Lea-Steppe-Chine

On passe deux nuits chez notre hôte couchsurfing à Xuanhua, le temps de se reposer et de nous laisser surprendre en se promenant dans cette ville. L’activité est importante le soir dans la rue principale piétonne. Des groupes tous âges confondus jouent avec un volant à se faire des passes avec le pied. Ce sport chinois se popularise un petit peu en Europe aussi, variante du badminton. En français, ce sport s’appelle Plumfoot.
Et puis entre les vendeurs de brochettes de calamars, de mouton, de porc ou de poulet, d’autres groupes dansent, chacun au son de sa musique. Les groupes de danse traditionnelle à coté des groupes d’aérobic, bougeant énergétiquement sur de la techno musclée. Le contraste est superbe. Et c’est la même activité fourmillante tous les soirs, en plein air, un festival quotidien.
L’enfant de notre hôte a 15 ans et prépare des examens. Sa mère veille particulièrement à ce que son travail soit assidu… Elle nous dit avec fierté qu’en rentrant au lycée, ses journées d’études commenceront à 6h et se termineront à 22h, avec seulement le dimanche après-midi de libre. Puis ce sera l’université. Elle espère qu’ensuite il travaillera pour le gouvernement ou pour une grande entreprise. La pression scolaire sur les enfants est vraiment importante. D’autant plus avec la politique de l’enfant unique.
Le matin on peut apercevoir des petits groupes faisant quelques exercices, ou bien pratiquant ce qui ressemble à du Qi Gong. On continue notre route jusqu’à Zhangjiakou.

Zhangjiakou-tai_chi_chuan-Chine

Dans cette grosse ville de quelques millions d’habitants, entourée de montagnes, on retrouve Yang Yijun, un warmshower qui se libère l’après-midi pour pédaler avec nous dans l’agglomération.
« – Vous avez besoin de faire réviser vos vélos ? »
« —ah, non non c’est bon, pas de problème tout va bien »
« —la marque c’est Cube ? Giant ? Hé je connais un magasin Giant. Ce sont des amis, venez. Pas d’argent, ne vous inquiétez pas. »
Sans trop comprendre ce qui nous arrive on se retrouve avec les vélos dans un atelier avec 4 employés se jetant sur nos montures.
« —excusez-moi, ce patin de frein est usé, vous me permettez de le changer ? »
« — ce câble est dans un sale état, je peux en mettre un nouveau ? ».
Les réglages sont ajustés, tout est proprement graissé. Les vélos ronronnent de plaisir.

Merci_Giant.ChineExtrêmement peu de gens peuvent parler anglais, mais à l’ère des smartphones (qu’absolument tout le monde a en Chine), les traducteurs en ligne nous sauvent. Ah la technologie !
Bien sûr, on n’utilise pas Google translate. Google est bloqué en Chine depuis un litige avec le gouvernement il y a plusieurs années. De même, Facebook et Youtube ne fonctionnent pas, ainsi que les sites over-blog, le quotidien en ligne Le Monde et de nombreuses autres pages internet. Le blog de Mélenchon, le Figaro, The Guardian et Marianne eux fonctionnent. Ainsi que notre site WordPress. Allez savoir pourquoi. Les comptes Gmail sont donc inaccessibles sans VPN, petit logiciel pirate pour contourner la censure.
L’équivalent de Google en Chine est Baidu. C’est notre nouvel ami, sans lui, notre communication se réduit à des onomatopées et à des mimes (on remarque d’ailleurs la sophistication croissante de nos mimes).
On visite la Grande Muraille de Zhangjiakou. Et oui, elle fait plusieurs milliers de kilomètres de long ! Mais cette partie est en très mauvais état, rien à voir avec le mur majestueux s’accrochant aux crêtes près de Beijing. Seule une petite portion est reconstruite, comme pour légitimer les magasins de souvenirs et le prix trop cher des bouteilles d’eau. Et Yang nous emmène dans un magasin qui vend des recharges de gaz pour notre réchaud ! Une toute petite enseigne outdoor. Héhé, fini les balbutiements avec le « réchaud » à alcool.
Deux routes sont possibles, une à l’ouest qui remonte tranquillement vers 1300m d’altitude, et une autre plus au nord qui débouche sur un plateau entre 1400m et 1500m. Direction le nord ! Vers Saihantalazhen
Ah les routes en Chine. Routes grand confort s’il vous plaît. En deux ans, le gouvernement en a fait construire plus de 300 000 kms ! Soit plus que le total des routes construites les 50 années précédentes.

Après 700m de dénivelé, rencontre avec un cyclo chinois qui va dans l’autre sens. Le tonnerre gronde, l’orage arrive. Juste le temps de se réfugier dans un restaurant le temps que ça passe. On patiente en regardant le petit journal, sans remarquer que nos voisins de table payent le repas pour nous…
Merci !? On a le vent dans le dos ! On avale les kms en fin de journée. On s’attendait à trouver de grandes prairies, mais le sud du plateau plus fertile est largement cultivé. Tout était vert à Zhangjiakou, les arbres étaient en fleurs dans la montée, mais ici les premiers bourgeons sont encore bien frileux. Même si la région est largement cultivée, il y a vraiment peu de gens qui y vivent. Il n’y a pas de fermes isolées comme dans les autres pays, ce sont des villages agricoles à moitiés désertés, séparés les uns des autres par plusieurs kms. On se trouve un petit coin de bivouac tranquille.

La prochaine ville est 70 kms plus loin, longue étape le matin sans vent avant la pause de midi. Un plaisir. On pédale avec des centaines de pies et de corbeaux qui nous encouragent. Des ombres bougent dans un pré. Ce sont des sortes de minis marmottes blanches !
Puis le ciel s’assombrit aux alentours de 11h. On sent les premières rafales. Des énormes colonnes de fumée s’élèvent. Ah ça bouge. C’est pas de la fumée, c’est du sable ! On passe un mauvais quart d’heure, puis le vent se calme et tout redevient normal.

Tout d’un coup les arbres sont en nombre beaucoup plus réduit, et les champs laissent place à de grands espaces dans lesquels se promènent des troupeaux. On quitte la province du Hebei pour entrer en Mongolie Intérieure ! Les panneaux sont maintenant à la fois en caractère chinois et en mongole. Avec l’alphabet historique de 33 lettres, mis au point au XIIIème siècle au temps de Gengis Khan. (Alors qu’en Mongolie, l’alphabet cyrillique est majoritairement utilisé. Héritage soviétique).

Mongolie_Interieur-2-Chine

Steppe-ChineUn peu éprouvés par l’épisode “grand vent” de la journée, et n’ayant pas pris de douche depuis plusieurs jours, on part à la recherche d’un hôtel. On demande conseils à des chinois que nous n’arrivons pas à comprendre. Oui, parce que on ne voit pas afficher « hôtel », tout est en caractères chinois. On nous balade à droite à gauche. On rencontre un gars qui semble prendre la situation en main. Il passe 15 coups de fil et a une sacré chouette dégaine de parrain. Sur son mini scooter électrique, on le suit se perdre dans des avenues avant de nous trouver fièrement un hôtel. Un peu cher. On accepte, mais en déchargeant nos affaires, un officier de police débarque, vociférant de partout. Seul un hôtel dans la ville est habilité à accueillir des étrangers. Notre parrain en scooter passe de nouveau 15 coups de fil, puis nous emmène dans ce fameux hôtel. Il nous fait patienter et fait venir un autre chinois qui sort d’une énorme voiture noire. Parrain on vous a dit. 🙂 Avec le copain traducteur Baidu, il nous dit d’attendre dans le hall, que tout va bien et que l’on va dormir ici cette nuit. L’hôtel a une entrée avec vitres en tourniquet. Ce qui est en général mauvais signe pour les prix. Dans le hall, d’énormes vases en porcelaine et des sculptures de dragons encadrent une statue en or imposante de Mao. Tout est luxueux. Ce qui est en général encore plus mauvais signe pour les prix. On attend donc, épuisés. Ne sachant pas qui ni quoi d’ailleurs. Puis un énième larron débarque une heure plus tard, imbibé d’alcool. C’est un officiel du gouvernement. On ne comprend pas trop mais tout s’arrange. On ne paye pas bien plus que dans une petite auberge de jeunesse. Et après 4h depuis le début de la recherche de l’hôtel, on s’écroule sur les matelas de la chambre.

Le lendemain, on essaye de redémarrer. À cause des hautes pressions de Sibérie, les vents viennent principalement du nord ouest pendant le printemps. Et notre route est exactement orienté nord ouest. Arf. On fait 5 kms et après une pointe à 8 km/h en descente, on s’effondre à l’abri dans une station essence. On rencontre Wang, une chouette femme qui accepte de maudire avec nous le vent et le printemps. Elle nous propose de dormir dans la “water house” la nuit, avec son mari, sachant qu’on ne pédalera plus aujourd’hui. “Water house” ? On imagine un château d’eau. Elle nous emmène à un puits quelques kms plus loin perdu dans la steppe.

Saihan _tal-Amis-1-Chine

Un énorme travail de reforestation est organisé par le gouvernement pour lutter contre la désertification des terres. Et pour le coup ça fait 200 kms qu’on voit le long des routes des camions transporter des petits arbres, des pelleteuses creuser des trous pour que des travailleurs en plantent plusieurs dizaines de rangées.
Dans cette ville, les arbres ont été plantés sur plusieurs hectares tout autour, mais le climat est très sec, juste au sud du désert de Gobi. Il faut donc leur apporter de la flotte ! Travail titanesque. Des dizaines de camions viennent remplir leur citerne au puits, tous les jours du lever au coucher du soleil, pour arroser cette jeune forêt artificielle !

On essaye de continuer le lendemain. Le vent est calme en début de matinée, on commence à 7h. Bonne surprise, les éoliennes ont changé d’orientation ! Orientées N-O la veille, elles sont maintenant orientées S-E. Quand le vent se lève on l’a soit dans le dos soit sur le côté ! On avale les kms avec un régal sans nom. Les paysages sont grandioses, de vastes étendues de prairies plus ou moins sèches. Premier aperçu des steppes de Mongolie. Et même perdu dans la steppe, le gouvernement chinois arrive à mettre des caméras de surveillance…

Et puis le vent change d’avis. Et nous apporte ses parfums de Sibérie. Arf. Impossible de continuer. On fait du stop. Quelques voitures s’arrêtent, mais il faut faire rentrer les vélos aussi. On arrête finalement un bus qui accepte de prendre les vélos pour rejoindre Saihan Tal, 130 km plus loin. (Tricheurs, murmure Puffy).
L’horizon se bouche, le ciel devient ocre et des bourrasques soufflent sable et poussière dans les rues de la ville. On voit difficilement à 200m. Et ça dure tout le reste de la journée. Ah, c’est donc ça une tempête de sable ! Sacrément impressionnante. Ça se produit régulièrement au printemps d’après ce que l’on apprend. Elles continuent leur déplacement au sud est, se chargeant de produits polluants dans les bassins industriels chinois et atteignant Beijing, la Corée et le Japon.

On rencontre ZhangDandan et Zhaoming, qui nous proposent de diner ensemble et de nous offrir la nuit en hôtel. « – Faut pas planter la tente avec ce temps !  » Et de même seul un hôtel est habilité à accueillir les étrangers ici. En trois jours on aura donc passé une nuit dans un hôtel confort, puis une nuit sur une palette dans une cabane près d’un puits, puis de nouveau une nuit en hôtel confort. La demi mesure ? Connait pas. La statue de Gengis Khan remplace celle de Mao dans le hall cette fois.Saihan _tal-Amis-2-Chine
On se retrouve à 18h le soir pour aller manger ensemble. Dans la voiture :
« — Vous voulez un hamburger ? »,
on se retrouve à diner dans un fast-food. Ah non, on n’avait pas compris, c’est le repas avant l’autre repas. Le ventre plein, on se déplace dans un autre restaurant, plus typique. La bouffe est géniale, des dizaines de brochettes de mouton, de bœuf et d’articulations de poulet, des champignons et autres légumes remplissent la table. Chouette soirée avec nos bienfaiteurs. Catholiques, ils nous disent que c’était le destin. Le destin est un sacré chouette gars.

Saihan tal-Chine

Le lendemain, le vent ne faiblit pas. L’horizon est toujours jaune sable, on prend un autre bus pour Erenhot, ville frontière avec la Mongolie. Plusieurs dizaines de milliers de chinois vivent ici perdus au milieu de nulle part, dans le désert de Gobi. Hiver glacial, printemps et automne avec des tempêtes de sable et été avec une chaleur écrasante. Promis, on ne se plaindra plus du climat du Pilat !