Help-us
« Le Bhramputra mail est un train souvent en retard » nous avait prévenu Bijit, chez qui nous allons faire du wwoofing. On arrive 7h plus tard que prévu, on prend le temps de regarder défiler les paysages par la vitre du train. On quitte la vallée du Gange plutôt sèche pour le nord est, région de 100 millions d’habitants coincée entre le Bangladesh, le Bouthan, la Chine et la Birmanie. Tout est vert et luxuriant. Les nombreuses rivières et plans d’eau ne sont pas asséchés. Et pour cause, Cherrapunji, pas très loin, est la ville la plus humide du monde. Il pleut 26m par an en moyenne !
bel-arbre

On arrive à Kokrajahr accueillis par Bijit, sa femme, sa belle sœur, ses deux enfants et un orage enthousiaste. On se sent tout de suite super bien avec cette famille. Elle fait partie de la communauté Bodo, une communauté tribale de 3 millions de personnes qui historiquement occupe cette région entre le Bangladesh et le Bouthan. Quelques centaines de tribus vivent dans le nord est, typés mongols et non indo-aryens ou dravidians, avec des langues et des traditions différentes. Un concentré de diversité. Une tribu plus à l’est par exemple est une société matriarcale, c’est la plus jeune des filles qui hérite dans la famille.

Nos hôtes s’occupent depuis 2007 d’une plantation de thé bio, et exportent leur petite production en commerce équitable au Canada. On découvre et on apprend plein de nouvelles choses, mais nous ne faisons clairement pas un travail de forçat. La main d’œuvre dans cette région plus qu’ailleurs ne coûte pratiquement rien. Les femmes qui ramassent deux ou trois fois par semaine le thé sont payées chacune 125 roupies par jour de travail (1€ équivaut à environ 75 roupies). Il semblerait que les terres agricoles soient concentrées aux mains de quelques propriétaires qui payent les villageois en surnombre pour travailler.

Ramassage-du-the

Un expatrié français qu’on a rencontré dans le train nous avait expliqué que l’exode rural en Inde a commencé, mais les 3/4 des habitants vivent encore à la campagne. Si sa trajectoire suit celle des autres pays développés, c’est plusieurs centaines de millions de nouvelles personnes qui vont aller s’installer dans les grandes villes d’ici quelques années. Avec tous les défis que cela va représenter. Incredible India.

La journée commence avec un petit dej’ du tonnerre. Des galettes de pain fries (au nom moins alléchant : des pouris) avec des pommes de terre, un verre de thé vert et un thé noir.

Les journées sont tranquilles. On s’occupe de superviser le ramassage des feuilles de thé ou du processus de fabrication. Le tout est ponctué de différentes visites pour dire bonjour et boire le thé avec la famille et les copains. On a le temps. Et comme on a du temps, les repas sont toujours préparés avec un soin extraordinaire. Différents currys, patates, poulets, poissons ou porc, avec du riz et une sauce aux lentilles (dhal) sont servis, sachant que l’ensemble de la liste peut faire un seul repas. Nos estomacs font, eux, un travail de forçat. Parfois un orage arrive. Et c’est la tempête pendant une petite heure.

Un matin Puffy a rencontré dans le curcumin qu’on avait trié la veille une petite chauve-souris toute mignonne. Il voulait l’adopter. Et se faire coacher pour « devenir un Batman ». C’est un garçon créatif.Batman-is-dead

On démocratise avec patriotisme la veille du départ la ratatouille et la béchamel, et on part ensuite le 1er avril dans une autre plantation bio, chez un copain de Bijit, près de la frontière Bouthanaise. Tenzing vient nous chercher à la gare dans son pick-up noir flambant neuf. Les trois heures de trajet pour rejoindre sa ferme 40 kms plus loin sont secouées par du Justin Bieber, Madonna, Britney Spear, Snoop Dog, et parfois un peu de répits avec une musique traditionnelle bodo. Les routes en Inde sont éprouvantes.

Prépa-du-repas

Il nous présente à nombre de ses amis. C’est un concours d’hospitalité, on boit le thé vert, noir, au lait, grignote les gâteaux, goûte au poisson fraichement pêché, teste la bière de riz, à n’importe quelle heure de la journée ! Ajouter les traditions de la tribu et on se retrouve avec plusieurs écharpes autour du cou. Beaucoup de foyers on leur propre métier à tisser manuel. La majorité des habitants sont enveloppés dans les tissus qu’ils fabriquent eux-mêmes. Les femmes dans de longues robes, différentes des saris. Les hommes avec un t-shirt et un tissu autour des hanches. En jupe quoi.

metier-a-tisser

Tenzing, notre hôte, nous raconte son histoire. Il est né à l’époque où les Bodos ont commencé à revendiquer leur terre et leur indépendance de la région d’Assam. Ces revendications ont été sévèrement réprimées par l’armée indienne. Après l’école, il est parti en ville, trouver du travail. Vers 10 ans. Il est revenu plus tard dans son village avec le permis et une voiture, c’était un des premiers à conduire dans son village. Il a ensuite démarré sa ferme, grâce aux terres de sa famille. Du riz, quelques légumes, du thé et des pesticides. Il s’est rendu compte que ses produits chimiques, mélangés à l’eau, tuaient les poissons de la mare proche. Aujourd’hui, il encourage les producteurs de thé, les fermiers, à passer au bio en racontant son histoire, partageant ses méthodes… C’est un personnage ambitieux, charismatique, et influent grâce à sa réussite.

Il se considère d’ailleurs tellement influent qu’on a tenté une visite au Bouthan sans visas. Échec. Tenzing commente qu’ils ont été « vachement plus compréhensifs » la dernière fois avec un américain. Les militaires, désolés, nous ont expliqués que c’était la loi.

On visite une de ses nouvelles plantations près du Bouthan. Des éléphants sauvages s’y promenaient la journée précédente. Il font de sacrés dégâts chez les agriculteurs. Sans compter les tigres et les ours. On se promène un peu dans la jungle, aux aguets. On ne rencontrera qu’une bouse de pachyderme et une chèvre solitaire qui barrissait.