballage pour 6€ chacun. À ce prix, ils ont une couchette eux aussi éhéh.

Zamiin_Uud

Voilà, tout a été trop facile, les vélos sont dans le wagon, nos billets en poche, on a encore 1h à tuer. Logan ose la petite blague

"Ah, ça serait drôle que le train parte sans nous, avec les vélos !". 

Et devinez quoi ? On a mangé un kebab !! Ce kebab qui nous manquait tant… Le vendeur demande si on les veut emballer pour le train. On va les dévorer de suite, vous inquiétez pas. Il insiste en nous montrant le train du doigt. Pas besoin, vraiment. On s’assoit, à la gare, plein de concentration sur notre précieux sandwich. On est vraiment très concentrés. Mais Mathieu note tout de même que le train siffle le départ.

 Train-Mongolie

« — Non, c’est pas le départ, on a encore une heure.

— Attends, y’a pas un décalage horaire avec la Chine ? »

Un regard vers le train qui commence à bouger. On court !!!! Les portes sont fermées, on ne peut plus monter. Une employée de la gare arrive en courant et nous crie « TAXI ! ». On la suit en courant, sac au dos et kebab en main. Le chauffeur nous voit, on s’arrête, on négocie très vite le prix et on saute dedans. Il allume le moteur et la radio. Le son est aussi violent que sa conduite. Dérapage dans le sable, 130 km/h sur l’autoroute, on finit nos kebabs avec la peur de les voir ressortir… Conduite sportive de rigueur, on aperçoit le train ! On le dépasse ! La prochaine gare est là ! Et le chauffeur ralentit… Tout son cinéma de Didier Auriol juste pour nous faire stresser et nous faire arriver pile poil comme le train pour éviter d’attente à la gare et re-négociation du prix de la course sur ces 15 petits kilomètres… Avec cette erreur du taxi, on aurait pu mettre 3 vélos en plus dans le train.

Morale de l’histoire ? Oui, le kebab valait le coût 😉 

Train-Couchette-Mongolie

Dans le train, les hôtesses nous apportent du thé une fois assis sur nos lits. Après le train en Inde, pour nous, c’est le grand luxe ! Le wagon n’est pas rempli, il n’y a que 6 couchettes par compartiment et pas 8, les lits ont un matelas supplémentaires + des draps + des coussins !! Il y a de l’eau chaude à volonté et les toilettes ne sont pas seulement un trou. On profite tout de même un peu du paysage du Gobi. Une plaine de sable à perte de vue. On guette les chameaux à l’horizon, quelques yourtes, des troupeaux de chèvres, des chevaux… On est en Mongolie.

Après quelques temps dans les 2 pays les plus peuplés du monde, on débarque en Mongolie. Pour vous donner un ordre d’idée, il y a autant d’habitants ici qu’en Albanie et le pays fait 3 fois la superficie de la France. En Inde, il y a environ 329 habitants par km2. En Mongolie, à peine 2 hab/km2…

 Après une bonne nuit, on arrive par une fraiche matinée à Oulan Bator. Mathieu avait un contact qui accepte qu’on campe sur son terrain. C’est Froit, un hollandais qui nous accueille chaleureusement avec sa femme et sa petite fille dans sa maison. Ils exportent en France de chouettes yourtes en mélèze made in Mongolia, à bon entendeur. 

Les températures augmentent doucement l’après-midi, et il neige toute la journée le lendemain. En mai, le frisson de l’hiver après avoir eu la chaleur suffocante en Inde et le printemps en Chine.

Welcome in Mongolia !

Oulan Bator

Un, deux, trois… en chinois

Voici comment comptent les Chinois sur les doigts de leurs mains !

 

“Bêêê”

Mouton-Mongolie

Bon vent la Chine

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On passe deux nuits chez notre hôte couchsurfing à Xuanhua, le temps de se reposer et de nous laisser surprendre en se promenant dans cette ville. L’activité est importante le soir dans la rue principale piétonne. Des groupes tous âges confondus jouent avec un volant à se faire des passes avec le pied. Ce sport chinois se popularise un petit peu en Europe aussi, variante du badminton. En français, ce sport s’appelle Plumfoot.
Et puis entre les vendeurs de brochettes de calamars, de mouton, de porc ou de poulet, d’autres groupes dansent, chacun au son de sa musique. Les groupes de danse traditionnelle à coté des groupes d’aérobic, bougeant énergétiquement sur de la techno musclée. Le contraste est superbe. Et c’est la même activité fourmillante tous les soirs, en plein air, un festival quotidien.
L’enfant de notre hôte a 15 ans et prépare des examens. Sa mère veille particulièrement à ce que son travail soit assidu… Elle nous dit avec fierté qu’en rentrant au lycée, ses journées d’études commenceront à 6h et se termineront à 22h, avec seulement le dimanche après-midi de libre. Puis ce sera l’université. Elle espère qu’ensuite il travaillera pour le gouvernement ou pour une grande entreprise. La pression scolaire sur les enfants est vraiment importante. D’autant plus avec la politique de l’enfant unique.
Le matin on peut apercevoir des petits groupes faisant quelques exercices, ou bien pratiquant ce qui ressemble à du Qi Gong. On continue notre route jusqu’à Zhangjiakou.

Zhangjiakou-tai_chi_chuan-Chine

Dans cette grosse ville de quelques millions d’habitants, entourée de montagnes, on retrouve Yang Yijun, un warmshower qui se libère l’après-midi pour pédaler avec nous dans l’agglomération.
« – Vous avez besoin de faire réviser vos vélos ? »
« —ah, non non c’est bon, pas de problème tout va bien »
« —la marque c’est Cube ? Giant ? Hé je connais un magasin Giant. Ce sont des amis, venez. Pas d’argent, ne vous inquiétez pas. »
Sans trop comprendre ce qui nous arrive on se retrouve avec les vélos dans un atelier avec 4 employés se jetant sur nos montures.
« —excusez-moi, ce patin de frein est usé, vous me permettez de le changer ? »
« — ce câble est dans un sale état, je peux en mettre un nouveau ? ».
Les réglages sont ajustés, tout est proprement graissé. Les vélos ronronnent de plaisir.

Merci_Giant.ChineExtrêmement peu de gens peuvent parler anglais, mais à l’ère des smartphones (qu’absolument tout le monde a en Chine), les traducteurs en ligne nous sauvent. Ah la technologie !
Bien sûr, on n’utilise pas Google translate. Google est bloqué en Chine depuis un litige avec le gouvernement il y a plusieurs années. De même, Facebook et Youtube ne fonctionnent pas, ainsi que les sites over-blog, le quotidien en ligne Le Monde et de nombreuses autres pages internet. Le blog de Mélenchon, le Figaro, The Guardian et Marianne eux fonctionnent. Ainsi que notre site WordPress. Allez savoir pourquoi. Les comptes Gmail sont donc inaccessibles sans VPN, petit logiciel pirate pour contourner la censure.
L’équivalent de Google en Chine est Baidu. C’est notre nouvel ami, sans lui, notre communication se réduit à des onomatopées et à des mimes (on remarque d’ailleurs la sophistication croissante de nos mimes).
On visite la Grande Muraille de Zhangjiakou. Et oui, elle fait plusieurs milliers de kilomètres de long ! Mais cette partie est en très mauvais état, rien à voir avec le mur majestueux s’accrochant aux crêtes près de Beijing. Seule une petite portion est reconstruite, comme pour légitimer les magasins de souvenirs et le prix trop cher des bouteilles d’eau. Et Yang nous emmène dans un magasin qui vend des recharges de gaz pour notre réchaud ! Une toute petite enseigne outdoor. Héhé, fini les balbutiements avec le « réchaud » à alcool.
Deux routes sont possibles, une à l’ouest qui remonte tranquillement vers 1300m d’altitude, et une autre plus au nord qui débouche sur un plateau entre 1400m et 1500m. Direction le nord ! Vers Saihantalazhen
Ah les routes en Chine. Routes grand confort s’il vous plaît. En deux ans, le gouvernement en a fait construire plus de 300 000 kms ! Soit plus que le total des routes construites les 50 années précédentes.

Après 700m de dénivelé, rencontre avec un cyclo chinois qui va dans l’autre sens. Le tonnerre gronde, l’orage arrive. Juste le temps de se réfugier dans un restaurant le temps que ça passe. On patiente en regardant le petit journal, sans remarquer que nos voisins de table payent le repas pour nous…
Merci !? On a le vent dans le dos ! On avale les kms en fin de journée. On s’attendait à trouver de grandes prairies, mais le sud du plateau plus fertile est largement cultivé. Tout était vert à Zhangjiakou, les arbres étaient en fleurs dans la montée, mais ici les premiers bourgeons sont encore bien frileux. Même si la région est largement cultivée, il y a vraiment peu de gens qui y vivent. Il n’y a pas de fermes isolées comme dans les autres pays, ce sont des villages agricoles à moitiés désertés, séparés les uns des autres par plusieurs kms. On se trouve un petit coin de bivouac tranquille.

La prochaine ville est 70 kms plus loin, longue étape le matin sans vent avant la pause de midi. Un plaisir. On pédale avec des centaines de pies et de corbeaux qui nous encouragent. Des ombres bougent dans un pré. Ce sont des sortes de minis marmottes blanches !
Puis le ciel s’assombrit aux alentours de 11h. On sent les premières rafales. Des énormes colonnes de fumée s’élèvent. Ah ça bouge. C’est pas de la fumée, c’est du sable ! On passe un mauvais quart d’heure, puis le vent se calme et tout redevient normal.

Tout d’un coup les arbres sont en nombre beaucoup plus réduit, et les champs laissent place à de grands espaces dans lesquels se promènent des troupeaux. On quitte la province du Hebei pour entrer en Mongolie Intérieure ! Les panneaux sont maintenant à la fois en caractère chinois et en mongole. Avec l’alphabet historique de 33 lettres, mis au point au XIIIème siècle au temps de Gengis Khan. (Alors qu’en Mongolie, l’alphabet cyrillique est majoritairement utilisé. Héritage soviétique).

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Steppe-ChineUn peu éprouvés par l’épisode “grand vent” de la journée, et n’ayant pas pris de douche depuis plusieurs jours, on part à la recherche d’un hôtel. On demande conseils à des chinois que nous n’arrivons pas à comprendre. Oui, parce que on ne voit pas afficher « hôtel », tout est en caractères chinois. On nous balade à droite à gauche. On rencontre un gars qui semble prendre la situation en main. Il passe 15 coups de fil et a une sacré chouette dégaine de parrain. Sur son mini scooter électrique, on le suit se perdre dans des avenues avant de nous trouver fièrement un hôtel. Un peu cher. On accepte, mais en déchargeant nos affaires, un officier de police débarque, vociférant de partout. Seul un hôtel dans la ville est habilité à accueillir des étrangers. Notre parrain en scooter passe de nouveau 15 coups de fil, puis nous emmène dans ce fameux hôtel. Il nous fait patienter et fait venir un autre chinois qui sort d’une énorme voiture noire. Parrain on vous a dit. 🙂 Avec le copain traducteur Baidu, il nous dit d’attendre dans le hall, que tout va bien et que l’on va dormir ici cette nuit. L’hôtel a une entrée avec vitres en tourniquet. Ce qui est en général mauvais signe pour les prix. Dans le hall, d’énormes vases en porcelaine et des sculptures de dragons encadrent une statue en or imposante de Mao. Tout est luxueux. Ce qui est en général encore plus mauvais signe pour les prix. On attend donc, épuisés. Ne sachant pas qui ni quoi d’ailleurs. Puis un énième larron débarque une heure plus tard, imbibé d’alcool. C’est un officiel du gouvernement. On ne comprend pas trop mais tout s’arrange. On ne paye pas bien plus que dans une petite auberge de jeunesse. Et après 4h depuis le début de la recherche de l’hôtel, on s’écroule sur les matelas de la chambre.

Le lendemain, on essaye de redémarrer. À cause des hautes pressions de Sibérie, les vents viennent principalement du nord ouest pendant le printemps. Et notre route est exactement orienté nord ouest. Arf. On fait 5 kms et après une pointe à 8 km/h en descente, on s’effondre à l’abri dans une station essence. On rencontre Wang, une chouette femme qui accepte de maudire avec nous le vent et le printemps. Elle nous propose de dormir dans la “water house” la nuit, avec son mari, sachant qu’on ne pédalera plus aujourd’hui. “Water house” ? On imagine un château d’eau. Elle nous emmène à un puits quelques kms plus loin perdu dans la steppe.

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Un énorme travail de reforestation est organisé par le gouvernement pour lutter contre la désertification des terres. Et pour le coup ça fait 200 kms qu’on voit le long des routes des camions transporter des petits arbres, des pelleteuses creuser des trous pour que des travailleurs en plantent plusieurs dizaines de rangées.
Dans cette ville, les arbres ont été plantés sur plusieurs hectares tout autour, mais le climat est très sec, juste au sud du désert de Gobi. Il faut donc leur apporter de la flotte ! Travail titanesque. Des dizaines de camions viennent remplir leur citerne au puits, tous les jours du lever au coucher du soleil, pour arroser cette jeune forêt artificielle !

On essaye de continuer le lendemain. Le vent est calme en début de matinée, on commence à 7h. Bonne surprise, les éoliennes ont changé d’orientation ! Orientées N-O la veille, elles sont maintenant orientées S-E. Quand le vent se lève on l’a soit dans le dos soit sur le côté ! On avale les kms avec un régal sans nom. Les paysages sont grandioses, de vastes étendues de prairies plus ou moins sèches. Premier aperçu des steppes de Mongolie. Et même perdu dans la steppe, le gouvernement chinois arrive à mettre des caméras de surveillance…

Et puis le vent change d’avis. Et nous apporte ses parfums de Sibérie. Arf. Impossible de continuer. On fait du stop. Quelques voitures s’arrêtent, mais il faut faire rentrer les vélos aussi. On arrête finalement un bus qui accepte de prendre les vélos pour rejoindre Saihan Tal, 130 km plus loin. (Tricheurs, murmure Puffy).
L’horizon se bouche, le ciel devient ocre et des bourrasques soufflent sable et poussière dans les rues de la ville. On voit difficilement à 200m. Et ça dure tout le reste de la journée. Ah, c’est donc ça une tempête de sable ! Sacrément impressionnante. Ça se produit régulièrement au printemps d’après ce que l’on apprend. Elles continuent leur déplacement au sud est, se chargeant de produits polluants dans les bassins industriels chinois et atteignant Beijing, la Corée et le Japon.

On rencontre ZhangDandan et Zhaoming, qui nous proposent de diner ensemble et de nous offrir la nuit en hôtel. « – Faut pas planter la tente avec ce temps !  » Et de même seul un hôtel est habilité à accueillir les étrangers ici. En trois jours on aura donc passé une nuit dans un hôtel confort, puis une nuit sur une palette dans une cabane près d’un puits, puis de nouveau une nuit en hôtel confort. La demi mesure ? Connait pas. La statue de Gengis Khan remplace celle de Mao dans le hall cette fois.Saihan _tal-Amis-2-Chine
On se retrouve à 18h le soir pour aller manger ensemble. Dans la voiture :
« — Vous voulez un hamburger ? »,
on se retrouve à diner dans un fast-food. Ah non, on n’avait pas compris, c’est le repas avant l’autre repas. Le ventre plein, on se déplace dans un autre restaurant, plus typique. La bouffe est géniale, des dizaines de brochettes de mouton, de bœuf et d’articulations de poulet, des champignons et autres légumes remplissent la table. Chouette soirée avec nos bienfaiteurs. Catholiques, ils nous disent que c’était le destin. Le destin est un sacré chouette gars.

Saihan tal-Chine

Le lendemain, le vent ne faiblit pas. L’horizon est toujours jaune sable, on prend un autre bus pour Erenhot, ville frontière avec la Mongolie. Plusieurs dizaines de milliers de chinois vivent ici perdus au milieu de nulle part, dans le désert de Gobi. Hiver glacial, printemps et automne avec des tempêtes de sable et été avec une chaleur écrasante. Promis, on ne se plaindra plus du climat du Pilat !

Tchin Chine ! 你好中国

Les vélos sont proprement emballés. Pas mal de bagages. On pèse le tout juste avant le check-in, merde, on dépasse le poids auquel on a le droit. On tasse deux trois trucs supplémentaires dans nos bagages à main. On a le droit à 30kg chacun en soute. Finalement au contrôle le tout pèse exactement 60kg. C’est un travail de précision. Lea_Et_Son_Velo-NewDelhi

Après 2 avions avec une escale à Colombo au Sri Lanka, on arrive à 23h à l’aéroport de Pékin. Visas en règle, bagages et vélos récupérés en bon état, on ré-assemble le tout. Comme en Inde, quelques curieux s’arrêtent, observent, prennent en photo… Les plus audacieux nous indiquent du doigt comment faire ! Un ou deux moins timides viennent nous parler, en chinois. Arf. Un policier s’arrête, et lui, parle anglais. Commentaire de sa part : « la Mongolie, c’est loin ». Merci m’sieur.
On sort à 2h du mat de l’aéroport et on a une bonne et une mauvaise nouvelle. Une superbe voie réservée aux cyclistes longe la route mais il pleut des cordes ! 10kms plus tard, à 3h du matin quand on arrive chez Duncan, notre hôte (bien sympathique pour nous accueillir à cette heure-ci !) nous rassure vite : c’est assez exceptionnel, il n’avait pas plu depuis octobre dernier. Bon ça va, c’était notre averse de bienvenue.

Duncan-logan-PekinOn passe quelques jours à Pékin. Du repos et quelques courses avant de prendre la route. On pourrait rester des heures dans les supermarchés chinois. Petite musique classique, ambiance détente, sereine. Dans une partie les fruits et légumes secs, avec aussi les fleurs séchées, les champignons, les racines… À la poissonnerie, on se croit plutôt à l’animalerie, hormis les produits surgelés, tout est frais, frétillant dans son bocal. Des poissons, calamars, crustacés et gros crapauds. Ah et bien sûr, tous les emballages sont en chinois, c’est un peu la surprise quand on ouvre ce qu’on achète.

On n’avait pas encore été trop confronté à la barrière de la langue, on se débrouillait avec l’anglais jusqu’à présent. Quand on a voulu prendre un ticket de métro et qu’il a fallu dire cet arrêt au guichet, on a pressenti de potentielles complications futures pour la communication en Chine…

Logan-Copain-PekinOn profite des quelques jours à la capitale pour voir Ronan, un copain de Nancy qui étudie ici en master. L’occasion de bien discuter et de manger une brochette de cafards frits. Héhé. On trouve dans la rue plein de petits grills qui font des brochettes. Des brochettes d’insectes (cafards, sauterelles, scorpions…), des brochettes de la mer (pieuvres, poissons…), des brochettes de viandes (ce bœuf qui nous avait manqué en Inde, du mouton, poulet, porc, serpent…), et des brochettes d’intérieur d’animal (cœur, foie…). Miam ?

On nous avait mis en garde contre l’extrême pollution de la capitale, mais finalement on se retrouve certes dans une mégalopole immense, mais bien aérée avec de la verdure un peu de partout, sans déchets, avec un trafic raisonnable et un ciel bleu superbe. Bon il parait qu’on a de la chance. Après l’Inde on a vraiment l’impression d’avoir retrouvé l’Europe.

Pour limiter le nombre de voitures dans l’agglomération, le gouvernement a mis en place une loterie pour les propriétaires des voitures, les gagnants reçoivent une plaque d’immatriculation et ont le droit de conduire leur véhicule. Les autres prennent le métro ou le taxi en attendant leur tour.
Il nous manquait les recharges de gaz du réchaud pour pouvoir nous remettre en selle. Pour la popote du soir. Direction le Décathlon le plus proche. Une heure de métro, 1h à pied pour finalement découvrir que « le magasin n’est pas habilité à vendre des cartouches de gaz pour des raisons de sécurité »,  alors qu’ils vendent les réchauds !

Rien n’est simple en Chine.
没有什么是中国简单。

Et c’est parti, on se remet à pédaler ! La capitale est démesurément grande, mais on en sort facilement, c’est royal pour les cyclistes. Les voies qui nous sont réservées sont parfois presque aussi larges que les routes principales du Rajasthan en Inde. Bon, c’est pas très difficile non plus. 🙂 On s’attendait à voir beaucoup de vélos vu la largeur de la voie, mais ce sont surtout des petits scooters, mobylettes, rickshaw, tous électriques qui zigzaguent avec nous. Les montagnes sont toutes proches, et rapidement on sort de la grande plaine de Chine pour s’engouffrer dans une vallée. Des cohortes de bus emmènent les touristes sur les différentes sections aménagées de la grande muraille de Chine. Un virage et ça y est, on aperçoit un premier pan de mur qui glisse d’une crête jusqu’au fond de la vallée. Visions surréalistes de ces constructions titanesques.

On sort du massif montagneux pour arriver sur un premier plateau à 500m d’altitude. On aperçoit au nord les montagnes atteignant les 2000m. Derrière, c’est l’immense plateau de Mongolie intérieure.

On a bricolé un petit réchaud à alcool pour le café du matin. Un grand succès. On arrive presque à faire tiédir de l’eau.Nouveau-Rechaud-chine

Partout le gouvernement fait la promotion des jeux olympiques d’hiver qui se passeront en 2022 ici ! Les infrastructures se développent. Un énorme projet prévu pour aboutir en 2020 permettra de rallier Beijing à Zhangjiakou avec un train souterrain ! Plus de 250kms sous les montagnes qui seront traversées en une quarantaine de minutes…

La végétation petit à petit disparait, les montagnes se rapprochent, des éoliennes fleurissent de partout et le vent se lève. Le vent de face. Les coups de pédales deviennent fastidieux, les yeux sont aveuglés par le sable et la poussière. Et damned, on a quand même super mal aux fesses. Ah la reprise.

La nourriture ne coûte pas très cher, et on s’arrête dans des restaurants à midi. Le premier repas, on regarde la carte, et on se fie aux images.

MiamMiam-Chine

On sait pas ce que c’est mais c’est bon !

Et oui, c’est pas facile les caractères chinois. On pense commander un bon plat de nouilles avec un plat de poulet. On se retrouve avec une assiette de pomme de terre râpées quasi crues minée de petit piments rouges particulièrement fourbes, et avec une assiette de poulet dans une marinade froide au vinaigre. On termine le repas en mangeant le pain qu’on a acheté en grande surface, qui se révèle être une brioche fourrée au chocolat. C’est pas facile la Chine.
Non mais il y a quand même des supers plats ! On s’est régalé avec des bols de nouilles géants, qu’on mange en un temps record avec les baguettes. On rigole bien et à chaque resto, les serveurs nous prennent en photos, ça donne quelque chose comme ça.

Le second soir on sort de l’axe principal pour trouver un endroit pour bivouaquer. On tombe sur un village. Les villages sont des sortes de gros baraquements avec des maisons identiques de partout. Ça transpire le communisme. On rencontre un sympathique villageois qui nous indique un endroit tranquille. On essaye de communiquer pendant un sacré moment, on rit plus que l’on se comprend. Il feuillette notre petit guide de conversation avec des phrases toutes faites, du type
« le vin n’est pas assez frais »,   酒是不是够酷
« où se trouve le compteur électrique »   电表在哪里
« cette chaise est-elle libre ? »   这个座位是免费的吗
« doit-on verser des arrhes ? »   我们应该交纳押金
Finalement il tombe sur LA question qu’il cherchait :
« que puis-je faire pour vous aider ? »   我能做些什么来帮助你
charmant personnage, on se promet d’apprendre le mandarin la prochaine fois qu’on voyage en Chine.

On doit rejoindre le soir du troisième jour une hôte couchsurfeuse à Xuanhua. Le vent ne faiblit pas. Les paysages très minéraux sont magnifiques. On rencontre lorsqu’on s’arrête pour manger à midi Yuan Mia, le propriétaire d’un magasin d’alcool. Parlant quelques mots d’anglais, on arrive à échanger, et très vite on se retrouve avec des sucreries, des bouteilles d’eau, des saucisses à hot-dog et des verres d’alcool fort devant nous. « I love liquors, that is why I open this shop ». Il nous reste encore pas mal de bornes avec le vent, on flaire un piège délicieux. « You can sleep here, no problem ! « . On résiste et on refuse de nouveaux verres. Il faut continuer. Notre nouvel ami a le temps de se vider au moins 5 nouveaux shots, et nous dit au revoir chaleureusement en glissant une bouteille de liqueur dans une sacoche de vélo. Chouette rencontre éphémère. La magie imprévisible du voyage.

On parcourt les derniers kilomètres, rotant avec régularité les verres de gnôle. On passe à côté d’une mine de charbon sur quasiment 10 kms. Nos visages deviennent rouges et noirs, de soleil et de charbon.

Xuanhua-Chine

Xuanhua-Chine

On est accueillis à Xuanhua par une grande zone industrielle. On retrouve Yafu notre hôte pour un peu de repos. On lui demande :
« ça dure longtemps en général les épisodes venteux ? « 
— « hum, ça devrait aller mieux en juin ».

C’est pas facile la Chine. Mais on aime bien. 
這是不容易中國。但是,我們喜歡。

Et après cette semaine en Chine, on réalise que les chinois sont plutôt du genre bruyant. Ils font exploser des feux d’artifice à n’importe quelle heure de la journée, pour célébrer un mariage ou tout ce qui mérite un gros boucan. Ils mangent avec des baguettes. Oubliez toutes nos règles de bienséances françaises, mettez les coudes sur la table, le menton dans le bol et aspirez bruyamment 🙂 . Ils se raclent la gorge avec force et entrain. Et ils le savent qu’ils font du bruit : dans les escaliers des immeubles, la lumière ne s’allume pas grâce à un détecteur de mouvements, mais grâce au bruit ! Si tu veux voir où tu mets le pieds, pousses un cri strident.

Spécial mille mercis à Céline Déal, ton guide nous sauve la vie !

L'ami qui trouve la bonne phrase dans le guide…

L’ami qui trouve la bonne phrase dans le guide…

De la Roupie de sansonnet…

Que peut-on acheter avec 150 roupies en Inde ? Soit environ 2 €

à choisir :
– 7,5 brosses à dents
– 2 thalis végétariens
– 600g de poulet
– 5kg de gingembre
– 150 km en bus
– 300 km en train
– 15 thés épicés dans la rue
– 1 tee shirt
– 1500 gélules de 500 mg de paracétamol
– 3 rouleaux de PQ
– 1 bouteille de bière de 750 ml
– 1 place de cinéma
– 1l de mauvais whisky
– 10 km avec un rickshaw honnête
– Entre 1 et 3 km avec un rickshaw malhonnête
– 1 nuit pour une personne en guest house (quasi exclusivement des chambres doubles, autour de 300 roupies)
– 30 photos d’identité pour le passeport
– 150 boites d’allumettes
– 2l d’essence
– Quasi 4 superbes chicken burgers à green chick shop
– 2 expressos
– 10 timbres pour la France

Village-Inde

On a Delhi pour des lits !

Nous quittons les plaines du nord-est de l’Inde pour rejoindre Darjeeling, célèbre pour sa situation géographique à l’entrée du Sikkim, mais aussi pour son thé ! C’est la montagne, les plantations s’accrochent au rude relief entre 1000 et 2000 mètres d’altitude. Les plants ne sont pas les mêmes que ceux endémiques de la région d’Assam. Les britanniques ont fait venir ceux là de Chine, s’adaptant bien mieux à cet environnement.

On quitte la gare ferroviaire pour prendre une jeep, seul moyen de transport pour rejoindre la ville 90 km plus loin, perchée entre 2100 et 2300 mètres d’altitude. On nous dit qu’il fait très froid en hiver. Et que le thermomètre descend parfois même jusqu’à 1 ou 2 degrés !… À 2300m d’altitude. Ça nous fait un peu sourire.
La chaleur étouffante laisse place à un vent frais, puis à un brouillard humide qui nous permet tout juste de voir 5m devant le véhicule. Les virages n’en finissent pas, les pentes oscillent entre 15 et 20 %, les routes sont étroites, et on fait notre possible pour ne pas regarder par la fenêtre du côté du vide. L’imagination s’emballe vite, et notre cœur passe régulièrement à 200 bpm. C’est sportif.
Et puis curieusement, on passe un col, on continue sur une crête, et on aperçoit Darjeeling, immense.  Plus de 100 000 habitants perchés sur les flancs de la montagne, qui s’activent dans la soirée brumeuse.

Proteger-par-les-dieux-de-la-route

Plusieurs grandes marques de thé s’approvisionnent ici. Et les prix s’amusent parfois à s’envoler grossièrement. À trop laisser infuser ses roupies, on peut garder un goût amer dans la bouche.
On a passé deux semaines à boire du thé, et la première échoppe propose du café pas cher fait à la cafetière italienne ! Notre fidélité et notre régularité ne se gagnent pas trop difficilement. Les journées sont sur-caféinées mais les nuages nous laissent difficilement un petit aperçu du paysage. Arghhh.

Des jeeps partent tous les matins à 4h30 pour monter sur une colline 20 km plus loin. Tiger Hill. Pour profiter du lever du soleil. Et les matins sont souvent assez dégagés. On se lève et on saute dans une jeep, sans demander le prix. Le conducteur est pressé. Au sommet, on insiste.

-« hé, give me the price, instead of we do not go down with you. »
-« hé, I do not know. Let see later »
Classique

-« we insist. 100 roupies? »
« 1000 roupies »

Soit 10 fois le prix normal. Classique. Faut toujours se mettre d’accord sur le prix avant en Inde. On part en lui disant qu’on payera rien et qu’on se démmerdera autrement pour redescendre. Il accepte, souriant. On monte au point de vue. Une centaine d’indiens dans les starting block pour prendre la première photo du levée du soleil. Et surtout pour capturer la chaine montagneuse au loin, culminant à plus de 8000 m, déshabillée par une superbe lumière rose. On oublie vite la foule devant le panorama. Et on redescend tranquillement en stop aux premiers rayons du soleil. La poésie des p’tites arnaques indiennes.

Lever-de-soleil-a-Tiger-Hill
Dans un café on rencontre Thomas et Ula, couple francais-lituanien. Ils viennent de Chine. Attrapés par la police au Tibet sans permis. Grands bourlingueurs, ils continueront en Asie centrale après l’Inde. Leur blog avec de chouettes articles : http://www.tomulaaroundtheworld.com . Il se trouve que Logan était tombé avant de partir sur le blog du voyage de Thomas il y a 9 ans. Une année en auto-stop, dans le cadre d’une année sabbatique. Le monde est petit.

Nos-copains-a-Darjeeling
Notre séjour à Darjeeling prend fin, retour à Delhi pour prendre l’avion. On descend dans la plaine avec une jeep. 14 personnes dedans, les passagers de la banquette arrière se relayant pour vomir par la fenêtre. Pour avoir un lit dans un train en Inde il faut souvent réserver un petit mois à l’avance. C’est le cas du « Brahmaputra mail ». Et on arrive le jour même croisant les doigts pour que des places de dernières minutes se libèrent. Le trajet est de 2 nuits, c’est pas chouette d’être dans un train sans sleeper. Et finalement on nous attribuent les places 53 et 54 du wagon 9.On a delhi pour des lits !”
Le train en Inde. De 5h du matin jusqu’à tard le soir, c’est un défilé dans les wagons. Les vendeurs à la sauvette se relayent, proposant en criant concombres, thés, cafés, lassi, tabac, chaussettes, écharpes, thalis, jouets, machines à coudre manuelles, carte sd, chargeurs de téléphone, bouteilles d’eau, couvertures, batteries externes, brosses à dent, sucreries, gâteaux, éventails, tongs etc… Des enfants balayent par terre aux arrêts pour mendier un peu d’argent. Des aveugles, jeunes filles avec bébé, lépreux, veuves et estropiés demandent la charité. De charmantes jeunes femmes claquant des mains demandent 10 roupies aux passagers, ce sont des travestis qui terrorisent les plus fiers indiens en les menaçant d’un mauvais sort s’ils ne donnent rien.
On sympathise avec notre voisin de couchette, qui travaille pour le ministère de l’agriculture. Après avoir travaillé 5 ans pour Monsanto en Inde. Curieuse rencontre après deux semaines dans des fermes biologiques. La « révolution verte » en Inde dans les années 90 avec l’usage massif des pesticides et des semences à hauts rendements a été la solution choisie par le gouvernement pour nourrir le peuple indien toujours plus nombreux. Et pour le coup, elle a été remarquablement efficace. Mais elle a également ouvert des marchés extrêmement profitables pour les multi-nationales peu scrupuleuses, et a des effets aujourd’hui sacrément pervers et non maitrisés pour l’environnement et pour les petits fermiers.
On retrouve Delhi, son brouillard de pollution, ses klaxons incessants, sa chaleur suffocante, mais aussi nos copains pour profiter des derniers jours en Inde ! Parveen la copine de Pradu est en ce moment aussi à Delhi. Elle est prof de socio dans le nord-est.
Avril est la période des grandes vacances scolaires pour les indiens. On passe de l’appart de Pradu à celui de Bulbul en passant par celui de Shayma and Ashmi, jonglant entre soirées d’adieu et derniers préparatifs avant le départ.
L’Inde est épuisante, mais elle va nous manquer.

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Le mouvement “nuit debout” s’étend jusqu’à Delhi !

Initialement démarré place de la République à Paris, rien ne semble arrêter le jeune mouvement de contestation. Après les petites villes françaises, Bruxelles, c’est au tour de l’agglomération de Delhi d’avoir une occupation nocturne. 

Les manifestants étaient au nombre de 2 selon les forces de l'ordre, 3 selon les organisateurs.

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Épisode 8 : Puffy est un filou !

Puffy impliqué dans l’affaire Panama Papers !
Ce petit filou nous avait caché sa compagnie offshore…

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Thé prêt ?

Les différents thés viennent de la même plante, c’est le processus qui change. Pour le thé noir, ça s’passe comme ça :

Jour 1le-the-qui-seche-apres-le-ramassage

Ramasses les feuilles. Choisis les petites, les jeunes pousses et enlèvent les feuilles trop grosses qui dépassent, pour que toutes les arbustes aient la même hauteur. C’est plutôt agréable de ramasser le thé, pas besoin de se baisser ou de tendre les bras, tout est à la bonne taille.
Tu étales ta récolte de la journée pour la faire sécher jusqu’au lendemain.

Jour 2

le-the-apres-roulage

Les feuilles vont être roulées et pressées, pour casser les cellules de la feuille. Les enzymes libérées vont réagir avec l’eau et l’air, c’est l’étape d’oxydation. C’est ce qui va donner la couleur, le goût et l’odeur. Ensuite, les feuilles passent au four. C’est le séchage final, pour retirer le maximum d’humidité.
Enfin, elles sont écrasées et passées au tamis pour être plus belles dans ta tasse.
Jour 3degustation-du-thé-noir-et-vert

Tu te réveilles avec les oiseaux qui gazouillent au soleil et tu savoures ton petit thé noir. Ça va être une bonne journée hein – 🙂

Pour le thé vert, la seule différence c’est qu’après le ramassage, tu plonges les feuilles quelques secondes dans un bain de vapeur plutôt que de les faire sécher pendant une nuit. Ensuite c’est pareil, pressage et four. L’oxydation du thé n’est cette fois que partielle.
Ça n’empêche pas ce petit coquin d’avoir 22 propriétés médicinales, que du bon pour toi. Il peut baisser ton cholestérol, prévenir des caries, te détoxifier, réduire ton asthme, te donner un joli teint et même, même qu’en plus de tout ça, il pourrait battre ton cancer ! On te laisse le choix de piocher ta propriété préférée. Tu peux aussi boire du thé vert parce que c’est très bon, y’a pas de mauvaise raison –  🙂

Un arbre à thé peut vivre jusqu’à 150 ans. Un bon investissement, ça s’entretient et ça se protège. Tu peux lui préparer un composte succulent, fait d’enveloppes de riz (que toi tu manges pas) et de crottes de chèvres (que tu manges encore moins). Tu fais ton petit mélange et deux fois par an, tu le déposes aux pieds des plants. Plein de minéraux pour un plant de thé heureux. « Happy happy« .

N’oublies pas de plan-thé des arbres (genre des légumineux) au milieu de ta plantation, ils permettent de limiter l’ensoleillement direct tout en fournissant des minéraux complémentaires dans le sol. Aussi creuses des canaux autour de ta plantation, comme ça la couche d’eau sera abaissée de 50 cm, et les racines ne seront pas noyées mais pourront boire, pépère, l’eau à leur por-thé.

Si ta plante a Ébola, le sida ou la varicelle, tu peux faire tout un tas de mélanges à base d’urine de vache et de différentes feuilles pour que ton business soit florissant (ça marche moins bien chez les humains d’après ce qu’on a entendu). Le méthane mis à part, ce qui sort du derrière des vaches c’est tout bio-nus.

prepa-du-compost

Au Bodoland

Help-us
« Le Bhramputra mail est un train souvent en retard » nous avait prévenu Bijit, chez qui nous allons faire du wwoofing. On arrive 7h plus tard que prévu, on prend le temps de regarder défiler les paysages par la vitre du train. On quitte la vallée du Gange plutôt sèche pour le nord est, région de 100 millions d’habitants coincée entre le Bangladesh, le Bouthan, la Chine et la Birmanie. Tout est vert et luxuriant. Les nombreuses rivières et plans d’eau ne sont pas asséchés. Et pour cause, Cherrapunji, pas très loin, est la ville la plus humide du monde. Il pleut 26m par an en moyenne !
bel-arbre

On arrive à Kokrajahr accueillis par Bijit, sa femme, sa belle sœur, ses deux enfants et un orage enthousiaste. On se sent tout de suite super bien avec cette famille. Elle fait partie de la communauté Bodo, une communauté tribale de 3 millions de personnes qui historiquement occupe cette région entre le Bangladesh et le Bouthan. Quelques centaines de tribus vivent dans le nord est, typés mongols et non indo-aryens ou dravidians, avec des langues et des traditions différentes. Un concentré de diversité. Une tribu plus à l’est par exemple est une société matriarcale, c’est la plus jeune des filles qui hérite dans la famille.

Nos hôtes s’occupent depuis 2007 d’une plantation de thé bio, et exportent leur petite production en commerce équitable au Canada. On découvre et on apprend plein de nouvelles choses, mais nous ne faisons clairement pas un travail de forçat. La main d’œuvre dans cette région plus qu’ailleurs ne coûte pratiquement rien. Les femmes qui ramassent deux ou trois fois par semaine le thé sont payées chacune 125 roupies par jour de travail (1€ équivaut à environ 75 roupies). Il semblerait que les terres agricoles soient concentrées aux mains de quelques propriétaires qui payent les villageois en surnombre pour travailler.

Ramassage-du-the

Un expatrié français qu’on a rencontré dans le train nous avait expliqué que l’exode rural en Inde a commencé, mais les 3/4 des habitants vivent encore à la campagne. Si sa trajectoire suit celle des autres pays développés, c’est plusieurs centaines de millions de nouvelles personnes qui vont aller s’installer dans les grandes villes d’ici quelques années. Avec tous les défis que cela va représenter. Incredible India.

La journée commence avec un petit dej’ du tonnerre. Des galettes de pain fries (au nom moins alléchant : des pouris) avec des pommes de terre, un verre de thé vert et un thé noir.

Les journées sont tranquilles. On s’occupe de superviser le ramassage des feuilles de thé ou du processus de fabrication. Le tout est ponctué de différentes visites pour dire bonjour et boire le thé avec la famille et les copains. On a le temps. Et comme on a du temps, les repas sont toujours préparés avec un soin extraordinaire. Différents currys, patates, poulets, poissons ou porc, avec du riz et une sauce aux lentilles (dhal) sont servis, sachant que l’ensemble de la liste peut faire un seul repas. Nos estomacs font, eux, un travail de forçat. Parfois un orage arrive. Et c’est la tempête pendant une petite heure.

Un matin Puffy a rencontré dans le curcumin qu’on avait trié la veille une petite chauve-souris toute mignonne. Il voulait l’adopter. Et se faire coacher pour « devenir un Batman ». C’est un garçon créatif.Batman-is-dead

On démocratise avec patriotisme la veille du départ la ratatouille et la béchamel, et on part ensuite le 1er avril dans une autre plantation bio, chez un copain de Bijit, près de la frontière Bouthanaise. Tenzing vient nous chercher à la gare dans son pick-up noir flambant neuf. Les trois heures de trajet pour rejoindre sa ferme 40 kms plus loin sont secouées par du Justin Bieber, Madonna, Britney Spear, Snoop Dog, et parfois un peu de répits avec une musique traditionnelle bodo. Les routes en Inde sont éprouvantes.

Prépa-du-repas

Il nous présente à nombre de ses amis. C’est un concours d’hospitalité, on boit le thé vert, noir, au lait, grignote les gâteaux, goûte au poisson fraichement pêché, teste la bière de riz, à n’importe quelle heure de la journée ! Ajouter les traditions de la tribu et on se retrouve avec plusieurs écharpes autour du cou. Beaucoup de foyers on leur propre métier à tisser manuel. La majorité des habitants sont enveloppés dans les tissus qu’ils fabriquent eux-mêmes. Les femmes dans de longues robes, différentes des saris. Les hommes avec un t-shirt et un tissu autour des hanches. En jupe quoi.

metier-a-tisser

Tenzing, notre hôte, nous raconte son histoire. Il est né à l’époque où les Bodos ont commencé à revendiquer leur terre et leur indépendance de la région d’Assam. Ces revendications ont été sévèrement réprimées par l’armée indienne. Après l’école, il est parti en ville, trouver du travail. Vers 10 ans. Il est revenu plus tard dans son village avec le permis et une voiture, c’était un des premiers à conduire dans son village. Il a ensuite démarré sa ferme, grâce aux terres de sa famille. Du riz, quelques légumes, du thé et des pesticides. Il s’est rendu compte que ses produits chimiques, mélangés à l’eau, tuaient les poissons de la mare proche. Aujourd’hui, il encourage les producteurs de thé, les fermiers, à passer au bio en racontant son histoire, partageant ses méthodes… C’est un personnage ambitieux, charismatique, et influent grâce à sa réussite.

Il se considère d’ailleurs tellement influent qu’on a tenté une visite au Bouthan sans visas. Échec. Tenzing commente qu’ils ont été « vachement plus compréhensifs » la dernière fois avec un américain. Les militaires, désolés, nous ont expliqués que c’était la loi.

On visite une de ses nouvelles plantations près du Bouthan. Des éléphants sauvages s’y promenaient la journée précédente. Il font de sacrés dégâts chez les agriculteurs. Sans compter les tigres et les ours. On se promène un peu dans la jungle, aux aguets. On ne rencontrera qu’une bouse de pachyderme et une chèvre solitaire qui barrissait.

Varanasi et le Holi

Les-gaths

Varanasi est une des plus anciennes villes du monde, habitée actuellement par 1.3 millions d’habitants. Plus on se rapproche du Gange, plus les rues deviennent étroites, plus les maisons sont colorées et plus la cacophonie perpétuelle est remarquable. Les vaches zigzaguent en klaxonnant entre les motos, les échoppes se disputent le peu de place disponible et pèlerins et touristes se mêlent entre eux. La ferveur religieuse et la ferveur photographique.
Dans une petite boutique un taureau fait la sieste. C’est très bon pour la santé, les siestes.

sieste-du-Taureau
On dit que le feu des gaths de crémation ne s’est jamais éteint depuis des millénaires. Et c’est probablement vrai. Varanasi-les-ruellesOn y est tombé par hasard le premier jour en cherchant une guest house, et c’est assez déstabilisant. C’est très sale, les familles sont en recueillement devant les bûchers qui s’enflamment, l’odeur prend au nez et plusieurs autres groupes avec leur cadavre attendent qu’une place se libère. Une montagne de bois est rangée derrière.

Mourir à Varanasi permettrait de sortir du cercle sans fin des réincarnations.

On s’en éloigne pour se poser dans un café à l’écart. De là, on voit défiler les défunts, leur cortège répétant en cœur des mantra. Le nombre de personnes qui passe est sans fin.

On rencontre un autre couple français, également en voyage pour un an. Ils voyagent à 4, avec Marie-Denise leur tortue gonflable et leur accent toulousain.
En cuisine de rue on découvre une petite merveille, les eggs-roll. Une omelette cuite d’un coté d’une galette de pain, et une garniture à l’intérieur faite de nouilles, de légumes et de tout un tas de sauces. Délicieux, mais nos intestins s’en souviendront. Le lendemain matin c’est la catastrophe, l’état d’urgence est promulgué. Logan-Papaye

On comate toute la journée avant de transporter avec précautions nos estomacs jusqu’à la gare ferroviaire. On essaye tout, banane, riz, papaye, jus de citron, coca-cola (héhé, ca vaut le coup d’être malade). Et on enchaîne sans accidents majeurs la nuit dans le train. Arrivés le lendemain matin à Delhi, on retrouve nos copains Bulbul et Pradu chez qui nous étions restés les deux premières semaines à notre arrivée en Inde. On profite de nos retrouvailles.

C’est la coupe du monde de criquet en ce moment, qui se passe d’ailleurs en Inde. Et le soir même c’est le match de poule Inde contre Pakistan ! Le match à ne pas rater. Surtout pour nos hôtes, fans appliqués. Tout le monde est fou. Des dizaines de millions de personnes suivent la rencontre en Inde. Dans la rue on entend les exclamations des supporters à chaque lancé. Et c’est finalement l’Inde qui s’impose ! (Bon, Puffy s’est un peu emmerdé en regardant le match.)
Le lundi matin c’est le moment de faire le tour des ambassades. Nos passeports ont passé la semaine précédente à l’ambassade chinoise. On prit Shiva Vishnou et Jésus. Et ça marche ! On ressort avec nos visas chinois ! Maintenant le visa mongole. Le contraste est magnifique. 15 minutes après l’ouverture le matin, déjà une centaine d’indiens se pressaient pour postuler pour un visa chinois. Nous arrivons vers 12h à l’ambassade mongole, et nous constatons que nous sommes les deuxièmes visiteurs de la journée.
D’ailleurs « les ressortissants français étaient exemptés, jusqu’à janvier 2016, de visa pour un séjour touristique ». Raté, on arrive trop tard. On donne les papiers nécessaires et on récupère sans encombres le visa mongole 4 jours plus tard.
Visas : done.

Jeudi 24 c’est le Holi festival !

Le-HoliEn fonction de la pleine lune, cet évènement célèbre le début du printemps. Durant cette journée tout le monde se jette bombes à eau et poudres de couleurs. Le mercredi nous partons en voiture avec Pradu pour faire quelques visites et quelques courses. On se retrouve sans trop savoir comment à visiter une exposition sur le zoroastrisme. MasquesPuis à visiter une exposition sur les peintures rupestres en Inde et en Chine.
On fait quelques courses pour festoyer le lendemain. Les magasins ferment le jour du Holi. Notamment les magasins d’alcools, pour qui c’est « dry day ». En traduction, tout le monde fait méticuleusement le plein. On prend ensuite le métro pour aller rendre visite à Bulbul à l’écart du centre de Delhi. Sur le chemin du retour : « shit, where is the car key ? It was in my pocket ! »
Moment de panique. On fait demi tour, on cherche pendant un bon moment, rien. Impossible de retrouver le clefs. On retourne piteusement en direction de la voiture. Pradu habite à Gurgaon, 30 km du centre de Delhi. On était censé revenir chez lui le soir déguster un poulet mariné et repartir le lendemain matin en voiture pour rejoindre ses copains. Et fêter le Holi. On avise.
Plan B : on va directement chez Shayma et Ashmi. Mais l’alcool est resté dans la voiture ! On regarde la montre en sortant du métro, 21h57, le magasin de liqueur ferme à 22h pile ! Course contre la montre en chantant la musique de mission impossible. Arrivés une paire de minutes trop tard. Arf. Sans alcool la fête est plus folle.
Au moins, on arrivera pas les mains vides, dans le sac que nous avons il nous reste le café et la cafetière italienne que nous étions allé cherché chez Bulbul.
Et nous passons la soirée à rigoler en noyant notre chagrin dans un café délicieusement fort.
Finalement, on restera 2 jours dans ce chouette appartement. Shayma et Ashmi, 2 copines en coloc’ nous donnent une autre image de la femme en Inde. Indépendantes. Il y a quand même un peu de changement à ce niveau, en ville. Jour du Holi. On dévalise leurs placards pour sauver nos habits et on sort dans la rue, près pour l’assaut ! Beaucoup de violence. Enfants et parents bombardent les passants de bombes à eau du balcon du 4 ou 5ème étage tandis que d’autres embusqués utilisent leur pistolet à eau. Tout le quartier se jette des couleurs et personne n’y échappe. « Happy Holi ! » nous dit-on, avant qu’on se retrouve avec une couleur supplémentaire sur le visage. Tout le monde « joue ». Les armes principales sont l’eau et les couleurs mais on aperçoit quelques vicieux avec de œufs et mousse à raser.
Le jour suivant Pradu se fait refaire une clef et débloqué sa voiture. On retourne tranquillement à Gurgaon chercher nos affaires pour aller ensuite à la gare. On part le soir même pour Kokrajahr dans l’état d’Assam, nord est de l’Inde, pour faire du wwoofing dans une plantation de thé.
On se retrouve donc à la gare. -« tiens c’est marrant notre train n’est pas affiché ». Et oui, il y a au moins 4 gares ferroviaires à Delhi, et on a oublié de checker si celle de New Delhi était la bonne! Course contre la montre avec un super pilote de rickshaws pour rejoindre une autre gare. Ah ! notre train est affiché, plateforme 16 ! Nouvelle course. On arrive quelques minutes avant le départ.
Ouf. Et c’est parti pour 1850 km et 43h de train !  🙂 Plantation-de-The

Le Taj interdit pour Puffy !

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Puffy est resté à la porte du Taj Mahal, le célèbre mausolée moghol à Agra. Refoulé grossièrement. Il a bien mis plusieurs jours à s’en remettre. Dommage pour lui c’est quand même très joli. 🙂

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Le Taj Mahal, superbe construction en mémoire de la femme favorite de l’empereur Shah Jahan. Décédée lors de son quatorzième accouchement. Des milliers de touristes chaque jour pour visiter cette nouvelle merveille du monde. Un prix d’entrée de 20 roupies pour les indiens, et de 750 roupies (environ 10 euros) pour les étrangers. Un peu plus de 30 fois plus cher. Mais c’est quand même très joli. 🙂

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La foule est immense même à l’aube, et tout le monde veut prendre la pose devant le monument. Réalisé en marbre blanc, les bas reliefs sont sublimes et des pierres semi-précieuses sont incrustées pour former des formes géométriques, des calligraphies ou des motifs floraux. Léa a décollé quelques jolis cailloux du mur pour financer notre prochain voyage.

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On était arrivé à Agra avec un train de nuit du Rajasthan, et on repart avec un autre le soir même pour Khajuraho. 

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Remontant du sud, on avait fait une halte dans une charmante ville du Rajasthan juste avant, Bundi. Pour y arriver de Mahabelshwar, 8h de bus, puis train de nuit au départ de Mumbai, puis de nouveau quelques heures de bus. Épuisant. Halte très sympa dans cette bourgade qui concentre les superbes attributs du Rajasthan. Superbes moustaches, fort sur une colline, palace surplombant une petite retenue d’eau et surtout plein de couleurs de partout. 

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Donc de Bundi, après Agra, nous arrivons aux premiers rayons du soleil dans l’ancienne capitale religieuse du royaume Chambelâ (du Xème au XIIème siècle A.C), Khajuraho. C’est ici que Shiva s’est marié avec Parvati. 

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La lune, une nuit a aperçu une jeune fille nue se baignant dans un lac. Fasciné par sa beauté et dévoré de désir, il est descendu sur Terre et s’est uni avec elle. De cette union est né le roi fondateur du royaume. Son fils, pour expier la relation hors mariage de sa mère avec la lune, a fait construire 85 temples. Il n’en reste aujourd’hui qu’une vingtaine, mais ils sont mondialement célèbres pour leurs très nombreuse sculptures érotiques ! Le commandant britannique qui a redécouvert ces temples dans la jungle au XIXème siècle considérait les sculptures comme « un peu plus osées qu’il n’est absolument nécessaire ». Ces temples sont plein de surprises.

 

Plusieurs théories essayent d’expliquer la présence de ces sculptures érotiques. Cela aurait pu être pour « stimuler la natalité », le royaume faisant face à une décroissance démographique. C’est également possible que ces sculptures représentent des scènes tantriques.

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Ces jours-ci, un petit truc nous occupe. On a commencé les formalités pour le visa chinois. Rien de bien méchant, on ajoute simplement le Chinese Visa Application Service Center de Delhi à notre parcours. Le train de Khajuraho à Delhi étant complet, on en réserve un autre au départ de Jhansi, 200 kms plus loin. Départ à 23h58. Pour aller à Jhansi, on hésite entre train ou bus. C’est 4h de trajet l’un ou l’autre. Un jeune militaire indien de Jhansi justement nous décide, ça sera le train ! Il nous aide à prendre les tickets (c’est-à-dire qu’il double la longue file d’attente d’une centaine de personnes. Privilège de miliaires. Et nous évite une file d’attente de quelques heures). Mais avoir un ticket ne veut pas dire avoir une place.

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Le train se réserve en avance pour avoir une place attribuée en sleeper class ou 2A ou 3A. Un lit pour la nuit quoi. Sinon, on peut acheter des tickets en « general class ». Ils donnent simplement le droit de monter dans le train dans les wagon general class. Pour avoir une place, c’est au plus rapide… On est là, sur le quai, à attendre et la foule qui attend aussi, commence à se mobiliser vers un bout du quai. Le train arrive lentement, les wagons aux places réservées passent… Arrivent les wagons de la general class. Le train n’est pas arrêté que déjà la foule se presse aux portes, aux fenêtres ! Ça rentre de partout à une vitesse hallucinante. C’est comme si le train les aspirait. On reste figés. Notre ami nous guide alors vers la sleeper class. Quand vraiment plus personne ne peut rentrer dans les wagons general class, les passagers remplissent les wagons sleeper.

« Remplir » d’ailleurs selon les critères indiens, pas européens. Dans un même espace deux ou trois fois plus de personnes peuvent rentrer en Inde. 🙂

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Nous voila donc dans un wagon sleeper. Notre ami s’arrange avec les personnes du compartiment pour qu’on reste. On descend à Jhansi, eux plus loin à Delhi, on les embêtera pas longtemps… Sauf si…

Sauf si le train a 5h de retard ! À la première gare, après 1h d’arrêt, on se pose des questions. C’est une petite gare, on ne devrait pas s’arrêter si longtemps. Notre ami nous invite chez lui à Jhansi. « Non, on a un train à prendre ». Après 2h d’arrêt et donc 2h de retard annoncé : « Vous n’allez pas avoir votre train, venez chez moi ». Mince, il a raison. Comment on va faire ? On regarde sur internet s’il y a des trains vers 2h du matin qu’on pourrait avoir. Rien. On désespère.

Tout à coup, Shiva s’incarna devant nous sous la forme mi homme bleu, mi locomotive à vapeur. Les yeux écarquillés et la bouche bée, on arrêta de respirer. Il s’adressa à nous dans ses termes : « Eh les loulous, vous seriez pas dans un train qui va à Delhi justement ? » et il disparut. Problème résolu.

Notre ami militaire déloge un autre passager qui n’avait pas de réservation aussi pour nous donner une couchette. Un copain militaire, c’est très persuasif. Et nous profitons d’une petite heure de douce somnolence. Jusqu’à l’arrêt suivant. À 2h du matin. Une foule sur le quai, des cris pour rentrer et une centaine d’indiens entrent dans le wagon. Les premiers se trouvent un peu de place pour s’asseoir sur le sol, les suivants doivent rester debout, souvent bagages sur la tête. Et parmi les nouveaux arrivants, damned, celui qui a réservé le lit sur lequel nous nous étions délicieusement reposés, insouciants. Un petit geste de la main genre : « hé les cocos j’vous laisse 10 secondes pour décamper ». La nuit s’annonce longue.

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La foule descend 2h plus tard à Jhansi. Nos lits réservés dans l’autre train se sont fait la malle 4 heures plus tôt. Le contrôleur, las, nous fait comprendre qu’il ne nous emmerdera pas si on se fait discret. On trouve un peu de place par terre pour s’allonger. Deux minutes plus tard Léa sursaute et cri : « y’a une bête qui est montée sur mon mollet ! ». Plus tard je sens renifler dans mes cheveux. Léa passe le reste de la nuit assise sur un bout de couchette à guetter. À la lueur du soleil levant, elle aperçoit enfin la bestiole : une souris !

Une nouvelle journée commence. On regarde par la fenêtre les centaines d’indiens qui viennent déféquer aux bords des rails, discutant entre eux et ignorant les trains qui passent. La banlieue de Delhi est interminable. Et on arrive enfin à la gare à 11h. Pour se dépêcher de déposer tous les papiers pour le visa chinois.

Fort de cette expérience, on prend un autre train de nuit dans la foulée. On en veut encore ! Une dernière astuce des tickets de train : la waiting list. Quand tous les lits sont réservés, on peut prendre un ticket sur la liste d’attente. Si jamais quelqu’un annule, on a une chance d’avoir un lit. On est 72ème sur la liste, peu d’espoir. Mais surprise, on nous apprend qu’on a un lit ! Oui, un lit pour deux 🙂 on n’est pas trop exigeants et heureusement, ce train n’est pas aussi rempli.

Après 15h de train, 12h à Delhi, c’est parti pour 11h de train pour Varanasi !

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Sans sucre les fraises s’il vous plaît.

On a cru que c’était à Hampi les vacances. Puis on est arrivé à Goa.

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 Destination réputée, plage de sable blanc, océan indien, musique et fêtes… On redoutait un peu un effet Ibiza. Mais on est en Inde ! C’est la plage, la farniente en version hippie, avec beaucoup de russes et les prix qui restent bas. Incroyable. L’océan indien nous rafraichit agréablement, on y resterait la journée…

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Ancienne colonie portugaise, le christianisme a laissé sa marque. Jésus et Marie remplacent les posters de Shiva ou Ganesh sur certains rickshaws. Et même sur certains bus gouvernementaux! Dimanche, la messe, le clocher sonne. L’église est remplie, foule sous un régiment de ventilateurs qui pendent du plafond.

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On s’est installé pour quelques jours à Arambol, ancienne bourguade de pêcheurs qui ne vit maintenant qu’au rythme du tourisme routard. La jungle sur les collines offre un peu de fraicheur, et on croise quelques babas sous de superbes arbres avec souvent de nombreux visiteurs.

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Après des jours d’hésitations, on quitte à regrets la baignade mais avec plaisir la chaleur étouffante. Bus de nuit pour Pune. On a pris les couchettes les moins chères, à l’arrière du bus. « Erreur les amis » nous lance Puffy, goguenard, à la première bosse. Décollage du matelas, atterissage non controlé. Les dos d’âne sont très cruels en Inde.

Pune nous accueille endoloris au petit matin. Et dès l’ouverture des portes, on entre au snake park. Puffy réclamait depuis le début de voir des serpents. L’Inde, c’est le pays des cobras tout de même. À défaut (ou frayeur) d’en croiser un dans la nature…

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On discute avec le responsable de serpents du zoo. 4 fois il s’est fait mordre qu’il nous dit. Et une trentaine de ses copains qui sont morts empoisonnés qu’il nous dit tout en descendant dans l’enclos à cobras. Juste pour que les cobras en colère montrent leur coiffe. Pour la frime et notre frisson! 

Après cette petite halte, on part pour Mahabaleshwar, station de montagne à 1300m d’altitude. Qu’est-ce que c’est qu’une station de montagne ? La côte d’Azur version fraicheur. Une petite ville faite d’hôtels, restaurants et boutiques qui vit principalement au rythme des habitants plutôt fortunés de Mumbai fuyant la chaleur, le bruit et la surpopulation de la mégalopole.

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Cette petite ville se trouve sur un plateau où fraisiers et jungle se taquinent l’espace. Et oui, c’est la capitale de la fraise ! On en trouve quasiment toute l’année, en jus, milkshake, glace, à la crème, nature ou sucrées. 

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Tout est joliment vert, ce qui contraste avec le reste de la région assez sèche. On se promène de point de vue en point de vue. Ici l’Elephant point, là Arthur seat point. Les anglais appréciaient la vue, nous aussi. 

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Les montagnes sont superbes. Il s’agit des gaths occidentaux, marquant la frontière ouest du plateau du Deccan. On remarque la superposition des couches de basalte. Il y a 65 millions d’années (extinction des dinosaures), l’activité volcanique était exceptionnelle et la lave s’est accumulée sur plusieurs kilomètres d’épaisseurs. Et aujourd’hui on déguste paisiblement des fruits rouges dessus, admirant le paysage. 🙂

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Comme dans beaucoup d’endroits en Inde des singes facétieux apportent un peu d’animation. L’un d’eux, peu farouche, s’élance d’une branche et saisit la glace d’une jeune fille apeurée. On peut être singe et gourmand.

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Puffy voulait pas partir, mais une famille qui nous accompagne nous presse de rentrer. C’est la fin de la journée, et on est dans la jungle. Les animaux sauvages sortent de leur torpeur. Il reste quelques tigres et quelques léopards dans ces forêts. On croise en rentrant un énorme buffle sauvage. « Vous inquiétez pas m’sieur, on vous laisse tranquille on allait partir. » 

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Alerte enlèvement !

Une tragédie s’est produite le 23 février au soir. La journée s’était remarquablement bien passée, et rien ne nous préparait à un bouleversement de ce genre. Dans la pénombre du début de soirée, une des sandales de Léa a été kidnappée…

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Vraisemblablement cette sale besogne aurait été accomplie par un gang de chiens errants entrainés. Nous avons dessiné le portrait robot du principal suspect, le leader, et n’avons pas tardé à le retrouver. C’est un dur, il ne nous a pratiquement pas lâché un mot. Ses motivations pour son cruel agissement ne sont pas encore clairement connues. Et bien sûr, aucun indice pour tenter une vaine localisation. Toujours aucune trace d’elle après avoir patiemment fouillé les environs. Pauvre sandale qui doit giser seule, abandonnée. Et pauvre Léa qui doit maintenant marcher à cloche-pied.

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J’peux pas, je dois laver mon éléphant

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 Au début, on avait plutôt en tête l’Inde du Nord, mais on a décidé de faire un petit détour par Hampi. Les descriptions enthousiastes de tous ceux qui nous en ont parlé nous ont séduit sans trop de difficultés, et c’est devenu l’objectif de ce mois de février. On embarque pour une bonne vingtaine d’heures de bus pour aller 500 kms plus au Sud. Le nord du plateau du Deccan est plutôt sec, mais notre destination est un oasis de verdure. Le contraste est étonnant. Rizières, champs de cannes à sucre, bananiers et cocotiers. Et un énorme chaos granitique de couleurs rose/ orange parsème le paysage. À une dizaine de kilomètres de la ville déjà des temples appairassent ça et là. Oui parce qu’en fait, Hampi est l’ancienne capitale du royaume de Vijayanâgara, empire hindou qui a duré du XIIIème au XVIème après JC.

P1130801Hampi était une grande ville prospère de 500 000 habitants. Les empereurs moghols ont fait campagne pour rayonner sur le Sud de l’Inde et une armée de plusieurs sultannats a repoussé les habitants et détruit la ville.

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Pour visiter ce site digne d’Atlantide ou d’un film d’Indiana Jones, tu peux marcher, mais vue l’étendue des ruines, c’est pas l’idéal. Les rickshaws et taxis sont à l’affut. Mais on peut aussi louer une moto… ou un vélo! Ça, c’est une option qu’on aime héhé. Nos mollets sont plein de nostalgie depuis leur arrivée en Inde.

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Éparpillés un peu partout se trouve des restes de murailles, d’anciens bazars, des bassins, des temples plus ou moins préservés et des statues monumentales. Ce lieu est plein de magie. Sur cette colline serait né Hanuman le dieu Singe. Sur celle-ci, Shiva aurait été perturbé dans sa méditation par la déèsse de l’amour. Il aurait alors ouvert son troisième oeil et l’aurait réduit en cendres, détruisant en même temps une partie de la roche et créant en bassin naturel.

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Quelques dreads dans le granite.

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La saison touristique se termine au fur et à mesure que la température monte. De nombreux voyageurs sont encore présents, malgré la chaleur qui devient écrasante. Entre 9h30 et 16h30, le thermomètre oscille indécis entre 37 et 38 degrés. Le ventilo tourne toute la nuit dans la hutte où l’on dort. C’est la fin de l’hiver ici, c’est pas encore les grosses chaleurs. On supporte avec le sourire.

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 L’ambiance est vraiment singulière, c’est un peu le rendez-vous des hippies, et des grimpeurs. Avec les superbes blocs de granite, c’est évidemment devenu un site réputé d’escalade. Certains sont juste de visite pour une poignée de jours. Beaucoup de voyageurs restent aussi plusieurs semaines, voir plusieurs mois. À 17h30, tout le monde se regroupe au « sunset point view », pour admirer la vue, le coucher de soleil et jouer de la musique. 

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C’est un peu les vacances dans le voyage. 

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Dans la fraicheur du basalte

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On quitte Udaipur et le Rajasthan avec un bus de nuit pour l’état plus au Sud : le Gujurat. Le trajet est dramatiquement court et on nous dépose à Ahmedabad à 3h du matin au bord du périphérique, dans une calme obscurité. Ahmedabad est une ville gigantesque, qui depuis les années 2000 a vu passer sa population de 2 à 4 millions d’habitant. Faisant preuve de courtoisie, on décide d’attendre le levé du soleil pour rejoindre notre hôte couchsurfing. C’est quand même la moindre des choses un dimanche matin. 🙂

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On est chanceux, on nous a laissé juste devant la gargote la plus réputée de la ville ! Ouverte pratiquement 24h sur 24. Proposant du thé et tout un tas de spécialités culinaires dont les noms divers et variés essayent en vain de se faire une petite place dans nos mémoires. Arf. On change trop vite de région et de spécialités. Et on se fait des copains, des infirmiers qui partent travailler, des jeunes qui rentrent de soirée et deux jeunes gars qui reviennent d’un footing. À 4h du matin un dimanche. Ils sont fous les indiens.

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Le Gujurat est le dernier état indien dans lequel la prohibition est toujours d’actualité. Les habitants n’ont absolument pas le droit d’acheter et de consommer de l’alcool. Les voyageurs, eux, peuvent obtenir un permis spécial pour pouvoir en acheter dans les magasins du gouvernement, en fournissant photo d’identité, photocopie du passeport, etc… Les formalités en Inde, ça rigole pas.

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Vikram est un couchsurfeur passionnant avec qui nous avons des discussions interminables, principalement sur l’incroyable diversité de l’Inde. Gandhi, personnage qui fascine et qui inspire remarquablement l’Occident, ne fait pas l’unanimité dans son pays d’origine. Il est parfois même vivement critiqué pour certaines positions qu’il tenait, défendant les musulmans en minorité et refusant le partage Inde Pakistan.  Les tensions inter-communautaires sont aujourd’hui encore très importantes entre musulmans et hindous. Et la question du Cachmire indien est toujours délicate. Les montagnes sont des régions stratégiques pour les pays, avec les sources des grands fleuves et les ressources minérales. Un conflit avait opposé la Chine à l’Inde dans les années 60 pour le contrôle d’un territoire tribal dans le Nord Est de l’Inde actuel entre le Bhoutan et la Birmanie. L’Arunachal Pradesh possède en effet d’énormes réserves d’uranium. L’Inde est un pays qui commence a vraiment peser sur la balance mondiale. Sa population dépassera celle de la Chine dans une dizaine d’années, et malgré ses énormes inégalités, son marché interne est en pleine expansion. Les multi-nationales étrangères se disputent le pays, et les conglomérats indiens comme Tata ou Mittal se payent des entreprises célèbres comme Jaguar et Land Rover en Angleterre et Arcelor en France.

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Visite de l’ashram où Gandhi a passé une grande partie de sa vie à son retour d’Afrique du Sud.

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La ville a du mal à maitriser sa surpopulation et à coté de superbes sites historiques fleurissent des sortes de bidonvilles. 

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La période musulmane a laissé de nombreux vestiges, comme des puits monumentaux superbement sculptés, des mosquées sans minarets avec une forêt de colonne à l’intérieur, et un bassin de plusieurs hectares. Un saint soufi mystique du XIVème siècle ayant vécu jusqu’à l’âge de 111 ans est adoré. Les femmes portant la burka sont plutôt nombreuses. Elles contrastent étonnamment avec les femmes en saris de toutes les couleurs.

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On reprend un bus de nuit pour aller à Aurengabad, au nord du plateau du Deccan. Un petit peu de géologie. 🙂 Lorsque l’Inde s’est détachée de l’Afrique pour aller à la rencontre de la plaque eurasiatique et former l’Himalaya, elle est passée par le point chaud de la Réunion dans l’océan Indien. Elle aurait connu un énorme épisode volcanique il y a entre 60 et 68 millions d’années, les coulées de basalte couvrant tout le centre du pays sur une épaisseur pouvant atteindre 2 kms. Cet épisode pourrait être à l’origine de la crise du Crétacé avec l’extinction des dinosaures.

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Aurengabad est le point de départ pour aller visiter deux sites célèbres inscrits au patrimoine de l’Unesco : les grottes d’Ellora et d’Ajanta. Elles sont creusées dans des falaises de basaltes.

Le site d’Ellora comprend plus d’une trentaine de grottes, creusées entre le Vème et le IXème siècle après JC. Il s’agit de temples ou de monastères. Certaines sont hindous, d’autres bouddhistes et d’autres jaïns. On rencontre des Bouddhas par dizaines, des Shivas, des Tirthankaras, des Vishnus, des éléphants, des vaches, des bodhisattva, des nymphes célestes aux gros seins, tous superbement figés dans le basalte. Puffy est tout émoustillé. La profusion des sculptures, des bas reliefs, et les immenses espaces dégagés à l’intérieur de la roche sont impressionnants.

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On découvre avec admiration la seizième grotte qui est la plus grande sculpture monolithique du monde. Un volume incroyable de la falaise a été dégagé pour construire -ou plutôt excaver- le temple hindou. 400 000 tonnes de basaltes enlevés et plus d’un siècle de travail. Le temple est porté par une armée d’animaux sculptés taille réelle.

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Puffy inspiré par le dieu Brahma, le dieu suprême.

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Le lendemain on visite les grottes d’Ajanta, qui ont été redécouvertes par des soldats britanniques au début du XIXème siècle lors d’une partie de chasse. Les temples et monastères sont tous bouddhistes, datant d’entre le IIème et le VIème siècle avant JC. Elles illustrent deux formes différentes de cette religion ; les plus anciennes grottes n’ont pas de représentation du Bouddha. Les suivantes sont pleine de bouddha, boddhisattva, et autres nymphes et personnages ailés. Une théorie dit que la représentation du bouddha aurait été en partie influencée par l’art grec. Les grecs étaient en effet présents au début de notre ère dans le  Nord Ouest de l’Inde. Et ce depuis la venue d’Alexandre le Grand.

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Les grottes d’Ajanta sont également très célèbres pour ses peintures rupestres.

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On croise autant de touristes étrangers qu’indiens, les écoles aussi visitent ces lieux historiques. C’est donc naturellement que nous nous sommes fait ensevelir par les élèves qui voulaient nous serrer la main, connaitre notre nom, pays… Ouf le prof arrive. Pour prendre un selfie avec nous ! Allez, photo de classe

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Nous sommes hébergés pendant notre séjour à Aurengabad par Manish, un autre couchsurfeur. Les couchsurfeurs que nous rencontrons représentent majoritairement la partie de la population aisée et dynamique, qui réussit dans l’Inde d’aujourd’hui. Ils sont enthousiastes, sympathiques, commencent à avoir un pouvoir d’achat important, sont allés à l’université, parlent couramment anglais, partent en voyage et sont avides de rencontres avec des étrangers. Ils représentent bien sûr une minorité en Inde. Manish, jeune auto-entrepreneur, a fondé le site internet leader en Inde sur l’organisation logistique des mariages. 

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Il fait déjà très chaud, mais on descend encore plus au Sud, 500 kms plus loin. Direction Hampi !

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Jaïnisme, discrimination sexiste et festival

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Une fois Logan rétabli, on prend le bus en direction d’Udaipur. Un bus gouvernemental, c’est pas les plus confortables, loin de là, encore moins un des plus rapides. Leur avantage ? Ils sont nombreux et très sympas avec les nanas. Les femmes ont en moyenne 20% de réduc’ sur les trajets en bus ! Logan crie au scandale, c’est de la discrimination sexiste. Il parle du diktat de la gente féminine. Être un homme en Inde, c’est vraiment ingrat. Puffy se fait passer pour une femelle. Ce malin.

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En chemin, on fait une halte au site de Ranakpur, où se tient un célèbre temple jaïn. Construction titanique, euh, titanesque, qui rivalise largement avec nos immenses cathédrales en Europe. 1444 superbes colonnes en marbre superbement ciselées, la profusion des sculptures et des bas reliefs partout dans le temple est absolument incroyable. 

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Cette religion est apparue en même temps que le bouddhisme, en réaction de même à la rigidité du brahmanisme de l’époque. Elle ne s’est pourtant pas aussi bien exportée à l’international. Peut-être un petit problème de marketing ? Mais cette religion est également très intéressante, reposant sur une non-violence absolue, certains pèlerins allant jusqu’à balayer devant leurs pas pour ne pas écraser de petits insectes. L’éveil permet de se libérer du cycle des réincarnations.

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Les cinq vœux que doivent prononcer les moines sont : non violence, non possessivité, pas de vols, vérité et chasteté.

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On arrive à Udaipur, ville de 600 000 habitants au bord de lacs. On quitte la zone désertique du Rajasthan, on est dans les monts Avellis. Ville très touristique, il se trouve qu’un festival se tient quelques jours plus tard sur les berges. Artistes internationaux, musiques flamenco, country et indienne. Et des poubelles de recyclage ! Alors que la notion toute simple de poubelle n’est pas largement répandue dans ce pays. On hésite pas, on reste. D’autant plus qu’on vient de croiser 2 français qui nous proposent une bière sur un toit. De nuit, les toits-terrasses donnent des airs de Vegas ou de Noël à la ville.

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La fièvre de la moustache

Ah, la fameuse Tourista, trois bonnes journées de fièvre avec de poétiques complications intestinales. Soyez tranquille, seulement un tiers de nos effectifs a été touché. Puffy et Léa ont été indemnes. Pourtant on boit et on mange la même chose. Faudrait-il croire que certains ont un système immunitaire plus vaillant ? Logan n’aime pas cette théorie.

En analysant un peu plus la situation, il se trouve que la fièvre est apparut le même jour que la moustache. Et il se trouve également que la fièvre est passée trois jours plus tard, le même jour où le barbier l’a rasé (non sans protestations d’ailleurs).

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À l’étranger, on nous met en garde contre l’eau et la bouffe. Amis voyageurs, faites également attention à la moustache.

Bienvenue au Rajasthan

Février est là et on débarque au Rajasthan. Première étape à Bikaner. Les paysages ont drôlement changés, tout est plus plat et plus sec. Et plus chaud. 25 degrés pendant la journée. On peut trouver pire comme hiver.

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Nous sommes accueillis par Pintu et sa famille, contactés par couchsurfing. On prend le bus le lendemain pour Deshnoke, petite bourgade très célèbre pour son temple hindou qui vénère les rats. Un filet est installé pour empêcher les oiseaux de venir piocher leur repas. On comprend, ces centaines de rats qui gambadent, ça fait un peu buffet à volonté pour les rapaces. Comme pour tous les temples, on se déchausse pour y rentrer… Très curieux, presque tout est en marbre, et tout est quand même plutôt dégueu. Il y a des rats quoi. Parait que si on en blesse un, il faut le remplacer par un en or. On observe l’effervescence ambiante. Le jeu principal des mâles est de courir après les femelles. On assiste à des scènes d’une rare violence que nous préférons ne pas décrire. Une cellule psychologique a été mise en place pour Puffy. Des prêtres préparent les repas des rats. Et au milieu un jeune couple qui se marie et vient demander une bénédiction.

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Retour sur Bikaner pour une promenade dans la ville. Le Rajasthan est connu pour ces forts construits par les maharajas. Ces édifices sont une excellente façon de montrer sa richesse et son pouvoir, le Junagarh Fort rempli tout à fait son rôle. Des plaques d’or couvrent les murs, chaque pierre est taillée minutieusement et les jardins sont aussi grands et luxurieux que le palais. Et si jamais on se lasse de se prélasser dans un gros fauteuil ou à l’ombre d’un palmier dans sa balancelle, il y a toujours les cartes. Pour jouer ou pour y lire un avenir fabuleux, aider par l’astrologie. Encore aujourd’hui, dans les rues, beaucoup de personnes font la queue devant la table d’un astrologue. Et si l’avenir n’est pas drôle, on peut toujours inviter un fakir ! Les planches cloutées ou les dents de scie, choisis ton matelas. Et on apprend d’ailleurs que l’Everest culmine à 9300m d’altitude. 🙂 

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Le reste de la ville est plutôt bien agencé, on doit l’avouer. Enfin, c’est surtout que les rues sont larges et bien goudronnées, c’est rare ! Dans la vieille ville, c’est un labyrinthe de ruelles, on s’y perd pour trouver un temple jaïn. 

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Dans la banlieue de Bikaner, un centre de recherche national sur les dromadaires ! Ah oui, maintenant en plus des chevaux ou des bœufs, on croise en pleine ville de hauts dromadaires tirant des charrettes. On les préfère aux singes… Vraiment très cool. Lorsqu’ils marchent, leur cou en oscillation sont d’une beauté hypnotique. Ce centre qui est aussi une ferme, possède plus de 300 bêtes. On a eu de la chance, de décembre à mars, c’est la saison des amours. Le mâle épate la femelle grâce à un bruit digne du dindon : il gonfle une « bulle » de peau en dehors de sa bouche (c’est pas sa langue, c’est assez étrange), elle s’agite et ça « glougloute », comme un dindon. Bon accessoirement aussi, il bave et mousse de partout. On vous donne un bon tuyau, si jamais vous aviez besoin de savoir dans votre vie si une femelle dromadaire est enceinte et que vous n’aviez pas d’échographie sous la main ! (On sait jamais, ça peut arriver). Un mois après l’acte, c’est la femelle qui garde la queue en l’air qui est enceinte, et pas celle qui l’agite. (De rien 😉 )

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Après un petit café au lait de dromadaire (très bon pour les diabétiques, le lait de dromadaire. Mais puisqu’on vous dit qu’on a appris plein de choses là-bas !), on passe faire une visite de curiosité à l’AFEV, asso humanitaire française. On ne sait pas trop à quoi s’attendre et on découvre avec plaisir Natacha, la directrice qui vit depuis 13 ans en Inde. Son association existe dans d’autres pays comme à Madagascar ou en Amérique du Sud. On est curieux de l’administration indienne, sur certaines formalités et c’est à ce moment qu’on apprend une loi indienne : il est interdit d’héberger des étrangers chez soi. Mesure anti-terroriste. Dooonc, le couchsurfing ou warmshower ou autres programmes de bénévolat qui offre l’hébergement, c’est illégal ici ! Le risque serait que quelqu’un dénonce l’hôte aux autorités. Ça arrive parfois. On est plutôt très surpris d’apprendre cette loi, vu l’ampleur des réseaux comme couchsurfing… 

Et cette française est dans le guide du routard depuis plusieurs années, « très pro » selon elle. En revanche, un gars de lonely planet lui a aussi rendu visite, et lui avait demander 400 dollars pour figurer dans leur guide. « Vous savez, beaucoup d’enseignes s’y retrouvent financièrement. » Figurer sur les guides fait tellement un énorme coup de pub. Pas un voyageur rencontré n’avait son routard ou son lonely planet. (On ne fait pas de la pub pour le routard, il n’est sûrement pas irréprochable non plus).

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On passe une dernière nuit chez notre hôte, avant de prendre le train pour Jodhpur oú un couchsurfeur nous a invité au mariage de son cousin 🙂

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C’est notre première en train et quand on découvre le prix et le confort, on se prend une sacré claque ! Mais pourquoi on s’est embêté à prendre le bus jusqu’à maintenant alors que le train est encore moins cher et qu’on évite les secousses façon manège dues au mauvais état de la route !? C’est la découverte du siècle, 5h de trajet, on se fait des copains, et on peut même jouer aux cartes ! Par contre assez marrant. « Vous inquiétez pas, en cette période d’examens personne ne prend le train ». On arrive 1h à l’avance, train bondé, plus une seule place assise, et les gens commencent à s’asseoir sur les portes bagages. Bienvenue en Inde. 🙂 Qu’est-ce que ça doit être quand il y a beaucoup de monde dans le train.

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Jodhpur, sun city. Plus de 330 jours de soleil par an en moyenne. Surnommée aussi aussi blue city : de nombreuses maisons dans la vieille ville sont bleues ! Depuis deux millénaires. Ce serait en l’honneur de Krishna, réincarnation de Shiva, adoré par de nombreux fidèles. Cette couleur s’est révélée être aussi un puissant répulsif à moustiques. Pratique. 🙂 Ce qui est certain, c’est qu’une superbe impression de fraicheur et de sérénité se dégage de toutes ces maisons enchevêtrées les unes sur les autres (la reforme de l’orthographe n’est toujours pas arrivée en Inde).

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Sur un surplomb rocheux derrière la vieille ville se dresse une superbe forteresse virile. Comme dans beaucoup d’autres villes du Rajasthan d’ailleurs. Elle date du XVème siècle.

Et aux détours de petites ruelles, on se retrouve juste devant un énorme « puit-escalier », pour approvisionner la ville en eau.

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Cette ville d’un peu plus d’un million d’habitants nous fait du charme, même si comme partout, les eaux usées s’écoulent dans la rue et les ordures s’entassent dans les coins.

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On retrouve Tharun qui nous parlent du mariage de son cousin. D’après lui, 2000 personnes seront présentes sur les deux soirées. Première chose à faire, se trouver des habits adéquats. La sœur de Tharun prète un sari, Léa se retrouve enveloppée dans un peu plus de 7m de tissu, mais pourtant avec le ventre à l’air. Pour ma part sous les conseils avisés de notre ami, je passe de la barbe sauvage broussailleuse à la moustache rajasthani. Et oui ici la moustache c’est toute une institution. « You look awesome » complimente Tharun. Léa, elle plus sceptique, propose qu’on fasse quelques jours chambre à part.

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Le mariage commence. Grande procession dans la rue, fanfare avec cuivres et percussions, pour se diriger vers le lieu des festivités. La majorité des hommes portent des turbans, les femmes sont toutes en sari, et très vite tout le monde se met à danser. On apprend à danser comme les indiens. Ne pas plier les genoux, des pas simples, et surtout, super important, les bras toujours levés.

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Le marié, habillé comme un maharadja, chevauche un puissant cheval blanc que le maître fait se cabrer. On rencontre de nombreuses personnes. Bien sûr il s’agit d’un mariage arrangé, comme majoritairement en Inde. Les invités appartiennent presque tous à la même caste. On se perd entre les cousins, les grands oncles et les nièces éloignées. 

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À la fin de la soirée a lieu une cérémonie religieuse. La date du mariage avait d’ailleurs été fixé en concertation avec des astrologues. C’est une autre culture. Pour trouver la date, on ne demande pas la disponibilité des copains et de la famille mais la disponibilité des étoiles. Un feu est allumé, les invités et les mariés s’assoient et un prêtre brahmane chante des textes en sanskrit. Les vœux sont finalement prononcés.

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On fait du vélo en Inde !

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Après avoir bien profité de Dharamshala, on se dirige vers une petite ferme dans la campagne quelques kms plus loin pour faire un peu de wwoofing. On quitte des français rencontrés là-haut, plusieurs travaillant pour des ONG (de la reforestation au soutien scolaire ou cours de français, tout le monde s’y retrouve), et un, étudiant le tibétain dans un monastère, 7h par jour, 6 jours sur 7 pendant un mois. Partir en voyage en vélo demande vachement moins de courage. 🙂

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La ferme est un petit paradis, on rencontre la famille avec les parents et leurs deux enfants terminant leurs études, une suédoise qui est là depuis deux semaines par wwooofing également, et une jeune famille de travailleurs agricoles. Quasiment à 1000m d’altitude sur les contreforts de l’Himalaya, le lieu n’en est pas moins très exotique. Et oui, ici on récolte dans l’année bananes, mangues, plusieurs centaines de kilos de litchis, et tout un tas d’autres fruits jusque là méconnus. De toutes les couleurs et de toutes les formes. Légumes aussi bien sur, quelques herbes aromatiques et du riz. Deux vaches, des poulets et quelques mangoustes sauvages nous tiennent également une charmante et chaleureuse compagnie, même si la tentative d’une vache de lécher Puffy a bien failli créer un incident diplomatique.

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L’hiver est la saison creuse pour les exploitations agricoles, et le travail nécessaire en cette période de l’année n’est pas très important. La famille nous fait payer le séjour, nous ne resterons finalement que quelques jours. Les journées sont chaudes et ensoleillées mais les nuits sont franchement bien fraiches, on continue cette fois en direction des plaines de la région du Pendjab au sud-ouest.

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Amritsar, proche de la frontière pakistanaise, est la ville sainte des sikhs. Le Sikhisme est une religion regroupant 22 millions de croyants, principalement situés dans le Pendjab, mais avec également de fortes communautés dans le reste de l’Inde et dans les pays du commonwealth. Ils sont très facilement reconnaissables avec leurs turbans colorés, leurs barbes + moustaches géniales, leurs sabres accrochés pour la majorité à la ceinture, et leur stature souvent très imposante. 

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Le Sikkhisme est une religion monothéiste qui est apparut au XVIème siècle avec le premier gourou, gourou Nanak. « Gourou » n’a absolument pas la connotation négative qu’on en a actuellement en Occident (on voit déjà le mot secte poindre dans vos esprits). Il s’agit d’un guide spirituel, la relation gourou / disciple est fondamentale pour de nombreuses religions orientales. On parle souvent de cette religion comme un mélange entre Islam et Hindouisme, empruntant des éléments et en rejetant certains. La fraternité entre tous les hommes, le partage et la tolérance religieuse sont des dimensions très importantes. 

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La ville fut construite au XVIIème siècle autour d’un étang sacré appelé la « piscine de nectar », « Amrit Sarovar » en pendjabi d’où le nom de la ville (et oui, le pendjabi, langue régionale, une des 22 langues officielles du pays…). La forêt paisible et les petits villages entourant le plan d’eau miraculeux sont petit à petit devenu la petite ville d’un million d’habitants d’aujourd’hui, bruyante et polluée, mais avec en son centre le superbe temple d’or des sikhs, au milieu de l’étang. Fait de marbre et recouvert de feuille d’or, on pénètre dans ce lieu saint en enlevant chaussures et chaussettes et en se couvrant la tête. Des hauts parleurs diffusent en permanence autour du plan d’eau le chant de dévotion de sikhs, extraits du texte sacré chantés depuis l’intérieur du temple de 5h jusqu’à 22h tous les jours. Spectacle étonnant, la ferveur religieuse de ce lieu saint ne laisse pas indifférent. Aux alentours, des appels à la prière chantés du haut des mosquées, et un peu plus loin un grand temple hindou.

L’Inde, pays multi religions.

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Le Sikhisme est également célèbre pour ses logements et ses distributions de nourriture. Au sein du temple d’or se trouve la plus grande cantine gratuite du monde et du lever au coucher du soleil, des repas sont distribués sans interruption pour tout le monde, sans distinction de nationalité, de religion, de sexe ou de caste. Incroyable. Les gens rentrent sans attente dans l’une des deux grandes salles et s’assoient sur les tapis dépliés en file (une quinzaine de files, comme celles de la photo, par salle). Des thalis copieux et fraichement cuisinés sont servis par des dizaines de volontaires allant d’enfants à vieillards, majoritairement sikhs. En l’espace d’une demi heure environ, 500 personnes mangent dans une salle. À la fin du repas, la salle est nettoyée, et pendant ce temps de nouvelles personnes investissent l’autre salle pour manger. Le guide du routard parle de 10 000 repas par jour, un ami touriste nous parle de 100 000 par jour, un autre volontaire nous parle entre 50 000 et un million selon l’affluence. Ce qui est sûr, c’est que c’est sacrément impressionnant. Il y a toute la journée une cinquantaine de volontaires à la vaisselle, et des dizaines au service et à l’épluchage des légumes. On assiste à deux livraisons, un camion de bouteilles de gaz et un camion de choux-fleur. Et oui hé hé!, c’est que ça fonctionne à une sacré grande échelle. Et avec seulement des donations de particuliers et des volontaires.

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De même, des lits sont également proposés gratuitement aux pèlerins sikhs et voyageurs dans des dizaines et des dizaines de dortoirs, de même sans distinction de nationalité, de religion, de sexe et de caste. Des dizaines de volontaires sont au travail, sanitaires et douches sont nettoyés plusieurs fois par jour. Et ne fonctionne également qu’avec des donations.

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On se ballade un petit peu aux alentours. Dans un parc se tient un mémorial, il commémore un sinistre évènement : les militaires britanniques ont tiré sur une foule d’indiens qui manifestait pacifiquement en 1919. 379 personnes tuées en 5 minutes. Plus récemment, dans les années 80, les habitants du Pendjab revendiquaient un territoire autonome. Après l’échec des négociations, le temple d’or est occupé par les militants en 1984. L’armée assiège le temple et mène l’assaut, presque 500 morts sont à déplorer parmi les sikhs. Cet événement entrainera l’assassinat de la chef du gouvernement Indira Gandhi par ses gardes du corps, qui se trouvaient être sikhs. Vengeance.

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Autre curiosité de la région d’Amritsar, la cérémonie de clôture de la frontière indo-pakistannaise, la Wagah border, tous les soirs. Imaginez une foule en délire de chaque coté, une ambiance nightclub avec des musiques Bollywood crachées par de puissants amplificateurs et des dizaines d’indiennes qui dansent sous les exclamations des indiens dans des gradins plein à craquer. Puis défilé militaire, la parade des coqs avec leur haute crête à plumes rouges, ils jouent à qui intimidera le plus l’autre en jetant leurs jambes jusqu’au nez, avançant en pas chassés… Leur souplesse et leurs mouvements font, malgré tous les muscles qu’ils y mettent, penser à des pas de danse classique… S’en suit la descente des drapeaux. Les militaires des deux pays se serrent ensuite la main, les portails sont fermés pour la nuit, et tout le monde rentre chez soi. Plutôt curieux.

Les troupes indiennes font le pas de l’oie à la frontière du Pakistan !

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Après trois jours à Amritsar on prend le bus pour Bathinda au sud du Pendjab pour rencontrer un hôte couchsurfing Jagpal Singh. On est invité à une ballade en vélo le lendemain. Départ 6h du matin dans la nuit, on ne sait pas trop à quoi nous attendre. On rejoint un club de cyclistes qui fait des ballades tous les samedis. On se retrouve avec une quarantaine d’indiens à pédaler au lever du jour dans la campagne. Nos compagnons sont charmants, de tous les âges, et passent leur temps à déconner joyeusement. Héhé, on aura un peu pédaler en Inde finalement. Puffy est fier de nous. On s’arrête à un endroit pour fêter deux anniversaires et un anniversaire de mariage. Gâteaux, thés et séance photos. Les indiens adorent, adooooorent, prendre des photos, et encore plus se faire prendre en photo. Une des premières phrases apprise en anglais doit être « can I take a picture with you ? ». Et dès qu’un indien prend la pose, les dix copains à côté se ruent pour prendre aussi la pose.

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-"Another picture with my glasses now my friend !"

Et on se retrouve en fin de matinée dans une école de filles, sur une estrade en plein milieu avec les autres cyclistes, devant plusieurs centaines d’écolières assises. Sans savoir trop ce qu’on fait là. -« Ok, now we go to a school » nous avait dit notre hôte. Un cycliste prêche pour promouvoir le vélo dans la vie de tous les jours au lieu du bus et du scooter, et raconte notre périple à travers l’Europe. D’autres personnes prennent la parole. On agit un peu malgré nous pour démocratiser le vélo. C’est pour la bonne cause. 🙂

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En route pour Dharamsala

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Notre séjour dans l’ashram nous fait le plus grand bien. Remplis de paix intérieur et les muscles transis mais détendus par le yoga, on profite d’un repas dans le jardin, sous ce chaud soleil d’un dimanche en janvier. Après la première bouchée, on engage la discussion : « Tiens, il est super gros ce singe. » Deuxième bouchée. « Il s’approche de nous là, tu trouves pas ? » On lève la tête. « Mais ils étaient pas là avant tous ces singes sur le toit ! » Il faut réagir, Logan amorce une intimidation stratégique au gros singe le plus proche, il avance en tapant des pieds. Raté, c’est le singe qui nous intimide en ripostant par un bond en avant, avec grimace et crocs dans un cri. Bon. Un repli tactique s’impose dans la salle à manger. Un indien arrive, une poignée de cailloux en main et éloigne cette petite armée en un rien de temps. Les cailloux, et un comportement prédateur, on retient l’astuce, mais en finissant notre riz à l’intérieur. On entend les sarcasmes des singes qui s’marrent : « pas très farouches les touristes ».

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On se décide péniblement à continuer le voyage, après une petite semaine de sérénité. On était dans un quartier calme, sans circulation donc sans klaxons. Beaucoup d’occidentaux viennent se ressourcer à Rishikesk qui profite grandement de ce tourisme. Les murs des rues sont remplis de pancartes annonçant cours de yoga ou méditation. C’est un énorme business.

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On se glisse dans un auto rickshaw et on attend qu’il soit assez rempli pour que le conducteur se décide à nous emmener à la gare routière. Minimum de 8 personnes exigé. Rapidement, 2 étudiants indiens arrivent, on engage la discussion. Ils viennent de passer un examen en pharmacie et retourne sur Delhi. Après 1h30 à discuter dans le rickshaw, on augmente le prix pour partir dès maintenant, faute d’avoir assez de passagers ! On va pas y passer la journée lance Puffy qu’une envie « pressante » commence à rendre impatient.

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On arrive à Dehradun et on se glisse dans un rickshaw pour rejoindre la gare routière. On a besoin d’informations, on hésite entre visiter Mussoorie, la ville surnommée « Reine de la montagne » ou aller directement à Dharamsala. 14 passagers dans le rickshaw, on est tous les deux dans ce qu’on peut appeler le coffre, sur des tabourets. Être seulement à 2 sur un 2 roues ou à 4 dans une voiture nous semble être une grande perte d’espace ! Et puis, c’est vachement mieux pour la planète, du covoiturage efficace.

À la gare routière, un bus part dans 15min pour Dharamsala. Un bus tous les jours à 17h et on arrive à temps pour le prendre. C’est le destin. C’est parti pour 12h de trajet et quelques 450 km. Dommage qu’il fasse nuit, on prend une route de montagne qui devait être magnifique de jour. Au lieu de ça, on profite seulement des secousses dignes d’un bateau en pleine mer quand le goudron s’absente sur quelques mètres et des virages en épingle qui se succèdent. Sans compter les deux gus derrière nous qui ont décidé de boire pour passer un agréable voyage… Eux en chantant, nous, on écoute… L’avantage et le désavantage de la boisson, c’est qu’à la moitié du trajet, ils se sont rapidement mis à ronfler. D’autres voisins ont passé le voyage plein de dévotion à regarder des clips bollywood en mangeant des cacahuètes, jettant les coques dans l’allée. Aucune réaction des chauffeurs et des autres passagers. Le bus en Inde, c’est joliement folklorique.

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5h30 du matin, Dharamsala. À 1350m d’altitude, il fait pas chaud. Serrés dans nos couvertures, on attend le bus de 7h pour monter à Mcleod Ganj, la ville haute, à 1800m. Le lever de soleil apporte quelques degrés en plus. Au détour d’un virage un grand « BANG » avec un flash lumineux. Un poste de transformation électrique la porte ouverte, fumante, qui vient juste d’exploser. Bienvenue à Dharamshala. 🙂

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Le gouvernement tibétain s’est exilé dans cette ville sur les contreforts de l’Himalaya suite à l’invasion chinoise. Ville du Dalaï Lama, elle abrite les réfugiés tibétains, ce qui la rend complétement différente d’une ville indienne. Le changement est en effet saisissant. Les passants dévisagent moins, les vendeurs à l’étalage sont très peu insistants, et une atmosphère joyeuse, calme et sereine semble régner. Les passants font tourner les moulins à prières du temple central et les moines se baladent dans leurs vêtements rouge bordeau. Les voitures font même parfois 50 m sans klaxonner. Incroyable. Le cadre est superbe, la petite ville domine la vallée cachée par une brume perpétuelle, et se trouve sur les contreforts d’une imposante barrière montagneuse culminant autour de 4700m. Les premiers contreforts de l’Himalaya.

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Petite excursion à la journée pour flirter un peu plus près avec les montagnes. On monte jusqu’à 2800m en tee-shirt en plein hiver, les énormes rapaces qui nous survolent se moquent de notre transpiration. Puffy reste bien caché dans le sac, sauf pour prendre la pose à coté du trident de Shiva au sommet. 

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L’hindouisme côtoie ici le bouddhisme. Ce n’est qu’au 8ème siècle après JC que ce dernier s’est développé au Tibet remplaçant la religion animiste de l’époque « Bon ». Soit plus de 1000ans après la mort de Bouddha. Le bouddhisme rencontrait un succès important en Inde et rivalisait avec l’hindouisme. Un temps elle fut la religion principale de l’empire Maurya en Inde, quelques centaines d’années avant JC. Il s’est largement développé dans les autres pays, Myanmar, Thaïlande, Chine, Corée, Japon, Asie centrale, mais finalement a quasi disparu de sa terre natale. L’hindouisme a fait de Bouddha un Dieu, la huitième incarnation de Vishnou. Habile. 🙂

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On goute les momos tibétains, légumes enrobés d’une pâte cuits à l’eau ou frits. Et puis on goute également le célèbre thé tibétain au beurre, qui change drôlement du thé sucré épicé des indiens. Une mousse salée brillante de matière de grasse nous fait des clins d’œil. Une bonne tasse donne probablement les apports caloriques journaliers recommandés. Pas de doute, on sait comment les tibétains survivent aux hivers glacials.

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L’Inde nous laisse baba

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On a finalement réussi à quitter le cocon douillet et l’hospitalité des copains après 2 semaines… Nouveau record de notre part. On a failli se sédentariser. Les vélos restent sagement au chaud sur un toit. Et nous, bagages plus légers que jamais, on prend le bus pour Haridwar, dans l’Uttarkand. Mot à mot en hindi, cette ville signifie porte des dieux; aux pieds des montagnes, elle est construite le long du Gange. La gare routière de Delhi, Kachemire Gate, est propre (ça parait rien comme ça mais c’est assez remarquable vu le standard habituel), les guichets alignés n’ont personne. C’est un beau batiment, que tout le monde traverse sans s’arrêter puisqu’on paye directement dans le bus !

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208 kms en perspective, soit 7h de trajet. Le bus, c’est toujours 3 fois plus rapide que le vélo, on en profite. Entre 2 siestes, la discussion s’engage avec Helena, une italienne en jupe orange qui vit depuis 25 ans en Inde avec un gourou, en jupe orange également (désolé pour son prénom, on s’en sort pas encore avec les présentations). Les gourous et saddhus sont en quelque sorte les chefs spirituels de l’hindouisme, les porteurs de la foi, ils sont aussi appelés baba. On se raconte nos vies respectives, une autre famille se joint à la conversation. À l’arrivée, on descend avec une liste de conseils de visite dans le coin, une invitation pour la nuit par Helena et Baba, et une invitation à dîner à Rishikesh dans les jours prochains.
Soirée autour d’un feu, les chapatis sont habilement préparés par le baba. La pâte à pain est tout d’abord étalée, avant d’être cuite sur une plaque puis gonflée dans les cendres. 
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Mardi, on visite Haridwar. Au milieu du Gange, une statue de la déesse personnifiant le fleuve sacré, avec comme monture un crocodile. Au loin une énorme statue de Shiva. La ville entière se prépare à accueillir le festival Ardh Kumbh Mela, rassemblement religieux qui a lieu tous les 6 ans, entre deux Kumbh Mela, évènements qui ont lieu tous les 12 ans, alternativement dans 4 villes saintes indiennes: Haridwar, Nasic, Ujjain et Allahabad.
 
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La légende dit que lors d’une dispute entre les dieux, 4 gouttes de l’élixir d’immortalité tombèrent dans chacunes de ces villes. Le Kumbh Mela est la plus grande manifestation religieuse du monde, lors de la dernière édition à Allahabad 100 millions de fidèles s’y sont retrouvés ! À Haridwar, seulement un petit million de pèlerins est attendu. Les campements de tentes et les nombreux gourous et saddhus en jupe orange et longues dreads sont éparpillés le long du Gange et au bord de la route.
 
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L’hindouïsme est tout neuf pour nous, et il y a beaucoup de choses à apprendre, les rituels, les significations, les dieux… On part à l’assaut du Mansa Devi, temple perché en haut de la montagne pour s’impregner de la spiritualité de la chose. On grimpe avec les touristes européens et hindoux, avec les vendeurs d’offrandes, de fruits, d’eau et autres, on grimpe avec les singes aussi. Ils grouillent de partout, pas craintifs, ils guettent les passants, ou sautent sur le dos d’une vache. En haut, on nous demande de quitter nos chaussures. On cherche un peu l’entrée dans le hall rempli d’échoppes. Pour l’instant ça a plus l’air d’un marché que d’un temple. On doit acheter une offrande pour passer la grille d’entrée. Fleurs en main, en file indienne (ahah), on imite les gens devant nous. Premier arrêt, un bonhomme nous fait un point orange entre les 2 yeux, prend une fleur et comme tout le monde, on doit donner des roupies. On suit, dociles mais complètement perplexes. Après 5 ou 6 arrêts dans le genre, avec une nouvelle couleur sur le front ou une noix de coco jetée au feu, on ressort, sacrément perplexe.
 
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Céromonie du feu le soir même, beaucoup de monde sur les bords de la rivière sacrée, des chants, de la musique et des bougies déposées sur le fleuve. Une ferveuse religieuse joyeuse, et des lumières de partout à faire palîr Las Vegas. 
 
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Jean-Paul, un français rencontré lors de la cérémonie, nous parle d’un ashram dans lequel il a passé une nuit. Très bon marché, et avec séances de méditation et de yoga proposées. Nous voilà donc en route pour Rishikesh, la mecque des hippies en quête de spiritualité. L’ashram se trouve juste à coté de celui qui a accueilli les Beatles dans les années 70 ! On se demande si John Lennon aimait les jus de canne à sucre avec menthe et gingembre. On en trouve pléthore dans les petites rues.
 
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Et oui, ici le changement est radical. Nous n’avions jusqu’alors pas rencontré de nombreux voyageurs, mais dans ce quartier, il y a plus d’occidentaux que d’indiens. Le cadre est superbe. Derrière les plages, les vaches vagabondes, les librairies de bouquins spirituels et les magasins de fringues babas, la jungle s’accroche à la montagne.
 
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Une excursions à pied dans la jungle nous mène jusqu’à une « baba cave ». Un saddhu de 32 ans couvert de cendre et avec d’immenses dreads nous accueille. Cela fait 12 années qu’il vit dans cette grotte, au milieu des éléphants, singes, tigres et léopards. Mais Dieu le protège. Rencontre marquante. La spiritualité et la foi en Inde intrigue. Il y aurait de 4 à 5 millions de saddhus en Inde, habillés en blanc, en jaune ou en orange, ou pas habillé du tout, enseignants dans les villages et dans les ashrams ou méditants à l’écart du monde. Certains accomplissent des choses extraordinaires. On pense notamment à l’un d’eux qui lève le bras droit depuis 40 ans, ou à un autre qui est debout depuis 9 ans !
 
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On retrouve la famille rencontrée dans le bus pour un chouette repas. On discute chaleureusement d’Inde et d’Europe en mangeant des chapatis pour faire passer le choux fleur « légèrement épicé ».
 
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Au début des séances de méditation et de yoga on chante le son « om », écrit ci dessous en sanskrit. Ce son est mystifié par l’hindouisme, et apparait dans de dans nombreux mantras. Entre deux séances de yoga, on récupère sur la plage, priant Vishnou, Shiva et leurs copains d’attenuer nos courbatures. Et non, c’est assez loin de l’idée d’activité tranquille de grand-mère qu’on peut se faire. 🙂
 
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Puffy n’a pas voulu nous attendre 3 mois à Delhi

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Et oui, Puffy est malin et a réussi à se faire une place avec nous sur le sac à dos. Il n’a pas voulu se baigner dans le Gange. Sacré ou pas, il aurait pourtant bien besoin d’un bon bain…

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Il fait un peu chaud en Inde

Inde !

On est arrivé un peu avant 5h du matin à l’aéroport de Delhi le 29 décembre dernier, en ayant dormi un petite paire d’heures. Un contact warmshower dans le téléphone, nous remontons sur le vélo pour aller dans le centre de New Delhi à Connaught Place, énorme rond point au cœur de la ville, pour temporiser en attendant de retrouver notre hôte, Bulbul.

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Découvrir l’Inde nous fait l’effet d’un énorme bol de café, les yeux alertes hallucinent au fil des kilomètres. Ici une énorme vache traverse une 2×3 voies, là un singe saute d’un muret, sur le bord de la route des dizaines de rapaces mangent dans des corbeilles, dans un temple une centaine de pigeons mangent des graines jetées par les fidèles.

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On roule à gauche en Inde, mais le contre-sens ne semble troubler personne. Les rickshaws, vélos, charrettes, animaux, piétons, bus, camions, tracteurs et autres étalages sur roulettes se disputent la route dans un vacarme assourdissant. Visiblement la pédale d’accélérateur est directement reliée au klaxon. La pédale de frein également. Le bitume laisse parfois une petite portion de piste caillouteuse s’épanouir, mais les terreurs de la route sont les dos-d’ânes, sans pitiés pour les suspensions des véhicules et les fesses délicates de ce pauvre Puffy.

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Les indiens sont de manière générale particulièrement curieux. A l’aéroport, en remontant nos vélos, un attroupement d’une dizaine de personnes apparait, discutant entre eux et souriant en regardant Léa regonfler fièrement son pneu avant. Les indiens sont des gens qui regardent les choses qui les intriguent avec insistance. Parfois avec un superbe sourire. 

On rencontre Bulbul, et reprenons la route pour rejoindre son domicile, un petit peu à l’écart du centre, à une petite vingtaine de kms. On arrive épuisés, après 45km de vélos à Delhi depuis l’aéroport. Et oui, Delhi est une mégalopole plutôt bien peuplée…

Lina (diminutif de Mohsina), la femme de Bulbul, nous accueille avec une merveille de repas. On l’avait déjà senti dehors, outre la pollution et la poussière, la rue dégage aussi de formidables odeurs de bouffe, d’épices et d’encens avec les centaines de vendeurs ambulants. Très parfumée et colorée avec la coriandre fraiche, les piments et les currys, la cuisine indienne à laquelle on goute ne nous déçoit pas. Il semble que l’estomac de Léa soit fragile psychologiquement, il a décidé de tomber malade avant même d’avoir goûté un produit indien. Puffy ne l’épargne pas en sarcasmes. 

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Un Estonien, Daniel, est également hébergé chez nos hôtes, il reprend un avion le lendemain après un mois de voyage en vélo en Inde du nord. P1110440 Nous prenons le temps de prendre nos marques dans ce pays si différent. Nous attendons le jour de l’an en buvant du thé noir préparé avec du gingembre fraichement coupé, en regardant des séries Bollywood souvent pathétiques, et en se baladant dans les environs. 

 

Le sport national du pays est le cricket, tous les terrains vagues de la ville sont envahis par les enfants qui y jouent. Bulbul est un sportif passionné, et nous l’accompagnons à un de ses matchs une après-midi. 12 joueurs sur le terrain, un joueur lance la balle, un batteur la tape et un autre joueur la ramasse. Et ce pendant deux bonnes heures. 🙂 On passe beaucoup de temps à observer les écureuils qui courent de partout sur les murs, jusqu’à ce qu’on nous explique un peu plus les règles, et qu’on arrive à s’intéresser (un peu plus) à ces pauvres joueurs sur le terrain qui transpirent abominablement. Déjà qu’il fait super chaud en hiver, on a une pensée pour les joueurs en été…

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 Réveillon sur le toit de l’immeuble, poulet macéré au barbecue au milieu des pétards et des fusées de la ville en effervescence. On partage les charmes d’une petite bouteille de chartreuse qui s’était fait une place dans la valise ;).

On rencontre Produ le 1er janvier, un ami d’enfance de Bulbul. Avec Lina et Bulbul nous le rejoignons dans son appartement à Gurgaon, ville toute jeune au sud de Delhi, 1er étage, immeuble N° 1176 du bloc G dans le secteur 57.  Gurgaon avec ses milliers d’immeubles qui ont poussé pour faire face à l’énorme manque de logements de la capitale.

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Aujourd’hui à 16 millions d’habitants, la mégalopole de Delhi pourrait atteindre selon une prévision de l’ONU 30 millions d’habitants d’ici 2030 ! Depuis le début de l’année dans la capitale, les voitures immatriculées avec un numéro pair roulent les jours pairs et les voitures immatriculées avec un numéro impair roulent les jours impairs. Cette mesure soulève de nombreuses polémiques mais elle semble la seule vraiment efficace pour désencombrer le trafic, infernal entre 5h du matin et 23h le soir.

Nous sommes invités pour un repas chez la cousine de Produ, à Gurgaon. Le repas, composé d’une petite dizaine de plats, est superbe. Bulbul, Lina, Produ et sa famille sont originaires de la région d’Assam, au nord est du pays, près de la Birmanie.

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Bulbul travaille chez American express, une filiale américaine dans le secteur bancaire. Prudu travaillait également dans cette entreprise jusqu’à ce qu’il parte. Il anime maintenant des camps scolaires dans le Rajasthan, dans un centre qui vient d’ouvrir à une petite centaine de kms au sud de Delhi. Nous partons tous les 5 pour y passer une journée bien tranquille dans la campagne, où poussent choux, radis rouges, oignons, bananes, grenades, moutarde, coriandre, etc… Le jardin est assez grand pour accueillir un terrain de basket et une table de ping pong. Tout est prévu pour le loisir des enfants, absents en ce dimanche. On se fait une joie de les remplacer.

Nous restons en tout une petite semaine à Gurgaon, et découvrons un peu plus Delhi en prenant le métro. Le vieux Delhi est un peu oppressant, des kilomètres de bazars dans des rues minuscules et sales dans lesquelles les odeurs d’urine s’amusent avec toutes les autres odeurs des étalages, viandes, poissons, épices, gâteaux et encens. Il y a du monde absolument partout, et les milliers de vélos et rickshaws se disputent les petites ruelles. Même un ascenseur que nous prenons un jour est à l’image de l’Inde : « max 20 persons » alors qu’un européen imagine déjà difficilement 10 personnes rentrer dedans. 

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On visite le site classé à l’Unesco de Qutab Minar, au sud de la capitale. 10 roupies l’entrée pour les indiens, 250 pour les étrangers.

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Le patrimoine indien appartient à tous les indiens. On voyage à travers le temps, les nouveaux envahissseurs musulmans qui se sont établis dans le nord de l’Inde au début du premier millénaire après JC ont fait construire une gigantesque tour de victoire à la gloire de l’Islam. P1110512 L’architecture est un mélange d’islam et d’hindouisme, et les pierres – grès rouges et marbres blancs – sont superbement sculptées. Et Léa se fait prendre en photo par des indiennes. Les contrastes dans ce pays sont extrêmement prononcés. Derrière le monument des cochons sauvages mangent dans une décharge.

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L’extrême pauvreté côtoie la classe moyenne émergente. Les diversités sont extrêmement nombreuses, les chaines de télévision du pays sont dans des dizaines de langues différentes, mosquées et temples jaïns, sikhs, hindous et bouddhistes se tiennent côte à côte.

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Bientôt 2 semaines maintenant que nous sommes chez nos hôtes à Delhi. Nous sommes en Inde jusqu’au 15 avril, nous avons le temps et c’est une liberté incroyable lorsque l’on voyage. Nous allons poursuivre le périple dans le nord aux pieds de l’Himalaya. Nous avons contacté des fermes dans lesquelles nous allons passer quelques semaines. Et changement de programme, le voyage en Inde sera en sac à dos, en bus et en train ! Pour visiter plus de fermes et avoir un aperçu plus complet de l’Inde du nord – Non, les fesses délicates de Puffy n’y sont pour rien.

 

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Noël en famille à Istanbul

Après leurs 3 800 kms à vélo en 3 mois à travers l’Europe, on a pensé que les vacances de Noël étaient une bonne occasion pour nous les 2 familles de retrouver nos cyclos-voyageurs avant leur échappée vers l’Asie.
C’est donc à 7 que nous débarquons à Istanbul le 21 décembre.Istanbul_0720
Comme Léa et Logan sont déjà arrivés depuis la veille au soir, ils nous font la surprise des retrouvailles à l’aéroport et nous conduisent à notre résidence de la semaine.

Belle découverte pour tous que cette surprenante ville d’Istanbul, à cheval sur 2 continents, pleine de contrastes, beau mélange d’Orient et d’Occident, qui s’étend toujours alors qu’elle compte déjà plus de 15 millions d’habitants.Istanbul_0068-2

Les vélos sont rangés pour la semaine et c’est les chaussures (bien cirées par des spécialistes locaux !) que l’on use à travers les quartiers de Galata et sa Tour, sur les quais de la Corne d’Or, les pavés des ruelles du bazar égyptien, le marbre de Ste Sophie, les marches des mosquées, les pierres de la citerne basilique, le pont du bateau sur le Bosphore, le labyrinthe du grand bazar, les jardins de Topkapi
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Le vendredi 25, on se rappelle que c’est Noël ailleurs mais ici tout vit comme une journée ordinaire, seuls les quartiers commerçants sont ornés de guirlandes et décorations de fêtes.Istanbul_0131-

Les palais nous laissent imaginer une autre vie en préférée du sultan ou nous font apprécier de ne pas avoir été gardien eunuque.
Les vendeurs des célèbres bazars nous font découvrir des techniques commerciales certainement issues de grandes écoles de commerce…
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Le temps parait suspendu pendant la cérémonie-spectacle des Derviches tourneurs : Bercés par la musique soufie et hypnotisés par les danses, certains planent, d’autres …. s’endorment !

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Et dites au fait, c’est quoi les bains turcs ?
Alors entrée par la grande porte luxueuse pour les gars et par la petite porte à l’arrière pour les nanas, on s’offre le full-service : après une suée efficace dans une ambiance moite sur une plaque de marbre chaude, on nous gomme, on nous frotte, on nous masse énergiquement sous un nuage de bulles mousseuses, suivi de rinçages à la cuvette (en cuivre SVP), on sèche de nouveau installés sur la pierre chaude et hop, tout propre. À noter que côté hommes sur le marbre se trouvait une serviette et un oreiller et le thé ponctuait la fin du service mais rien de tout ça côté femmes…
Mais mince Puffy n’était pas avec nous, il est toujours aussi sale, on se console car ses coutures n’auraient sans doute pas résister à un décrassage aussi vigoureux !
Pour une séance détente typique, nous ne résistons pas au bar à Narguilé…

La fin du séjour arrive trop vite et chacun fait ses dernières emplettes, on compresse le tout dans les valises pendant que les sacoches vélo se gorgent à nouveau d’utiles et indispensables. 30 kg est le poids maxi pour chacun : valise de retour vers Lyon ou vélo+sacoches en partance pour New Delhi.
Sachant que chaque vélo pèse 15 kg, la soustraction est facile en arithmétique mais très étudiée pour la suite du voyage. Puffy se réjouit de ne peser que quelques grammes et de ne pas avoir abuser des loukoums.

Lundi 28 décembre vers 10h des scènes incongrues et mémorables sont tournées à l’aéroport Atatürk :
Scène 1 : comment faire passer un vélo aux portiques de sécurité ?
Après avoir réfléchi longuement entre le tapis roulant ou le portique, les agents de contrôle laissent tomber, examinent les vélos attentivement et les laissent passer sans être scanner.
Scène 2 : Comment enregistrer ces mêmes vélos pour les caser en soute ?    Velos

D’abord bien les emballer : tous les bras sont utiles pour enrouler le papier bulles, tirer la ficelle, dérouler le scotch, démonter les pédales, tourner le guidon, dégonfler les pneus, protéger le dérailleur. Une heure de bricolage et hop ils sont embarqués et peser … et Puffy s’est sagement glissé dans le bagage à main de Léa…

Première partie du voyage terminée !

Ca y est, arrivés à Istanbul.

On remercie tous ceux qui nous suivent, la famille et les copains, et on vous souhaites un joyeux Noël.

Soyez rassurés, on prend soin de Puffy.

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La Communication

Quelques minutes de perplexité à Alexandropolis, devant ces panneaux que nous croisons quelques fois.

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« Vous vous exposés à une chute si vous rencontrez malencontreusement un obstacle alors que vous êtes debout sur votre guidon de vélo ». Mais après un élan de lucidité et une rotation de la tête de 45°, le message du panneau s’offre à nous avec évidence. Et oui, héhé, on est juste devant une voie ferrée.

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On aime beaucoup aussi certains panneaux turcs. « Si vous apercevez des parapluies ouverts, il est possible que la route soit glissante ».

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Jusqu’au bout de l’Europe

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On profite bien des quelques jours de repos à Kavala. On repousse plusieurs fois le départ de l’appartement confortable de notre hôte, et on reprend finalement la route pour les 450 derniers kilomètres après 5 nuits dans des lits. Ah, le piège du confort. C’est plutôt rude de rester indifférent. 

Quinze kilomètres plus loin, on croise un autre couple de cyclo-voyageurs, Nicolas et Camille. Musiciens, ils ont descendus le Danube en kayak, et continuent maintenant leur voyage en vélo. (Leur site internet: https://depagaiesenpedales.wordpress.com/). On décide de bivouaquer ensemble le soir même. Plus que 435 kilomètres jusqu’à Istanbul. L’efficacité, c’est important.

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Les derniers jours en Grèce s’enchainent. Les exploitations agricoles sont énormes, des hectares de cotons et d’oliviers. Les oiseaux sont partout, et on perd franchement du temps à essayer en vain de les prendre en photos. Il n’y a bien que Puffy qui accepte de prendre la pose.

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Les nuits sont fraiches, le vent se lève le jour où l’on traverse la frontière turc. Grosse présence militaire, l’ambiance est beaucoup moins bon enfant qu’avec les précédentes frontières. Les collines ne sont pas non plus bon enfant, la route est en ligne droite, 1km de descente et 1km de montée. L’entrée en Turquie n’est pas des plus facile.

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Le vent tombe et les choses s’améliorent d’elles-même. Un peu de souffle peu facilement ébranler le charme du voyage en vélo. On découvre la Turquie, qui contraste avec le reste de l’Europe, et qui semble en pleine effervescence. La population a visiblement décuplée, les immeubles et usines poussent de partout, les engins de chantier nous doublent, et la route est la 8ème merveille du monde. Autre nouveauté, les chiens de bergers d’Anatolie, aussi appelés Kangals. Il sont énormes, puissants, rarement attachés, et avec un collier clouté autour du cou. On en croise beaucoup, dans les villages ou près des troupeaux. On ne s’amuse pas à les taquiner avec le klaxon, ils n’ont pas un très grand sens de l’humour.

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Les derniers kilomètres nous font entrer dans l’agglomération d’Istanbul. On ne fait pas les fiers dans cet immense mégalopole de 15 millions d’habitants, soit 5 fois la population de l’Albanie. On enchaine les 2×3 voies et 2×4 voies pour finalement arriver près du détroit du Bosphore, au bord du continent européens. La première partie du voyage est terminée !

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Épisode 7 : Puffy et la douche.

Puffy et la douche. Une grande incompréhension depuis le départ. Un échec pour nous. On a toujours pas réussi à le laver. En ces temps de COP21, il nous sort l’argument écolo : « une douche vaut mieux qu’un bain, mais pas de douche du tout, c’est révolutionnaire ». Même les vélos ont essayé de lui montrer l’exemple. 

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COP21 ou pas, c’est la machine à laver qui l’attend…

En Grèce, Puffy vole plus vite que les mouettes

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Après la chaleureuse rencontre avec Vergos, nous sommes allés à Giannitsa, prendre une bière et profiter du soleil retrouvé. Comprenez journée vélos au repos. Ma foi, on n’est pas pressés.

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On se retrouve le soir dans un petit village pas très loin, à demander de l’eau au prophète. Si si, dans ce petit village se promenait paisiblement, dans sa grande robe bleue, avec un loin baton, le pasteur orthodoxe et sa femme. Oui, oui, sa femme. On marche donc, le pasteur avec son grand baton et nous avec nos gros vélos. La discrétion incarnée. D’autant plus que sa femme en profite pour parler à tous les habitants qu’on croise de notre voyage. On finit par tomber sur une dame qui parle allemand et anglais. Tou devient beaucoup plus facile. Avec 2-3 personnes en plus accompagnant le petit groupe, on est déposé dans le parc qui entoure l’église. On peut planter la tente ici ! Ou si on préfère, il y a l’air de jeux pour enfants juste à côté où l’an dernier, un cyclo-voyageur belge a planté sa tente. On n’est pas les premiers. D’habitude, on se débrouille pour planter la tente à l’abri des regards, à l’extérieur d’un village… Cette nuit, on est en plein milieu ! Vaso, la dame qui parle allemand et anglais, nous invite chez elle à prendre un café le lendemain matin.

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On est content de découvrir que les clochers ici ne sonnent pas toutes les 30 minutes. Le 4 décembre c’est la sainte Barbe, on ne sait pas ce qu’a fait ce saint, mais il y a une messe particulière et on nous offre de la soupe aux fruits au réveil. On enchaine avec le café chez Vaso, qui devient un petit déj’, qui devient une invitation à rester jusqu’à demain, pour un pic-nic en famille ! On accepte avec plaisir. Comme on vous l’a dit, la météo, c’est plus la même. Samedi dernier, barbeuc au soleil tout l’aprem, 4 générations autour de la table. Avec ceci, une quiche lorraine et un crumble aux pommes, de la sauce tzaziki, des grillades de poulet.

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Et surtout, du tsipouro. La rakia ou raki qu’on nous propose depuis la Slovénie a changé de nom. En Grèce c’est tsipouro, ou ouzo. Le degré d’alcool est toujours aussi élevé. Le premier litre de tsipouro est bu, suivi du deuxième.

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On a voulu parler un peu politique, comme on aime bien le faire. Tsipras a-t-il changé quelque chose ? « Avant Tsipras, on faisait des barbecues, pendant on en fait encore et après, on en fera toujours ! ». Ils savent qu’ils ont de la chance, ils ont tous un travail qui les abritent de la crise, alors pour eux, pas tellement de changements.

On les quitte dimanche, des recettes greques plein les poches. On a hésité longtemps, Thessaloniki ou pas Thessaloniki ? Non, on ne passera finalement pas dans la deuxième ville greque. Cette remise en selle n’aura pas été facile. Nos corps suent le tsipouro. Mauvais. Puffy se demande s’il a les mêmes propriétés que l’ail, à savoir éloigner les moustiques… À méditer. Au détour d’une colline, on se retrouve enfumés. Au début, on pense à un barbeuc. Non, plus gros. Merde, un feu de forêt ? Non, cette étrange fumée n’a pas d’odeur. On conclut que c’est du brouillard. Il y a 200m, on était au soleil, on passe simplement cette colline et c’est la purée de pois. On n’y voit plus rien et de toute façon c’est la fin de la journée. On trouve un jardin à Lagina. La famille est tout autant chaleureuse que les précédentes rencontrées. On nous informe qu’ici, il y a en quelque sorte un micro-climat. Ce brouillard est très fréquent en hiver, il dure en général 2-3 jours… Par semaine. Alors que de l’autre flanc de la colline est ensoleillé ! On repart le lendemain, chargés de petits fours, patisseries et d’un demi kilo de spaghettis. Malgré la question qui fait hésité « vous allez roulés avec ce brouillard ? On n’y voit rien, vous pouvez rester si vous voulez. »

Puffy nous rappelle que si on a des lampes, c’est bien pour s’en servir !

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Cinq heures dans le brouillard plus tard, il disparait quand on découvre la mer. Heureux de la retrouver, avec les champs d’oliviers et le sable de la plage. On ne quittera plus le long de la côte jusqu’à Istanbul, qui n’est plus très loin maintenant.

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La Grèce nous change définitivement des Balkans, l’agriculture y est très présente et bien mécanisée. Après avoir aperçu les sécateurs à air comprimé dans les champs d’arbres fruitiers, on passe à l’enfumage dans les oliviers. Mais sur le bord des routes grecs, tu peux tout aussi bien tomber sur d’énormes vestiges du passé. 

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À Kavala nous attend Luke, contacté par warmshower. On parle de voyages, on joue avec ses chiens, on fait du shopping. Quelques jours fort agréables en sa compagnie.

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Merci !!!

Le Père Noël est d’accord avec nous, c’était un super cadeau !!

Ca m’a fait bien plaisir, je pense aussi fort à vous tous.

Des grosses bises de Grèce !

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Flash spécial évènement !

Interruption momentanée
pour diffusion d’un flash spécial
le 4 décembre 2015…

Le thermomètre préfère la Grèce

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C’en est fini de la pluie et on continue notre route très vite en direction de la chaleureuse Grèce. C’est pas souvent qu’on lave le linge. Encore moins qu’on prend un chemin boueux. Mais il a fallu que ce dernier soit le lendemain de la lessive. Il n’y a pas de justice. Toujours se méfier des raccourcis en Albanie.

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Première et dernière nuit sous la tente dans ce pays, dimanche dernier, à 950m d’altitude. Soupe soluble pour réchauffer le thermomètre qui descend un peu dans les négatifs. On s’habitue trop vite au confort.

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Le passage d’une frontière est toujours un moment excitant. On bouge, on avance, c’est nouveau ! Les douaniers, plutôt que nous fouiller, nous demandent s’ils peuvent essayer notre klaxon. Qui ne fonctionne d’ailleurs plus. Paix ait son âme. Un panneau « Welcome to our country » aux côtés d’une route fraiche en construction nous souhaite la bienvenue. On file sur le goudron jusqu’à Kastoria en prévision d’une pause pic-nic. Le hasard en décide autrement quand un homme en voiture nous interpelle: -« Logan ? ».  « Merde, on vient à peine d’arriver et on nous connais déjà ? » Et voici Harrys avec qui nous avions discuté sur warmshower, mais ce n’était pas possible de se rencontrer, mauvaises dates. Finalement si, avec un joli concours de circonstances ! On passe un bel aprem en sa compagnie, à visiter la ville réputée pour ses fourrures. Partout des publicités de femmes en manteau carressent la douceur de leur épaisse capuche. D’après notre hôte, c’est surtout les russes les premiers clients. Les gens d’ici n’en ont pas besoin, il fait pas assez froid ! M’enfin ça contraste sacrément avec le précédent pays.

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Le lendemain, on s’attaque à notre dernier col avant la redescente jusqu’à la mer. En haut, on savoure cette instant. De 1200m, on sait que c’est le niveau zéro qui nous attend. Des bergers et leurs troupeaux qui cabriolent dans les rochers, on passe à la plaine et à ses champs d’arbres fruitiers. Des champs immenses, l’agriculture moderne ! Le décalage est saisissant. Les paysans sur leurs tracteurs traitent dans un nuage de fumée leurs terres avant l’hiver. Nuit sous tente au bord d’un lac, pas de doute, la côte n’est plus très loin.

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On s’arrête dans le village de Trifilli le lendemain à la recherche d’un jardin, espérant nous faire comprendre en anglais. On demande à une maison, à grand renfort de gestes. « Yes, no problem. Coffee ? » La porte s’ouvre immédiatement en grand et Vergos, qui vient de se servir un frappé, file nous en préparer un. Après la sauce tzatziki et les pitas, on découvre cette boisson rafraichissante. Un frappé, c’est un café bien secoué, avec des glaçons. La température a définitivement changé..

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Vergos est très bavard, on rigole beaucoup mais on comprend peu ! Le grec, c’est pas encore ça. Les dessins et les gestes aident. Giorgos (prononcé Yiorgos, enfin Georges quoi), son ami, nous accompagne pour une chouette soirée. On apprend le mot « malaka », surement le plus utilisé en Grèce. C’est pour insulter le camion qui double trop près, accueillir un copain, ou bien pour parler des politiques. On trinque à la France ami, mais pas à l’Allemagne. Merkel n’est pas la grande pote des grecs. On découvre de superbes chansons. Et il y a un iguane dans la maison !

http://m.youtube.com/watch?v=iOFt8kgpuHg

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Épisode 6 : Euro 2016

Pour la première fois, l’Albanie s’est qualifié pour la coupe d’europe de foot. Les albanais nous rappellent avec insistance que la France s’est inclinée 1 à 0 en Albanie en match amical le 13 juin dernier. Puffy se sent particulièrement concerné. Il s’entraine avec assiduité, et pense bientôt envoyer son CV à Didier Deschamps pour remonter le niveau de l’équipe. Il promet de ne pas laisser trainer ses vidéos compromettantes.

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« Po po, yo yo »

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Après Shkoder, la ville albanaise réputée pour ses vélos, nous sommes partis dimanche dernier en direction d’Elbasan. Temps maussade mais c’est tout plat, on avance bien… Jusqu’à l’autoroute. À l’entrée, un panneau tout neuf, version européenne, interdit aux tracteurs, mobylettes et vélos de continuer sur cette route. Sauf qu’il n’y a pas d’autre route, celle-ci se transforme simplement en autoroute. On hésite. Quelques mètres avant, la police est là. De bonne foi, on va alors les interroger. On explique qu’on veut aller à Tirana. « C’est tout droit. » qu’on nous répond. À vrai dire on connait le chemin. On tente de faire comprendre notre problème mais ils persistent, ni à gauche, ni à droite, c’est bien tout droit. Avec la bénédiction des forces de l’ordre, on s’engage !

L’Albanie et la sécurité routière, une belle histoire. Les conducteurs et conductrices  mesurant moins d’1m50 et plus d’1m90 sont exemptés par la loi de mettre la ceinture de sécurité ! Nous avions rencontré Armir notre hôte à Shkoder alors qu’il achetait un casque de moto. Il avait rangé le casque dans sa moto et avait démarré. Suite à notre étonnement il nous avait répondu « ah ah, le casque ? C’est pour la pluie. » 

Nous étonnant d’une enseigne Dominos Pizzas à Shkoder, Armir nous dit en riant: « ah non non, c’est pas la chaine en France, c’est un copain qui a vu ça sur internet et ça lui a plu ». On verra également une boulangerie « mc donald » 🙂

En parlant de pluie, on a été sacrément chanceux d’avoir plus de deux mois de soleil pendant le voyage, en oubliant la Slovénie. Hé hé, il fallait bien qu’à un moment donné, ça change ! Les chaussettes qui barbotent dans les chaussures humides pendant la journée font preuve de beaucoup d’agressivité le soir.

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En sortant de l’autoroute, on cherche un coin tranquille pour planter la tente, on se trouve dans une sorte de banlieue résidentielle. On questionne une mère et sa fille qui parlent anglais. On peut s’installer dans la maison en chantier juste derrière, le propriétaire étant de la famille. Après avoir nettoyé une partie du sol pour s’installer, la mère et la fille, ainsi que le père, reviennent et nous propose de dormir dans leur ancien appartement, dessus le restaurant de leur station essence, à deux pas de là. Les stations essences sont une autre curiosité en Albanie. Il y en a de partout, de toutes les formes, de toutes les couleurs, et elles ne portent pas les enseignes des grandes compagnies pétrolières comme dans les autres pays, BP, Total, etc… Elles portent le nom choisi par leur propriétaire. Puffy prend des notes pour la rédaction de son « Petit traité sur l’immensité de la diversité des stations essences albanaises » – On s’émerveille des activités passionnantes auxquelles se livre notre cher compagnon – On se  retrouve finalement à dormir dans la station essence familiale Bakalli Oil. 

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Le lendemain, deux choix s’offrent à nous pour arriver à Elbasan le soir même, pour aller chez un couchsurfer. Une route 40km plus longue mais absolument plate longeant un moment la mer, et une autre passant par la capitale Tirana, et grimpant ensuite sur une crête montagneuse à 800m d’altitude. Puffy nous invective violemment: – « hé ho, les fiottes, ne me dites pas que c’te petite montée vous fait faire dans votre froc ? » Puffy devient de plus en plus grossier. Nous voilà partis pour Tirana…

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L’anecdote : après une pause repas dans la capitale, on repart. Bien sûr, la montée est déjà là. Trois kms plus loin, Logan panique, STOOP ! Le précieux smartphone n’est plus à sa place, dans la sacoche guidon de Logan. Il fouille ses poches, c’est lui qui l’a rangé après manger. Non, la boulette ! Il l’aurait oublié sur la table ?! Il redescend comme une flèche au fast-food. Au même moment, j’ouvre ma sacoche guidon. Seconde de flottement quand je vois le précieux objet posé à l’intérieur. Consternée, je rejoins Logan, vois son vélo devant le resto et l’attends. Logan est à l’intérieur en train de regarder la vidéo des caméras de surveillance avec le gérant. Inquiet, après plusieurs visionnages à se regarder faire des aller-retours entre la table et le vélo, sans discerner grand chose de cette vidéo floue, il me rejoint « Tu te rappelles vraiment pas où tu l’aurais rangé ? » Puffy se moque un peu dans son coin. Tout est bien qui finit bien.

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Tirana héberge 1 million d’habitants, soit 1/3 de la population albanaise. Impressionnante. On se presse dans la montée pour arriver à Elbasan avant la nuit. On a eu des cols, mais pas encore de crête. Le panorama est bien chouette.

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Ilir nous accueille chez ses parents avec un plat traditionnel, yaourt beurre et viande le tout cuit au four. Superbe. On découvre pendant deux jours la ville. 

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De grosses peluches sont suspendues sur certains bâtiments en construction. Il s’agit d’une vieille habitude pour éloigner le mauvais œil. Puffy en a froid dans le dos.

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Malgré la pluie nous repartons en direction de la Grèce. Quelques centaines de kms encore en montagne, puis ce sera la côte méditerranéenne jusqu’à Istanbul. Les stations essences sont toujours aussi nombreuses, et c’est autant de wc pour les cyclo-voyageurs hé hé. 

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Nous dormons en tente chez une famille, de manière générale les enfants parlent plutôt bien anglais. Le lendemain c’est l’oncle d’un ami à Ilir qui nous met une maison à disposition, dans un petit village. Le maïs est entreposé dans les différentes pièces. Il faut demander à Léa pourquoi nous avons dormi dans une tente dans une maison…

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Les albanais que nous rencontrons sont particulièrement accueillants, nous offrant café, lait encore chaud, fromage et pain. Sur les chaines d’information, on entend parler en boucle des évènements à Paris. Toute l’Albanie est au courant. Le radicalisme est apparemment une menace potentiellement dangereuse dans ce pays. Certains font remarquer avec cynisme qu’un évènement similaire ici n’aurait suscité que peu de solidarité internationale. Et c’est probablement vrai. Les inégalités à l’intérieur du pays semblent pour des observateurs comme nous assez importantes. Les voitures sont pour la plupart de grosses Mercedes, des 4×4 etc… toujours propres, avec la multitude de lavages auto le long des routes. La corruption est particulièrement importante, et ce n’est pas extraordinaire qu’un professeur demande quelques billets pour valider l’année universitaire. Les emplois sont très peu nombreux, la majorité des jeunes passent leurs journées dans des cafés, contractant parfois des dettes pour avoir un smartphone, et ceux qui veulent travailler sont très peu payés. Pour être enseignant titulaire, il faut travailler au préalable un an gratuitement -pour l’expérience leur dit-on. Clément travaille dans une station essence pour un patron pour 140€ par mois. Il travaille 24h, puis revient chez lui 24h, puis retravaille 24h, sans jours fériés ni congés. Il doit payer les études de son fils à la capitale. S’il refuse ce travail, un autre l’acceptera. Les habitants sont admirablement hospitaliers, mais ils sont également résignés, n’attendant pas de changements de la part du gouvernement, encourageant leurs enfants à aller en Allemagne, en France ou aux USA. Le communisme avait empêché tout rassemblement et soulèvement populaire, et encore aujourd’hui les contestations se font très peu entendre. La garde nationale avait tiré sur des manifestants pacifiques en 2011 à Tirane,  3 morts. De nombreux hôtes déplorent les clichés que subissent les albanais à l’étranger, et bien sur les trafics sont une partie de la réalité du pays, mais ils ne concernent qu’une fraction très réduite de la population. L’immense majorité des habitants reste en dehors de ce business et vit de peu. L’Albanie ne nous laisse pas indifférents.

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On a appris 2 mots en albanais. Po: oui & Jo (prononcé yo): non. On a bien essayé d’en apprendre plus mais rien que merci, c’est « falaminderit ». On s’en tient à « po po, yo yo ».

Comme le rappel google aujourd’hui, c’est la fête nationale albanaise, jour de l’indépendance du pays. On vous salue de Pogradec !

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Curieuse Albanie

Arrivés à Berane, nous retrouvons des connaissances de Léa. Admir nous propose de l’accompagner chez ses grands parents qui vivent dans une petite ferme, perdue dans les montagnes. Nous apprenons à faire les bureks, plat typique des balkans. Une pâte à pain étalée ultra finement qu’on enroule autour d’une garniture, beaucoup d’huile et de beurre parce que ça n’a jamais fait de mal à personne, et au four jusqu’à ce que ce soit parfaitement doré. On adore les balkans.

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On rend visite au Klub Ami oú les nouveaux volontaires français et Dušica donnent des cours de français et des ateliers culturels pour les enfants de Berane. Ca faisait quelque temps qu’on avait pas parlé autre chose que l’anglais, c’est pas désagréable.

Mercredi, nous partons en direction de l’Albanie. On avait le choix entre plusieurs itinéraires. La route par Podgorica, splendide, elle passe par le canyon de la Moraca. On est tenté, mais on la sait très étroite et assez fréquentée, avec moult tunnels. Vaccinés par la Bosnie comme vous l’avez compris, on choisit l’itinéraire bis, en remontant la vallée du Lim jusqu’à la frontière albanaise. Cette route bis nous attire d’autant plus quand on nous apprend que c’est une piste ! Peu empruntée, avec 2 jolis cols à 1350 et 700m d’altitude. On entre dans les alpes albanaises. Les gardes frontière nous regardent amusés. 

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L’asphalte disparaît, et les bunkers apparaissent. Le pays a été pendant plusieurs décennies l’un des plus fermé au monde, et il faudra attendre 1991 pour que les frontières soient ouvertes de nouveau, avec la chute du régime communiste. 

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Le premier soir, après avoir planté la tente au bord de la piste vers 1250m d’altitude, épuisés, un enfant vient nous chercher, baraguinant un peu d’anglais. « Not possible to sleep here. Wolf. Guns to shoot cats. Dangerous. Come with me. Camping, hotel. » On ne comprend pas grand chose, mais on décide de le suivre, un peu méfiants. Le père sort le rakija, seul mot que nous arrivons à comprendre en albanais. Ce mot est international. La langue du pays n’a pas de racines communes avec les langues latines, germanophones et slaves, la communication est sacrément ardue. La maison est très modeste, il faut 1h au fils pour aller à l’école, la jeune fille de 18 ans est déja mariée. La famille semble vivre en quasi autarcie. Nous mangeons, et dormons au chaud à l’intérieur avec un bon quintal de couvertures. Le lendemain matin : « it is fifteen euros per person ». Après une demie heure d’argumentations et de protestations, on se résigne finalement à payer et partons avec un goût amer dans la bouche.

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Jeudi soir, une femme à qui nous demandons de l’eau nous propose de dormir chez elle et son mari. Le langage des mains et les dessins sont les seuls moyens pour se comprendre. Ils appellent leur fils qui étudie en ville et qui parle anglais, pour quelques traductions. Face à l’expérience de la nuit précédente, nous lui demandons si ses parents attendent quelque chose en retour. Il nous dit alors qu’ils hébergent souvent des touristes, qu’ils aiment rencontrer, et qu’il n’est pas question de ça. On reste un peu perplexes, presque dépassés par ces évènements.

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D’autant plus que la route n’a pas manqué de nous surprendre non plus. Entre ces deux villages, ces deux maisons, la piste est remplacée à Tamarë au fond d’une profonde vallée par une magnifique route goudronnée. Ce goudron a été comme un retour à notre époque. Après 20 kms de cailloux éprouvant en descente, on passe à la montée en lacets asphaltée, psychologiquement aggressive. Morale : que tu descendes une piste ou que tu grimpes un col, ton vélo ira aussi vite.

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Vendredi, à Shkoder, on achète de nouveaux patins de freins. Il était temps, les vélos les attendaient depuis la Croatie, et le dénivelé des derniers jours ne les a pas aidés ! Un client dans le magasin nous entendant parler français, engage la conversation. Armir à 33 ans et a longtemps vécu à Genève. Nous parlant de la pluie prévue pour les jours suivants, il nous propose de dormir dans un de ses appartements, qu’il n’utilise pas. « Vous savez, les français m’ont tellement aidé. Les albanais font toujours l’objet de préjugés. C’est la première fois que je propose ça. Suivez moi. » On se retrouve avec les clefs d’un appartement en plein centre ville, un peu interloqués. Curieuse Albanie.

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On cherche à comprendre un peu mieux les lieux, en fouillant dans l’histoire de ce pays qu’on connait très peu. Le pays a connu 5 siècles de domination ottomane jusqu’au début du 20ème siècle. Toute la régions plonge ensuite dans les guerres balkaniques, juste avant la première guerre mondial. L’Albanie est aujourd’hui considéré comme un pays en développement, l’isolement des quarante années de communisme après la seconde guerre mondiale n’y étant pas pour rien. Près de la moitié de la population vit de l’agriculture, qui est, dans la majorité des cas, vivrière. L’arrivée du tourisme depuis quelques années est un changement radical. 

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De surprenant, il y a encore les bunkers. Les bunkers sont partout. Entre les années 50 et 80, 700 000 ont été construits ! (Le pays dépasse aujourd’hui légèrement les 3 millions d’habitants, ça fait un bunker pour 4 personnes). On en trouve dans les champs. On en croise même un transformé en salon de tatouages.

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Et l’arrivée dans Shkoder est encore une surprise supplémentaire. Une fascinante anarchie règne dans la ville. Les vélos sont partout. On vend chaussures, choux, poules et montres dans les rues, et poussettes, bicyclettes, tricycles, solex, motos, camions, charettes tirés par chevaux et voitures se disputent la route. La ville a des airs d’Inde. Pas un seul feu rouge pour une ville de plusieurs centaines de milliers d’habitants. Un gars se promène avec un ours en laisse ! Curieuse Albanie.

Épisode 5 : Puffy murmure à l’oreille des moutons.

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Montenegro : Berane, nous revoilà !

On profite de plusieurs jours à Sarajevo pour remettre nos jambes d’aplomb. L’accueil que nous recevons de la part de Dado et d’Eldar est formidable. Nous resterons 5 nuits finalement ; nous nous baladons, bouquinons, cuisinons, lavons notre linge (enfin!), buvons des cafés, mangeons, nous nous re-baladons, et re-buvons des cafés. Avant de reprendre un autre bouquin. Nos hôtes nous amènent lundi soir dans un vieux cinéma réaménagé. Quand d’habitude l’enthousiasme est à sa pointe le week-end, c’est lundi la nuit des folies à Sarajevo. On se laisse charmer par cette ville, toujours plongée dans une petite brume. Une chouette dimension orientale se dégage du vieux quartier ottoman, avec les bars à Narguile et les petites échoppes aux airs de bazar. En s’éloignant un petit peu du centre vers les collines, Sarajevo à des airs de grand village. Les petites maisons individuelles s’agencent chaotiquement les unes sur les autres, et quelques chèvres se promènent sur des petits coins de verdure. Et les grenades que nous trouvons du sud du pays jusqu’à la capitales sont délicieuses.

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Cette pause nous a fait du bien, et nous revoilà de nouveau sur nos selles, tout frais, pour en découdre avec les montagnes. Et nous qui pensions en avoir fini avec les tunnels, nous voilà servis. Et particulièrement bien. Stambolčić est notre plus gros bébé, avec 954m, dont 200 au milieu qu’ils ont oublié d’éclairer..

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Nous choisissons une plus petite route pour nous faire gagner une quinzaine de kilomètres, et nous arrivons tout étonnés sur une piste de 20km. Nous nous rejouissions des panneaux : limitation de vitesse à 30 km/h, et interdiction aux poids lourds : -« C’était donc pour ça ! ». Et pas n’importe quelle piste, une jolie piste dans une étroite gorge, et avec 6 ou 7 km de tunnels en cumulé ! (sans exagération). Nous faisons l’élection de mister tunnel. Bien sur, aucun d’eux ne sont éclairés. Dans la catégorie poids lourds, les tunnels ont des feux tricolores à l’entrée (ce qui, vous l’avez compris, est mauvaise signe pour la longueur). Débranchés évidemment. Nous nous émerveillons de ce tronçon qui a dû demander tant d’énergie pour être construit. Amis cyclotouristes, n’oubliez pas vos frontales en Bosnie !

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Des cheveux blancs ont poussés sur la tête de Puffy.

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Nous n’aurons croisé qu’une voiture et des ouvriers forestiers, franchement amusés de nous voir passer.

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Le pays est absolument magnifique, le plus beau que nous ayons visité pour l’instant. Les montagnes sont partout, et les villages que nous croisons nous semblent incroyablement isolés. Un vieux fermier un soir nous apporte du café chaud, et une petite bouteille de rakjia. Contre le froid. Le soleil est passé d’un 35 heures par semaine à un petit mi-temps. Ce n’est en effet que vers 12h que le brouillard matinal se dissipe enfin.

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Un soir, après un dernier tunnel dans une montée, nous arrivons dans un minuscule hameau. Nous demandons l’autorisation de planter la tente, et après avoir essuyés deux échecs, un couple de retraités nous désigne du doigt la mosquée. Nous ne comprenons pas tout de suite. Ils nous accompagnent alors pour nous ouvrir la porte du lieu religieux, flambant neuf, en répétant face à nos visages intrigués « nema problema ». C’est donc dans une mosquée que nous avons dormis cette nuit-là. Et très bien dormis d’ailleurs.

Chose très curieuse, le smartphone indiquait 39% de batterie le soir même. Le lendemain, en le rallumant, il indiquait 97%, alors que nous ne l’avions pas rechargé… Puffy crie au miracle. Le mystère reste entier. P1100177

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Les déchets jonchent bien souvent le sol, et nous croisons plusieurs décharges à ciel ouvert. Nous remontons la rivière Lim de la Bosnie jusqu’à Berane au Montenegro, ville dans laquelle Léa a vécu l’année dernière, dans le cadre d’un service volontaire européen. Les paysages s’enchainent, magnifiques, et nous traversons tour à tour de larges vallées et d’étroites gorges.

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Et arrivant à destination, nous entendons parler aux informations serbes des attentats de Paris…

Bosnie : on ne voit pas le bout du tunnel

Arrivés à Mostar en début de semaine, on se repose quelques jours. Nos 2000 kms depuis le départ méritent bien une petite étape. Le pont et la vieille ville sont assaillis de touristes toute l’année. Red Bull a organisé cet été une grande compétition de plongeons de 27m, sur le célèbre pont datant du XVIème siècle, construit pendant la période ottomane. Enfin, reconstruction de 2004 par l’Unesco, puisqu’il a été détruit, tout comme une grande partie de la ville, pendant le conflit des années 90…

On flâne innocemment, observant les façades récemment rénovées qui côtoient les bâtiments en ruines et les murs encore marqués par les tirs de la guerre.

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Du haut d’une montagne voisine, une croix perchée nous fait de l’œil. À 400m d’altitude, nos pieds décident que c’est possible et on prend la route… Jusqu’au moment où, tout près du but, après 1h de marche, on entend une voiture. On échange un regard et on lève le pouce. Et le dernier kilomètre sera motorisé ! Le stop c’est de chouettes rencontres et après avoir profité de la vue, on va boire un verre avec notre conductrice. Institutrice à Mostar, elle nous raconte comment la ville fonctionne, notamment la rivalité entre rive Est, côté musulman et la rive Ouest, côté croate, catholique. La mairie de Mostar alterne les mandats des maires, avec un maire croate et un maire musulman. Mais ne réussissant pas à se mettre d’accord, il est déjà arrivé que la ville vive plusieurs mois sans maire…

La marque que la guerre a laissé nous rend curieux et on s’intéresse un peu plus à la Bosnie Herzégovine, à l’ex-Yougoslavie et au conflit. À l’échelle nationale, trois présidents sont à la tête du pays, un serbe, un croate et un bosniaque. Trois différentes cultures composent ce pays. Églises catholiques, églises orthodoxes et mosquées se côtoient dans la plupart des villes. Avant la première guerre mondiale, l’empire Austro-hongrois dominait la région, succédant à l’empire Ottoman. Après la seconde guerre mondiale, le régime autoritaire socialiste de la Yougoslavie sous Tito étouffait tous les mouvements nationalistes, et jusqu’à la fin des années 80 l’harmonie régnait entre les différents peuples. La mort de Tito accélère la montée du nationalisme dans les anciennes républiques de Yougoslavie que le pouvoir centralisé contenait. Cela conduit à l’éclatement de la fédération, et à une terrible guerre avec purifications ethniques. Le bilan est lourd, surtout pour la Bosnie qui rassemblait les trois religions.

De nombreuses personnes nous ont mis en garde contre certaines zones qui pourraient être encore minées. Des accidents se produisent de temps en temps. Récemment un feu de forêt près de Mostar à conduit à plusieurs explosions des.mines restantes… On va éviter de sortit des sentiers.Croix mostar

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Une fois repus de sommeil, on reprend la route en direction de Sarajevo, longeant la rivière Neretva dans un superbe canyon. À la fin de la journée, on s’accorde sur le fait que c’est la plus belle route qu’on ait pris jusqu’à maintenant. Mais aussi la moins rassurante ! La route n’avait pas vraiment de place sur le côté, elle était entourée par la montagne et la rivière. Et bien sûr, nous ne sommes pas seuls à l’emprunter. Les voitures préfèrent utiliser le klaxon aux clignotants. Les camions aussi d’ailleurs. On ne rivalise pas avec nos sonnettes. M’enfin, tant pis, c’est trop beau pour qu’on n’en profite pas. Et Puffy garde un œil dans le rétro pour nous prévenir des camions.

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Qui dit montagnes, dit tunnel ! Ô joie. Tantôt long de 800m, tantôt de 20m ; tantôt lumière il y a, tantôt elle s’éteint sur notre passage, tantôt il n’y en a pas du tout ; tantôt il y a des trottoirs, tantôt ces trottoirs ont des trous, des marches et des bouts de ferrailles qui dépassent… Tantôt ils montent, tantôt ils descendent. Tantôt humides, tantôt trempés. Tantôt il n’y a personne, tantôt c’est 4 camions qui s’engouffrent et klaxonnent. Le tunnel entier se met alors à vibrer et on vit l’apocalypse en direct.

Et tantôt Logan s’arrête en plein milieu pour prendre une photo.

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P1090794Oui oui, ce blog est fait pour rassurer nos familles. 🙂

Après cette belle journée en chemin pour la capitale, on passe la nuit dans un jardin, où le chien, terrorisé par cette intrusion, nous aboiera dessus et ce jusqu’à épuisement. Logan en a eu le hoquet… Pendant un instant, c’était un duo de « ouaf » et « hic ». Puffy a bien ri. Au matin, dès qu’on sort de la tente, le chien recommence.

Toujours des tunnels et un beau dénivelé positif nous attendent. Après une trentaine de kilomètres et avant d’attaquer la montée, on se pose pour casser la croûte. Attention, on vous promet qu’on n’invente rien, et qu’on n’a pas fait de stop. Un 4×4 s’arrête et demande « Hi. Where are you from ? » rapidement suivi de « ah mais vous êtes français ! ». Kevin va justement lui aussi à Sarajevo et connaissant la montée qui nous attend, il se propose de nous emmener. La fierté de faire toute la route à vélo ne nous a pas retenu très longtemps.

On a été efficaces. Dado, connu par warmshower, nous accueille dans la foulée dans son appartement. Il a lui-même pas mal roulé à vélo, jusqu’au Maroc ou en Ouzbékistan, on parle voyage autour de ses photos. Guide touristique, il travaille ce week-end et sera donc absent. « No problem ! », il nous laisse les clés et nous dit à dimanche soir.

Ah ! et à l’occasion des 2000 kms parcourus, on a mis à jour cette page : http://www.puffy-en-voyage.com/aspects-pratiques/le-materiel/ on vous dit tout.

La côte Adriatique n’est pas de tout repos

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Après nous être reposés une petite semaine, nous voila repartis en vélo le long du littoral pour rejoindre Mostar en Bosnie Herzégovine, notre prochaine étape, quelques centaines de kilomètres plus loin. Les fessiers s’adaptent beaucoup trop rapidement au confort de ne pas avoir à passer 5 ou 6 heures sur une selle de vélo, et les cuisses de ne pas avoir une bonne vingtaine de kilos sur les portes bagages. Nous essuyons d’importants mouvements de protestations au sein de nos organismes, de nouveau sur les routes. Nous nous rappellerons notamment de cette puissante manifestation qui nous a échouée sur une plage paradisiaque après seulement 30 kms. Une après-midi à remettre les chakras en place. Après une interminable discussion avec la délégation syndicale de nos mollets, supervisée par un observateur objectif : Puffy, nous arrivons finalement à un compromis tripartite, et pouvons reprendre nos vélos, les tensions apaisées. Dorénavant nos mollets auront leurs mots à dire sur le choix de l’itinéraire, en revanche ils ne devront pas encourager les journées oisives improvisées.

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La côte Adriatique est ensoleillée, avec de superbes montagnes et une eau turquoise transparente, mais comme le dit si bien Puffy, il y a quand même plein de « foutues montées ». Le temps est remarquablement chouette, pas trop chaud, pas trop froid, et avec une superbe lumière. Une soirée bien ventée nous laissait présager le pire pour le lendemain, et en effet, il a flotté sévère ce mercredi 28 octobre, qui restera longtemps dans nos mémoires. Mais le mauvais temps sur le littoral a la courtoisie de ne faire que passer, contrairement au mauvais temps en Slovénie qui manifestement abuse grossièrement de l’hospitalité de son hôte, en s’attardant une bonne semaine.

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Omiš, ville croate

Nous rencontrons Nina et Kristijan un peu après Split, avec leurs deux filles, qui nous invitent à passer la nuit chez eux. Super rencontre. Nous leur partageons notre regret de voir certaines parties du littoral se bétonner anarchiquement et devenir d´énorme business touristique, et de constater que les terrasses sur les contreforts rocheux de la côte, autrefois cultivées, sont bien souvent délaissées ou mal entretenues. Ils nous parlent alors de la détérioration des conditions de vie depuis les années 2000 dans ces pays. Le chômage est très élevé, l’industrie et l’agriculture s’effondrent face à la concurrence internationale. Les salaires permettent seulement de vivre pour les chanceux qui ont du travail. La vie ici est rude, mais nous sommes touchés par leur générosité et leur joie de vivre et repartons le lendemain, reconnaissant et plein d’humilité.

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Les paysages tout à coup changent, et nous nous retrouvons à remonter une large vallée en direction de la Bosnie. La route devient plate contre toute attente. Après le poste frontière, une Bosnienne (habitante de Bosnie, à ne pas confondre avec Bosniaque, qui est un groupe ethnique), insiste pour nous donner ses mandarines, qui étaient absolument formidables, légérement citronnées.

Nous retrouvons une mante religieuse dans la tente ! Ou plutôt deux en deux jours précisément. Une un soir, l’autre le matin au réveil, que préférez-vous ? Puffy a tenté de chaffouiner un petit peu, mais on l’a refroidit en lui rappelant le sort de l’amant après les relations charnelles… Puffy est à croquer.

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Nous rencontrons Milovan et sa femme un peu avant Mostar et chez qui nous dormons. Un couple de retraités qui ont fuit leur pays pendant la guerre. Ils parlent avec nostalgie de Tito et de la fraternité des différents peuples yougoslaves entre deux verres de rakija maison, gnole faite ici à partir de raisin. Le pays a été détruit pendant le conflit et tout a été à reconstruire. Leur pension de retraite est ridicule, et ils doivent se débrouiller avec leurs légumes, leurs poules, leurs deux cochons et leur vache. Ils nous accueillent le lendemain matin avec un verre de rakija et une tasse de café. Nous repartons en direction de Mostar un peu plus tard, un peu moins efficace que d’habitude…

Nous avons quitté la mer. Nous sommes encore à basse altitude mais surprise ! Nous avons eu droit au givre matinal ! Bienvenue en Bosnie au mois de novembre !

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Épisode 4 : Puffy drague

La côte Adriatique rend notre macareux tout chose. Il se met à marcher, songeur, sur la plage à chaque coucher de soleil. Il attend, semble-t-il quelque chose. Au détour d’une barque, au court d’une de ses paisibles promenades dans le sable, le regard de Puffy s’immobilisa. Leurs yeux de plastique se croisèrent et une étincelle s’échappa de cet instant. Premier coup de coeur pour notre oiseau qui s’amourache d’une fourrure rose fluo. On ravale nos commentaires railleurs et on les laisse dans leur romance…

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Vacances scolaires

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Nous faisons la rencontre d’une sympatique famille venue passer les vacances en Croatie. Que le hasard fait bien les choses, il s’agit de la famille Plévy, les deux parents, avec Lina et Maé.

Semaine tranquille, à se reposer sur la côte Adriatique, visiter les superbes îles et découvrir un peu plus le pays. Puffy a pioncé toute la semaine. La Croatie est étonnante, et nous traversons les saisons en nous enfonçant dans l’arrière pays montagneux. Nous quittons l’été sur la plage, montons en altitude avec les couleurs de l’automne pour finalement trouver l’hiver le lendemain matin à 1500m, les arbres et l’herbe gelés, bien à l’abris dans nos doudounes (dont nous sommes d’ailleurs particulièrement fiers.)

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Les îles, très minérales, nous charment, la lumières des fins de journée est superbe, et on apprend à être vigilant en allant soulager nos vessies dans la garrigue.

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