Category: Avril 2016

Tchin Chine ! 你好中国

Les vélos sont proprement emballés. Pas mal de bagages. On pèse le tout juste avant le check-in, merde, on dépasse le poids auquel on a le droit. On tasse deux trois trucs supplémentaires dans nos bagages à main. On a le droit à 30kg chacun en soute. Finalement au contrôle le tout pèse exactement 60kg. C’est un travail de précision. Lea_Et_Son_Velo-NewDelhi

Après 2 avions avec une escale à Colombo au Sri Lanka, on arrive à 23h à l’aéroport de Pékin. Visas en règle, bagages et vélos récupérés en bon état, on ré-assemble le tout. Comme en Inde, quelques curieux s’arrêtent, observent, prennent en photo… Les plus audacieux nous indiquent du doigt comment faire ! Un ou deux moins timides viennent nous parler, en chinois. Arf. Un policier s’arrête, et lui, parle anglais. Commentaire de sa part : « la Mongolie, c’est loin ». Merci m’sieur.
On sort à 2h du mat de l’aéroport et on a une bonne et une mauvaise nouvelle. Une superbe voie réservée aux cyclistes longe la route mais il pleut des cordes ! 10kms plus tard, à 3h du matin quand on arrive chez Duncan, notre hôte (bien sympathique pour nous accueillir à cette heure-ci !) nous rassure vite : c’est assez exceptionnel, il n’avait pas plu depuis octobre dernier. Bon ça va, c’était notre averse de bienvenue.

Duncan-logan-PekinOn passe quelques jours à Pékin. Du repos et quelques courses avant de prendre la route. On pourrait rester des heures dans les supermarchés chinois. Petite musique classique, ambiance détente, sereine. Dans une partie les fruits et légumes secs, avec aussi les fleurs séchées, les champignons, les racines… À la poissonnerie, on se croit plutôt à l’animalerie, hormis les produits surgelés, tout est frais, frétillant dans son bocal. Des poissons, calamars, crustacés et gros crapauds. Ah et bien sûr, tous les emballages sont en chinois, c’est un peu la surprise quand on ouvre ce qu’on achète.

On n’avait pas encore été trop confronté à la barrière de la langue, on se débrouillait avec l’anglais jusqu’à présent. Quand on a voulu prendre un ticket de métro et qu’il a fallu dire cet arrêt au guichet, on a pressenti de potentielles complications futures pour la communication en Chine…

Logan-Copain-PekinOn profite des quelques jours à la capitale pour voir Ronan, un copain de Nancy qui étudie ici en master. L’occasion de bien discuter et de manger une brochette de cafards frits. Héhé. On trouve dans la rue plein de petits grills qui font des brochettes. Des brochettes d’insectes (cafards, sauterelles, scorpions…), des brochettes de la mer (pieuvres, poissons…), des brochettes de viandes (ce bœuf qui nous avait manqué en Inde, du mouton, poulet, porc, serpent…), et des brochettes d’intérieur d’animal (cœur, foie…). Miam ?

On nous avait mis en garde contre l’extrême pollution de la capitale, mais finalement on se retrouve certes dans une mégalopole immense, mais bien aérée avec de la verdure un peu de partout, sans déchets, avec un trafic raisonnable et un ciel bleu superbe. Bon il parait qu’on a de la chance. Après l’Inde on a vraiment l’impression d’avoir retrouvé l’Europe.

Pour limiter le nombre de voitures dans l’agglomération, le gouvernement a mis en place une loterie pour les propriétaires des voitures, les gagnants reçoivent une plaque d’immatriculation et ont le droit de conduire leur véhicule. Les autres prennent le métro ou le taxi en attendant leur tour.
Il nous manquait les recharges de gaz du réchaud pour pouvoir nous remettre en selle. Pour la popote du soir. Direction le Décathlon le plus proche. Une heure de métro, 1h à pied pour finalement découvrir que « le magasin n’est pas habilité à vendre des cartouches de gaz pour des raisons de sécurité »,  alors qu’ils vendent les réchauds !

Rien n’est simple en Chine.
没有什么是中国简单。

Et c’est parti, on se remet à pédaler ! La capitale est démesurément grande, mais on en sort facilement, c’est royal pour les cyclistes. Les voies qui nous sont réservées sont parfois presque aussi larges que les routes principales du Rajasthan en Inde. Bon, c’est pas très difficile non plus. 🙂 On s’attendait à voir beaucoup de vélos vu la largeur de la voie, mais ce sont surtout des petits scooters, mobylettes, rickshaw, tous électriques qui zigzaguent avec nous. Les montagnes sont toutes proches, et rapidement on sort de la grande plaine de Chine pour s’engouffrer dans une vallée. Des cohortes de bus emmènent les touristes sur les différentes sections aménagées de la grande muraille de Chine. Un virage et ça y est, on aperçoit un premier pan de mur qui glisse d’une crête jusqu’au fond de la vallée. Visions surréalistes de ces constructions titanesques.

On sort du massif montagneux pour arriver sur un premier plateau à 500m d’altitude. On aperçoit au nord les montagnes atteignant les 2000m. Derrière, c’est l’immense plateau de Mongolie intérieure.

On a bricolé un petit réchaud à alcool pour le café du matin. Un grand succès. On arrive presque à faire tiédir de l’eau.Nouveau-Rechaud-chine

Partout le gouvernement fait la promotion des jeux olympiques d’hiver qui se passeront en 2022 ici ! Les infrastructures se développent. Un énorme projet prévu pour aboutir en 2020 permettra de rallier Beijing à Zhangjiakou avec un train souterrain ! Plus de 250kms sous les montagnes qui seront traversées en une quarantaine de minutes…

La végétation petit à petit disparait, les montagnes se rapprochent, des éoliennes fleurissent de partout et le vent se lève. Le vent de face. Les coups de pédales deviennent fastidieux, les yeux sont aveuglés par le sable et la poussière. Et damned, on a quand même super mal aux fesses. Ah la reprise.

La nourriture ne coûte pas très cher, et on s’arrête dans des restaurants à midi. Le premier repas, on regarde la carte, et on se fie aux images.

MiamMiam-Chine

On sait pas ce que c’est mais c’est bon !

Et oui, c’est pas facile les caractères chinois. On pense commander un bon plat de nouilles avec un plat de poulet. On se retrouve avec une assiette de pomme de terre râpées quasi crues minée de petit piments rouges particulièrement fourbes, et avec une assiette de poulet dans une marinade froide au vinaigre. On termine le repas en mangeant le pain qu’on a acheté en grande surface, qui se révèle être une brioche fourrée au chocolat. C’est pas facile la Chine.
Non mais il y a quand même des supers plats ! On s’est régalé avec des bols de nouilles géants, qu’on mange en un temps record avec les baguettes. On rigole bien et à chaque resto, les serveurs nous prennent en photos, ça donne quelque chose comme ça.

Le second soir on sort de l’axe principal pour trouver un endroit pour bivouaquer. On tombe sur un village. Les villages sont des sortes de gros baraquements avec des maisons identiques de partout. Ça transpire le communisme. On rencontre un sympathique villageois qui nous indique un endroit tranquille. On essaye de communiquer pendant un sacré moment, on rit plus que l’on se comprend. Il feuillette notre petit guide de conversation avec des phrases toutes faites, du type
« le vin n’est pas assez frais »,   酒是不是够酷
« où se trouve le compteur électrique »   电表在哪里
« cette chaise est-elle libre ? »   这个座位是免费的吗
« doit-on verser des arrhes ? »   我们应该交纳押金
Finalement il tombe sur LA question qu’il cherchait :
« que puis-je faire pour vous aider ? »   我能做些什么来帮助你
charmant personnage, on se promet d’apprendre le mandarin la prochaine fois qu’on voyage en Chine.

On doit rejoindre le soir du troisième jour une hôte couchsurfeuse à Xuanhua. Le vent ne faiblit pas. Les paysages très minéraux sont magnifiques. On rencontre lorsqu’on s’arrête pour manger à midi Yuan Mia, le propriétaire d’un magasin d’alcool. Parlant quelques mots d’anglais, on arrive à échanger, et très vite on se retrouve avec des sucreries, des bouteilles d’eau, des saucisses à hot-dog et des verres d’alcool fort devant nous. « I love liquors, that is why I open this shop ». Il nous reste encore pas mal de bornes avec le vent, on flaire un piège délicieux. « You can sleep here, no problem ! « . On résiste et on refuse de nouveaux verres. Il faut continuer. Notre nouvel ami a le temps de se vider au moins 5 nouveaux shots, et nous dit au revoir chaleureusement en glissant une bouteille de liqueur dans une sacoche de vélo. Chouette rencontre éphémère. La magie imprévisible du voyage.

On parcourt les derniers kilomètres, rotant avec régularité les verres de gnôle. On passe à côté d’une mine de charbon sur quasiment 10 kms. Nos visages deviennent rouges et noirs, de soleil et de charbon.

Xuanhua-Chine

Xuanhua-Chine

On est accueillis à Xuanhua par une grande zone industrielle. On retrouve Yafu notre hôte pour un peu de repos. On lui demande :
« ça dure longtemps en général les épisodes venteux ? « 
— « hum, ça devrait aller mieux en juin ».

C’est pas facile la Chine. Mais on aime bien. 
這是不容易中國。但是,我們喜歡。

Et après cette semaine en Chine, on réalise que les chinois sont plutôt du genre bruyant. Ils font exploser des feux d’artifice à n’importe quelle heure de la journée, pour célébrer un mariage ou tout ce qui mérite un gros boucan. Ils mangent avec des baguettes. Oubliez toutes nos règles de bienséances françaises, mettez les coudes sur la table, le menton dans le bol et aspirez bruyamment 🙂 . Ils se raclent la gorge avec force et entrain. Et ils le savent qu’ils font du bruit : dans les escaliers des immeubles, la lumière ne s’allume pas grâce à un détecteur de mouvements, mais grâce au bruit ! Si tu veux voir où tu mets le pieds, pousses un cri strident.

Spécial mille mercis à Céline Déal, ton guide nous sauve la vie !

L'ami qui trouve la bonne phrase dans le guide…

L’ami qui trouve la bonne phrase dans le guide…

De la Roupie de sansonnet…

Que peut-on acheter avec 150 roupies en Inde ? Soit environ 2 €

à choisir :
– 7,5 brosses à dents
– 2 thalis végétariens
– 600g de poulet
– 5kg de gingembre
– 150 km en bus
– 300 km en train
– 15 thés épicés dans la rue
– 1 tee shirt
– 1500 gélules de 500 mg de paracétamol
– 3 rouleaux de PQ
– 1 bouteille de bière de 750 ml
– 1 place de cinéma
– 1l de mauvais whisky
– 10 km avec un rickshaw honnête
– Entre 1 et 3 km avec un rickshaw malhonnête
– 1 nuit pour une personne en guest house (quasi exclusivement des chambres doubles, autour de 300 roupies)
– 30 photos d’identité pour le passeport
– 150 boites d’allumettes
– 2l d’essence
– Quasi 4 superbes chicken burgers à green chick shop
– 2 expressos
– 10 timbres pour la France

Village-Inde

On a Delhi pour des lits !

Nous quittons les plaines du nord-est de l’Inde pour rejoindre Darjeeling, célèbre pour sa situation géographique à l’entrée du Sikkim, mais aussi pour son thé ! C’est la montagne, les plantations s’accrochent au rude relief entre 1000 et 2000 mètres d’altitude. Les plants ne sont pas les mêmes que ceux endémiques de la région d’Assam. Les britanniques ont fait venir ceux là de Chine, s’adaptant bien mieux à cet environnement.

On quitte la gare ferroviaire pour prendre une jeep, seul moyen de transport pour rejoindre la ville 90 km plus loin, perchée entre 2100 et 2300 mètres d’altitude. On nous dit qu’il fait très froid en hiver. Et que le thermomètre descend parfois même jusqu’à 1 ou 2 degrés !… À 2300m d’altitude. Ça nous fait un peu sourire.
La chaleur étouffante laisse place à un vent frais, puis à un brouillard humide qui nous permet tout juste de voir 5m devant le véhicule. Les virages n’en finissent pas, les pentes oscillent entre 15 et 20 %, les routes sont étroites, et on fait notre possible pour ne pas regarder par la fenêtre du côté du vide. L’imagination s’emballe vite, et notre cœur passe régulièrement à 200 bpm. C’est sportif.
Et puis curieusement, on passe un col, on continue sur une crête, et on aperçoit Darjeeling, immense.  Plus de 100 000 habitants perchés sur les flancs de la montagne, qui s’activent dans la soirée brumeuse.

Proteger-par-les-dieux-de-la-route

Plusieurs grandes marques de thé s’approvisionnent ici. Et les prix s’amusent parfois à s’envoler grossièrement. À trop laisser infuser ses roupies, on peut garder un goût amer dans la bouche.
On a passé deux semaines à boire du thé, et la première échoppe propose du café pas cher fait à la cafetière italienne ! Notre fidélité et notre régularité ne se gagnent pas trop difficilement. Les journées sont sur-caféinées mais les nuages nous laissent difficilement un petit aperçu du paysage. Arghhh.

Des jeeps partent tous les matins à 4h30 pour monter sur une colline 20 km plus loin. Tiger Hill. Pour profiter du lever du soleil. Et les matins sont souvent assez dégagés. On se lève et on saute dans une jeep, sans demander le prix. Le conducteur est pressé. Au sommet, on insiste.

-« hé, give me the price, instead of we do not go down with you. »
-« hé, I do not know. Let see later »
Classique

-« we insist. 100 roupies? »
« 1000 roupies »

Soit 10 fois le prix normal. Classique. Faut toujours se mettre d’accord sur le prix avant en Inde. On part en lui disant qu’on payera rien et qu’on se démmerdera autrement pour redescendre. Il accepte, souriant. On monte au point de vue. Une centaine d’indiens dans les starting block pour prendre la première photo du levée du soleil. Et surtout pour capturer la chaine montagneuse au loin, culminant à plus de 8000 m, déshabillée par une superbe lumière rose. On oublie vite la foule devant le panorama. Et on redescend tranquillement en stop aux premiers rayons du soleil. La poésie des p’tites arnaques indiennes.

Lever-de-soleil-a-Tiger-Hill
Dans un café on rencontre Thomas et Ula, couple francais-lituanien. Ils viennent de Chine. Attrapés par la police au Tibet sans permis. Grands bourlingueurs, ils continueront en Asie centrale après l’Inde. Leur blog avec de chouettes articles : http://www.tomulaaroundtheworld.com . Il se trouve que Logan était tombé avant de partir sur le blog du voyage de Thomas il y a 9 ans. Une année en auto-stop, dans le cadre d’une année sabbatique. Le monde est petit.

Nos-copains-a-Darjeeling
Notre séjour à Darjeeling prend fin, retour à Delhi pour prendre l’avion. On descend dans la plaine avec une jeep. 14 personnes dedans, les passagers de la banquette arrière se relayant pour vomir par la fenêtre. Pour avoir un lit dans un train en Inde il faut souvent réserver un petit mois à l’avance. C’est le cas du « Brahmaputra mail ». Et on arrive le jour même croisant les doigts pour que des places de dernières minutes se libèrent. Le trajet est de 2 nuits, c’est pas chouette d’être dans un train sans sleeper. Et finalement on nous attribuent les places 53 et 54 du wagon 9.On a delhi pour des lits !”
Le train en Inde. De 5h du matin jusqu’à tard le soir, c’est un défilé dans les wagons. Les vendeurs à la sauvette se relayent, proposant en criant concombres, thés, cafés, lassi, tabac, chaussettes, écharpes, thalis, jouets, machines à coudre manuelles, carte sd, chargeurs de téléphone, bouteilles d’eau, couvertures, batteries externes, brosses à dent, sucreries, gâteaux, éventails, tongs etc… Des enfants balayent par terre aux arrêts pour mendier un peu d’argent. Des aveugles, jeunes filles avec bébé, lépreux, veuves et estropiés demandent la charité. De charmantes jeunes femmes claquant des mains demandent 10 roupies aux passagers, ce sont des travestis qui terrorisent les plus fiers indiens en les menaçant d’un mauvais sort s’ils ne donnent rien.
On sympathise avec notre voisin de couchette, qui travaille pour le ministère de l’agriculture. Après avoir travaillé 5 ans pour Monsanto en Inde. Curieuse rencontre après deux semaines dans des fermes biologiques. La « révolution verte » en Inde dans les années 90 avec l’usage massif des pesticides et des semences à hauts rendements a été la solution choisie par le gouvernement pour nourrir le peuple indien toujours plus nombreux. Et pour le coup, elle a été remarquablement efficace. Mais elle a également ouvert des marchés extrêmement profitables pour les multi-nationales peu scrupuleuses, et a des effets aujourd’hui sacrément pervers et non maitrisés pour l’environnement et pour les petits fermiers.
On retrouve Delhi, son brouillard de pollution, ses klaxons incessants, sa chaleur suffocante, mais aussi nos copains pour profiter des derniers jours en Inde ! Parveen la copine de Pradu est en ce moment aussi à Delhi. Elle est prof de socio dans le nord-est.
Avril est la période des grandes vacances scolaires pour les indiens. On passe de l’appart de Pradu à celui de Bulbul en passant par celui de Shayma and Ashmi, jonglant entre soirées d’adieu et derniers préparatifs avant le départ.
L’Inde est épuisante, mais elle va nous manquer.

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Le mouvement “nuit debout” s’étend jusqu’à Delhi !

Initialement démarré place de la République à Paris, rien ne semble arrêter le jeune mouvement de contestation. Après les petites villes françaises, Bruxelles, c’est au tour de l’agglomération de Delhi d’avoir une occupation nocturne. 

Les manifestants étaient au nombre de 2 selon les forces de l'ordre, 3 selon les organisateurs.

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Épisode 8 : Puffy est un filou !

Puffy impliqué dans l’affaire Panama Papers !
Ce petit filou nous avait caché sa compagnie offshore…

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Thé prêt ?

Les différents thés viennent de la même plante, c’est le processus qui change. Pour le thé noir, ça s’passe comme ça :

Jour 1le-the-qui-seche-apres-le-ramassage

Ramasses les feuilles. Choisis les petites, les jeunes pousses et enlèvent les feuilles trop grosses qui dépassent, pour que toutes les arbustes aient la même hauteur. C’est plutôt agréable de ramasser le thé, pas besoin de se baisser ou de tendre les bras, tout est à la bonne taille.
Tu étales ta récolte de la journée pour la faire sécher jusqu’au lendemain.

Jour 2

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Les feuilles vont être roulées et pressées, pour casser les cellules de la feuille. Les enzymes libérées vont réagir avec l’eau et l’air, c’est l’étape d’oxydation. C’est ce qui va donner la couleur, le goût et l’odeur. Ensuite, les feuilles passent au four. C’est le séchage final, pour retirer le maximum d’humidité.
Enfin, elles sont écrasées et passées au tamis pour être plus belles dans ta tasse.
Jour 3degustation-du-thé-noir-et-vert

Tu te réveilles avec les oiseaux qui gazouillent au soleil et tu savoures ton petit thé noir. Ça va être une bonne journée hein – 🙂

Pour le thé vert, la seule différence c’est qu’après le ramassage, tu plonges les feuilles quelques secondes dans un bain de vapeur plutôt que de les faire sécher pendant une nuit. Ensuite c’est pareil, pressage et four. L’oxydation du thé n’est cette fois que partielle.
Ça n’empêche pas ce petit coquin d’avoir 22 propriétés médicinales, que du bon pour toi. Il peut baisser ton cholestérol, prévenir des caries, te détoxifier, réduire ton asthme, te donner un joli teint et même, même qu’en plus de tout ça, il pourrait battre ton cancer ! On te laisse le choix de piocher ta propriété préférée. Tu peux aussi boire du thé vert parce que c’est très bon, y’a pas de mauvaise raison –  🙂

Un arbre à thé peut vivre jusqu’à 150 ans. Un bon investissement, ça s’entretient et ça se protège. Tu peux lui préparer un composte succulent, fait d’enveloppes de riz (que toi tu manges pas) et de crottes de chèvres (que tu manges encore moins). Tu fais ton petit mélange et deux fois par an, tu le déposes aux pieds des plants. Plein de minéraux pour un plant de thé heureux. « Happy happy« .

N’oublies pas de plan-thé des arbres (genre des légumineux) au milieu de ta plantation, ils permettent de limiter l’ensoleillement direct tout en fournissant des minéraux complémentaires dans le sol. Aussi creuses des canaux autour de ta plantation, comme ça la couche d’eau sera abaissée de 50 cm, et les racines ne seront pas noyées mais pourront boire, pépère, l’eau à leur por-thé.

Si ta plante a Ébola, le sida ou la varicelle, tu peux faire tout un tas de mélanges à base d’urine de vache et de différentes feuilles pour que ton business soit florissant (ça marche moins bien chez les humains d’après ce qu’on a entendu). Le méthane mis à part, ce qui sort du derrière des vaches c’est tout bio-nus.

prepa-du-compost

Au Bodoland

Help-us
« Le Bhramputra mail est un train souvent en retard » nous avait prévenu Bijit, chez qui nous allons faire du wwoofing. On arrive 7h plus tard que prévu, on prend le temps de regarder défiler les paysages par la vitre du train. On quitte la vallée du Gange plutôt sèche pour le nord est, région de 100 millions d’habitants coincée entre le Bangladesh, le Bouthan, la Chine et la Birmanie. Tout est vert et luxuriant. Les nombreuses rivières et plans d’eau ne sont pas asséchés. Et pour cause, Cherrapunji, pas très loin, est la ville la plus humide du monde. Il pleut 26m par an en moyenne !
bel-arbre

On arrive à Kokrajahr accueillis par Bijit, sa femme, sa belle sœur, ses deux enfants et un orage enthousiaste. On se sent tout de suite super bien avec cette famille. Elle fait partie de la communauté Bodo, une communauté tribale de 3 millions de personnes qui historiquement occupe cette région entre le Bangladesh et le Bouthan. Quelques centaines de tribus vivent dans le nord est, typés mongols et non indo-aryens ou dravidians, avec des langues et des traditions différentes. Un concentré de diversité. Une tribu plus à l’est par exemple est une société matriarcale, c’est la plus jeune des filles qui hérite dans la famille.

Nos hôtes s’occupent depuis 2007 d’une plantation de thé bio, et exportent leur petite production en commerce équitable au Canada. On découvre et on apprend plein de nouvelles choses, mais nous ne faisons clairement pas un travail de forçat. La main d’œuvre dans cette région plus qu’ailleurs ne coûte pratiquement rien. Les femmes qui ramassent deux ou trois fois par semaine le thé sont payées chacune 125 roupies par jour de travail (1€ équivaut à environ 75 roupies). Il semblerait que les terres agricoles soient concentrées aux mains de quelques propriétaires qui payent les villageois en surnombre pour travailler.

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Un expatrié français qu’on a rencontré dans le train nous avait expliqué que l’exode rural en Inde a commencé, mais les 3/4 des habitants vivent encore à la campagne. Si sa trajectoire suit celle des autres pays développés, c’est plusieurs centaines de millions de nouvelles personnes qui vont aller s’installer dans les grandes villes d’ici quelques années. Avec tous les défis que cela va représenter. Incredible India.

La journée commence avec un petit dej’ du tonnerre. Des galettes de pain fries (au nom moins alléchant : des pouris) avec des pommes de terre, un verre de thé vert et un thé noir.

Les journées sont tranquilles. On s’occupe de superviser le ramassage des feuilles de thé ou du processus de fabrication. Le tout est ponctué de différentes visites pour dire bonjour et boire le thé avec la famille et les copains. On a le temps. Et comme on a du temps, les repas sont toujours préparés avec un soin extraordinaire. Différents currys, patates, poulets, poissons ou porc, avec du riz et une sauce aux lentilles (dhal) sont servis, sachant que l’ensemble de la liste peut faire un seul repas. Nos estomacs font, eux, un travail de forçat. Parfois un orage arrive. Et c’est la tempête pendant une petite heure.

Un matin Puffy a rencontré dans le curcumin qu’on avait trié la veille une petite chauve-souris toute mignonne. Il voulait l’adopter. Et se faire coacher pour « devenir un Batman ». C’est un garçon créatif.Batman-is-dead

On démocratise avec patriotisme la veille du départ la ratatouille et la béchamel, et on part ensuite le 1er avril dans une autre plantation bio, chez un copain de Bijit, près de la frontière Bouthanaise. Tenzing vient nous chercher à la gare dans son pick-up noir flambant neuf. Les trois heures de trajet pour rejoindre sa ferme 40 kms plus loin sont secouées par du Justin Bieber, Madonna, Britney Spear, Snoop Dog, et parfois un peu de répits avec une musique traditionnelle bodo. Les routes en Inde sont éprouvantes.

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Il nous présente à nombre de ses amis. C’est un concours d’hospitalité, on boit le thé vert, noir, au lait, grignote les gâteaux, goûte au poisson fraichement pêché, teste la bière de riz, à n’importe quelle heure de la journée ! Ajouter les traditions de la tribu et on se retrouve avec plusieurs écharpes autour du cou. Beaucoup de foyers on leur propre métier à tisser manuel. La majorité des habitants sont enveloppés dans les tissus qu’ils fabriquent eux-mêmes. Les femmes dans de longues robes, différentes des saris. Les hommes avec un t-shirt et un tissu autour des hanches. En jupe quoi.

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Tenzing, notre hôte, nous raconte son histoire. Il est né à l’époque où les Bodos ont commencé à revendiquer leur terre et leur indépendance de la région d’Assam. Ces revendications ont été sévèrement réprimées par l’armée indienne. Après l’école, il est parti en ville, trouver du travail. Vers 10 ans. Il est revenu plus tard dans son village avec le permis et une voiture, c’était un des premiers à conduire dans son village. Il a ensuite démarré sa ferme, grâce aux terres de sa famille. Du riz, quelques légumes, du thé et des pesticides. Il s’est rendu compte que ses produits chimiques, mélangés à l’eau, tuaient les poissons de la mare proche. Aujourd’hui, il encourage les producteurs de thé, les fermiers, à passer au bio en racontant son histoire, partageant ses méthodes… C’est un personnage ambitieux, charismatique, et influent grâce à sa réussite.

Il se considère d’ailleurs tellement influent qu’on a tenté une visite au Bouthan sans visas. Échec. Tenzing commente qu’ils ont été « vachement plus compréhensifs » la dernière fois avec un américain. Les militaires, désolés, nous ont expliqués que c’était la loi.

On visite une de ses nouvelles plantations près du Bouthan. Des éléphants sauvages s’y promenaient la journée précédente. Il font de sacrés dégâts chez les agriculteurs. Sans compter les tigres et les ours. On se promène un peu dans la jungle, aux aguets. On ne rencontrera qu’une bouse de pachyderme et une chèvre solitaire qui barrissait.

Varanasi et le Holi

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Varanasi est une des plus anciennes villes du monde, habitée actuellement par 1.3 millions d’habitants. Plus on se rapproche du Gange, plus les rues deviennent étroites, plus les maisons sont colorées et plus la cacophonie perpétuelle est remarquable. Les vaches zigzaguent en klaxonnant entre les motos, les échoppes se disputent le peu de place disponible et pèlerins et touristes se mêlent entre eux. La ferveur religieuse et la ferveur photographique.
Dans une petite boutique un taureau fait la sieste. C’est très bon pour la santé, les siestes.

sieste-du-Taureau
On dit que le feu des gaths de crémation ne s’est jamais éteint depuis des millénaires. Et c’est probablement vrai. Varanasi-les-ruellesOn y est tombé par hasard le premier jour en cherchant une guest house, et c’est assez déstabilisant. C’est très sale, les familles sont en recueillement devant les bûchers qui s’enflamment, l’odeur prend au nez et plusieurs autres groupes avec leur cadavre attendent qu’une place se libère. Une montagne de bois est rangée derrière.

Mourir à Varanasi permettrait de sortir du cercle sans fin des réincarnations.

On s’en éloigne pour se poser dans un café à l’écart. De là, on voit défiler les défunts, leur cortège répétant en cœur des mantra. Le nombre de personnes qui passe est sans fin.

On rencontre un autre couple français, également en voyage pour un an. Ils voyagent à 4, avec Marie-Denise leur tortue gonflable et leur accent toulousain.
En cuisine de rue on découvre une petite merveille, les eggs-roll. Une omelette cuite d’un coté d’une galette de pain, et une garniture à l’intérieur faite de nouilles, de légumes et de tout un tas de sauces. Délicieux, mais nos intestins s’en souviendront. Le lendemain matin c’est la catastrophe, l’état d’urgence est promulgué. Logan-Papaye

On comate toute la journée avant de transporter avec précautions nos estomacs jusqu’à la gare ferroviaire. On essaye tout, banane, riz, papaye, jus de citron, coca-cola (héhé, ca vaut le coup d’être malade). Et on enchaîne sans accidents majeurs la nuit dans le train. Arrivés le lendemain matin à Delhi, on retrouve nos copains Bulbul et Pradu chez qui nous étions restés les deux premières semaines à notre arrivée en Inde. On profite de nos retrouvailles.

C’est la coupe du monde de criquet en ce moment, qui se passe d’ailleurs en Inde. Et le soir même c’est le match de poule Inde contre Pakistan ! Le match à ne pas rater. Surtout pour nos hôtes, fans appliqués. Tout le monde est fou. Des dizaines de millions de personnes suivent la rencontre en Inde. Dans la rue on entend les exclamations des supporters à chaque lancé. Et c’est finalement l’Inde qui s’impose ! (Bon, Puffy s’est un peu emmerdé en regardant le match.)
Le lundi matin c’est le moment de faire le tour des ambassades. Nos passeports ont passé la semaine précédente à l’ambassade chinoise. On prit Shiva Vishnou et Jésus. Et ça marche ! On ressort avec nos visas chinois ! Maintenant le visa mongole. Le contraste est magnifique. 15 minutes après l’ouverture le matin, déjà une centaine d’indiens se pressaient pour postuler pour un visa chinois. Nous arrivons vers 12h à l’ambassade mongole, et nous constatons que nous sommes les deuxièmes visiteurs de la journée.
D’ailleurs « les ressortissants français étaient exemptés, jusqu’à janvier 2016, de visa pour un séjour touristique ». Raté, on arrive trop tard. On donne les papiers nécessaires et on récupère sans encombres le visa mongole 4 jours plus tard.
Visas : done.

Jeudi 24 c’est le Holi festival !

Le-HoliEn fonction de la pleine lune, cet évènement célèbre le début du printemps. Durant cette journée tout le monde se jette bombes à eau et poudres de couleurs. Le mercredi nous partons en voiture avec Pradu pour faire quelques visites et quelques courses. On se retrouve sans trop savoir comment à visiter une exposition sur le zoroastrisme. MasquesPuis à visiter une exposition sur les peintures rupestres en Inde et en Chine.
On fait quelques courses pour festoyer le lendemain. Les magasins ferment le jour du Holi. Notamment les magasins d’alcools, pour qui c’est « dry day ». En traduction, tout le monde fait méticuleusement le plein. On prend ensuite le métro pour aller rendre visite à Bulbul à l’écart du centre de Delhi. Sur le chemin du retour : « shit, where is the car key ? It was in my pocket ! »
Moment de panique. On fait demi tour, on cherche pendant un bon moment, rien. Impossible de retrouver le clefs. On retourne piteusement en direction de la voiture. Pradu habite à Gurgaon, 30 km du centre de Delhi. On était censé revenir chez lui le soir déguster un poulet mariné et repartir le lendemain matin en voiture pour rejoindre ses copains. Et fêter le Holi. On avise.
Plan B : on va directement chez Shayma et Ashmi. Mais l’alcool est resté dans la voiture ! On regarde la montre en sortant du métro, 21h57, le magasin de liqueur ferme à 22h pile ! Course contre la montre en chantant la musique de mission impossible. Arrivés une paire de minutes trop tard. Arf. Sans alcool la fête est plus folle.
Au moins, on arrivera pas les mains vides, dans le sac que nous avons il nous reste le café et la cafetière italienne que nous étions allé cherché chez Bulbul.
Et nous passons la soirée à rigoler en noyant notre chagrin dans un café délicieusement fort.
Finalement, on restera 2 jours dans ce chouette appartement. Shayma et Ashmi, 2 copines en coloc’ nous donnent une autre image de la femme en Inde. Indépendantes. Il y a quand même un peu de changement à ce niveau, en ville. Jour du Holi. On dévalise leurs placards pour sauver nos habits et on sort dans la rue, près pour l’assaut ! Beaucoup de violence. Enfants et parents bombardent les passants de bombes à eau du balcon du 4 ou 5ème étage tandis que d’autres embusqués utilisent leur pistolet à eau. Tout le quartier se jette des couleurs et personne n’y échappe. « Happy Holi ! » nous dit-on, avant qu’on se retrouve avec une couleur supplémentaire sur le visage. Tout le monde « joue ». Les armes principales sont l’eau et les couleurs mais on aperçoit quelques vicieux avec de œufs et mousse à raser.
Le jour suivant Pradu se fait refaire une clef et débloqué sa voiture. On retourne tranquillement à Gurgaon chercher nos affaires pour aller ensuite à la gare. On part le soir même pour Kokrajahr dans l’état d’Assam, nord est de l’Inde, pour faire du wwoofing dans une plantation de thé.
On se retrouve donc à la gare. -« tiens c’est marrant notre train n’est pas affiché ». Et oui, il y a au moins 4 gares ferroviaires à Delhi, et on a oublié de checker si celle de New Delhi était la bonne! Course contre la montre avec un super pilote de rickshaws pour rejoindre une autre gare. Ah ! notre train est affiché, plateforme 16 ! Nouvelle course. On arrive quelques minutes avant le départ.
Ouf. Et c’est parti pour 1850 km et 43h de train !  🙂 Plantation-de-The

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