Category: Janvier 2016

On fait du vélo en Inde !

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Après avoir bien profité de Dharamshala, on se dirige vers une petite ferme dans la campagne quelques kms plus loin pour faire un peu de wwoofing. On quitte des français rencontrés là-haut, plusieurs travaillant pour des ONG (de la reforestation au soutien scolaire ou cours de français, tout le monde s’y retrouve), et un, étudiant le tibétain dans un monastère, 7h par jour, 6 jours sur 7 pendant un mois. Partir en voyage en vélo demande vachement moins de courage. 🙂

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La ferme est un petit paradis, on rencontre la famille avec les parents et leurs deux enfants terminant leurs études, une suédoise qui est là depuis deux semaines par wwooofing également, et une jeune famille de travailleurs agricoles. Quasiment à 1000m d’altitude sur les contreforts de l’Himalaya, le lieu n’en est pas moins très exotique. Et oui, ici on récolte dans l’année bananes, mangues, plusieurs centaines de kilos de litchis, et tout un tas d’autres fruits jusque là méconnus. De toutes les couleurs et de toutes les formes. Légumes aussi bien sur, quelques herbes aromatiques et du riz. Deux vaches, des poulets et quelques mangoustes sauvages nous tiennent également une charmante et chaleureuse compagnie, même si la tentative d’une vache de lécher Puffy a bien failli créer un incident diplomatique.

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L’hiver est la saison creuse pour les exploitations agricoles, et le travail nécessaire en cette période de l’année n’est pas très important. La famille nous fait payer le séjour, nous ne resterons finalement que quelques jours. Les journées sont chaudes et ensoleillées mais les nuits sont franchement bien fraiches, on continue cette fois en direction des plaines de la région du Pendjab au sud-ouest.

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Amritsar, proche de la frontière pakistanaise, est la ville sainte des sikhs. Le Sikhisme est une religion regroupant 22 millions de croyants, principalement situés dans le Pendjab, mais avec également de fortes communautés dans le reste de l’Inde et dans les pays du commonwealth. Ils sont très facilement reconnaissables avec leurs turbans colorés, leurs barbes + moustaches géniales, leurs sabres accrochés pour la majorité à la ceinture, et leur stature souvent très imposante. 

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Le Sikkhisme est une religion monothéiste qui est apparut au XVIème siècle avec le premier gourou, gourou Nanak. « Gourou » n’a absolument pas la connotation négative qu’on en a actuellement en Occident (on voit déjà le mot secte poindre dans vos esprits). Il s’agit d’un guide spirituel, la relation gourou / disciple est fondamentale pour de nombreuses religions orientales. On parle souvent de cette religion comme un mélange entre Islam et Hindouisme, empruntant des éléments et en rejetant certains. La fraternité entre tous les hommes, le partage et la tolérance religieuse sont des dimensions très importantes. 

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La ville fut construite au XVIIème siècle autour d’un étang sacré appelé la « piscine de nectar », « Amrit Sarovar » en pendjabi d’où le nom de la ville (et oui, le pendjabi, langue régionale, une des 22 langues officielles du pays…). La forêt paisible et les petits villages entourant le plan d’eau miraculeux sont petit à petit devenu la petite ville d’un million d’habitants d’aujourd’hui, bruyante et polluée, mais avec en son centre le superbe temple d’or des sikhs, au milieu de l’étang. Fait de marbre et recouvert de feuille d’or, on pénètre dans ce lieu saint en enlevant chaussures et chaussettes et en se couvrant la tête. Des hauts parleurs diffusent en permanence autour du plan d’eau le chant de dévotion de sikhs, extraits du texte sacré chantés depuis l’intérieur du temple de 5h jusqu’à 22h tous les jours. Spectacle étonnant, la ferveur religieuse de ce lieu saint ne laisse pas indifférent. Aux alentours, des appels à la prière chantés du haut des mosquées, et un peu plus loin un grand temple hindou.

L’Inde, pays multi religions.

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Le Sikhisme est également célèbre pour ses logements et ses distributions de nourriture. Au sein du temple d’or se trouve la plus grande cantine gratuite du monde et du lever au coucher du soleil, des repas sont distribués sans interruption pour tout le monde, sans distinction de nationalité, de religion, de sexe ou de caste. Incroyable. Les gens rentrent sans attente dans l’une des deux grandes salles et s’assoient sur les tapis dépliés en file (une quinzaine de files, comme celles de la photo, par salle). Des thalis copieux et fraichement cuisinés sont servis par des dizaines de volontaires allant d’enfants à vieillards, majoritairement sikhs. En l’espace d’une demi heure environ, 500 personnes mangent dans une salle. À la fin du repas, la salle est nettoyée, et pendant ce temps de nouvelles personnes investissent l’autre salle pour manger. Le guide du routard parle de 10 000 repas par jour, un ami touriste nous parle de 100 000 par jour, un autre volontaire nous parle entre 50 000 et un million selon l’affluence. Ce qui est sûr, c’est que c’est sacrément impressionnant. Il y a toute la journée une cinquantaine de volontaires à la vaisselle, et des dizaines au service et à l’épluchage des légumes. On assiste à deux livraisons, un camion de bouteilles de gaz et un camion de choux-fleur. Et oui hé hé!, c’est que ça fonctionne à une sacré grande échelle. Et avec seulement des donations de particuliers et des volontaires.

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De même, des lits sont également proposés gratuitement aux pèlerins sikhs et voyageurs dans des dizaines et des dizaines de dortoirs, de même sans distinction de nationalité, de religion, de sexe et de caste. Des dizaines de volontaires sont au travail, sanitaires et douches sont nettoyés plusieurs fois par jour. Et ne fonctionne également qu’avec des donations.

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On se ballade un petit peu aux alentours. Dans un parc se tient un mémorial, il commémore un sinistre évènement : les militaires britanniques ont tiré sur une foule d’indiens qui manifestait pacifiquement en 1919. 379 personnes tuées en 5 minutes. Plus récemment, dans les années 80, les habitants du Pendjab revendiquaient un territoire autonome. Après l’échec des négociations, le temple d’or est occupé par les militants en 1984. L’armée assiège le temple et mène l’assaut, presque 500 morts sont à déplorer parmi les sikhs. Cet événement entrainera l’assassinat de la chef du gouvernement Indira Gandhi par ses gardes du corps, qui se trouvaient être sikhs. Vengeance.

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Autre curiosité de la région d’Amritsar, la cérémonie de clôture de la frontière indo-pakistannaise, la Wagah border, tous les soirs. Imaginez une foule en délire de chaque coté, une ambiance nightclub avec des musiques Bollywood crachées par de puissants amplificateurs et des dizaines d’indiennes qui dansent sous les exclamations des indiens dans des gradins plein à craquer. Puis défilé militaire, la parade des coqs avec leur haute crête à plumes rouges, ils jouent à qui intimidera le plus l’autre en jetant leurs jambes jusqu’au nez, avançant en pas chassés… Leur souplesse et leurs mouvements font, malgré tous les muscles qu’ils y mettent, penser à des pas de danse classique… S’en suit la descente des drapeaux. Les militaires des deux pays se serrent ensuite la main, les portails sont fermés pour la nuit, et tout le monde rentre chez soi. Plutôt curieux.

Les troupes indiennes font le pas de l’oie à la frontière du Pakistan !

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Après trois jours à Amritsar on prend le bus pour Bathinda au sud du Pendjab pour rencontrer un hôte couchsurfing Jagpal Singh. On est invité à une ballade en vélo le lendemain. Départ 6h du matin dans la nuit, on ne sait pas trop à quoi nous attendre. On rejoint un club de cyclistes qui fait des ballades tous les samedis. On se retrouve avec une quarantaine d’indiens à pédaler au lever du jour dans la campagne. Nos compagnons sont charmants, de tous les âges, et passent leur temps à déconner joyeusement. Héhé, on aura un peu pédaler en Inde finalement. Puffy est fier de nous. On s’arrête à un endroit pour fêter deux anniversaires et un anniversaire de mariage. Gâteaux, thés et séance photos. Les indiens adorent, adooooorent, prendre des photos, et encore plus se faire prendre en photo. Une des premières phrases apprise en anglais doit être « can I take a picture with you ? ». Et dès qu’un indien prend la pose, les dix copains à côté se ruent pour prendre aussi la pose.

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-"Another picture with my glasses now my friend !"

Et on se retrouve en fin de matinée dans une école de filles, sur une estrade en plein milieu avec les autres cyclistes, devant plusieurs centaines d’écolières assises. Sans savoir trop ce qu’on fait là. -« Ok, now we go to a school » nous avait dit notre hôte. Un cycliste prêche pour promouvoir le vélo dans la vie de tous les jours au lieu du bus et du scooter, et raconte notre périple à travers l’Europe. D’autres personnes prennent la parole. On agit un peu malgré nous pour démocratiser le vélo. C’est pour la bonne cause. 🙂

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En route pour Dharamsala

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Notre séjour dans l’ashram nous fait le plus grand bien. Remplis de paix intérieur et les muscles transis mais détendus par le yoga, on profite d’un repas dans le jardin, sous ce chaud soleil d’un dimanche en janvier. Après la première bouchée, on engage la discussion : « Tiens, il est super gros ce singe. » Deuxième bouchée. « Il s’approche de nous là, tu trouves pas ? » On lève la tête. « Mais ils étaient pas là avant tous ces singes sur le toit ! » Il faut réagir, Logan amorce une intimidation stratégique au gros singe le plus proche, il avance en tapant des pieds. Raté, c’est le singe qui nous intimide en ripostant par un bond en avant, avec grimace et crocs dans un cri. Bon. Un repli tactique s’impose dans la salle à manger. Un indien arrive, une poignée de cailloux en main et éloigne cette petite armée en un rien de temps. Les cailloux, et un comportement prédateur, on retient l’astuce, mais en finissant notre riz à l’intérieur. On entend les sarcasmes des singes qui s’marrent : « pas très farouches les touristes ».

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On se décide péniblement à continuer le voyage, après une petite semaine de sérénité. On était dans un quartier calme, sans circulation donc sans klaxons. Beaucoup d’occidentaux viennent se ressourcer à Rishikesk qui profite grandement de ce tourisme. Les murs des rues sont remplis de pancartes annonçant cours de yoga ou méditation. C’est un énorme business.

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On se glisse dans un auto rickshaw et on attend qu’il soit assez rempli pour que le conducteur se décide à nous emmener à la gare routière. Minimum de 8 personnes exigé. Rapidement, 2 étudiants indiens arrivent, on engage la discussion. Ils viennent de passer un examen en pharmacie et retourne sur Delhi. Après 1h30 à discuter dans le rickshaw, on augmente le prix pour partir dès maintenant, faute d’avoir assez de passagers ! On va pas y passer la journée lance Puffy qu’une envie « pressante » commence à rendre impatient.

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On arrive à Dehradun et on se glisse dans un rickshaw pour rejoindre la gare routière. On a besoin d’informations, on hésite entre visiter Mussoorie, la ville surnommée « Reine de la montagne » ou aller directement à Dharamsala. 14 passagers dans le rickshaw, on est tous les deux dans ce qu’on peut appeler le coffre, sur des tabourets. Être seulement à 2 sur un 2 roues ou à 4 dans une voiture nous semble être une grande perte d’espace ! Et puis, c’est vachement mieux pour la planète, du covoiturage efficace.

À la gare routière, un bus part dans 15min pour Dharamsala. Un bus tous les jours à 17h et on arrive à temps pour le prendre. C’est le destin. C’est parti pour 12h de trajet et quelques 450 km. Dommage qu’il fasse nuit, on prend une route de montagne qui devait être magnifique de jour. Au lieu de ça, on profite seulement des secousses dignes d’un bateau en pleine mer quand le goudron s’absente sur quelques mètres et des virages en épingle qui se succèdent. Sans compter les deux gus derrière nous qui ont décidé de boire pour passer un agréable voyage… Eux en chantant, nous, on écoute… L’avantage et le désavantage de la boisson, c’est qu’à la moitié du trajet, ils se sont rapidement mis à ronfler. D’autres voisins ont passé le voyage plein de dévotion à regarder des clips bollywood en mangeant des cacahuètes, jettant les coques dans l’allée. Aucune réaction des chauffeurs et des autres passagers. Le bus en Inde, c’est joliement folklorique.

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5h30 du matin, Dharamsala. À 1350m d’altitude, il fait pas chaud. Serrés dans nos couvertures, on attend le bus de 7h pour monter à Mcleod Ganj, la ville haute, à 1800m. Le lever de soleil apporte quelques degrés en plus. Au détour d’un virage un grand « BANG » avec un flash lumineux. Un poste de transformation électrique la porte ouverte, fumante, qui vient juste d’exploser. Bienvenue à Dharamshala. 🙂

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Le gouvernement tibétain s’est exilé dans cette ville sur les contreforts de l’Himalaya suite à l’invasion chinoise. Ville du Dalaï Lama, elle abrite les réfugiés tibétains, ce qui la rend complétement différente d’une ville indienne. Le changement est en effet saisissant. Les passants dévisagent moins, les vendeurs à l’étalage sont très peu insistants, et une atmosphère joyeuse, calme et sereine semble régner. Les passants font tourner les moulins à prières du temple central et les moines se baladent dans leurs vêtements rouge bordeau. Les voitures font même parfois 50 m sans klaxonner. Incroyable. Le cadre est superbe, la petite ville domine la vallée cachée par une brume perpétuelle, et se trouve sur les contreforts d’une imposante barrière montagneuse culminant autour de 4700m. Les premiers contreforts de l’Himalaya.

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Petite excursion à la journée pour flirter un peu plus près avec les montagnes. On monte jusqu’à 2800m en tee-shirt en plein hiver, les énormes rapaces qui nous survolent se moquent de notre transpiration. Puffy reste bien caché dans le sac, sauf pour prendre la pose à coté du trident de Shiva au sommet. 

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L’hindouisme côtoie ici le bouddhisme. Ce n’est qu’au 8ème siècle après JC que ce dernier s’est développé au Tibet remplaçant la religion animiste de l’époque « Bon ». Soit plus de 1000ans après la mort de Bouddha. Le bouddhisme rencontrait un succès important en Inde et rivalisait avec l’hindouisme. Un temps elle fut la religion principale de l’empire Maurya en Inde, quelques centaines d’années avant JC. Il s’est largement développé dans les autres pays, Myanmar, Thaïlande, Chine, Corée, Japon, Asie centrale, mais finalement a quasi disparu de sa terre natale. L’hindouisme a fait de Bouddha un Dieu, la huitième incarnation de Vishnou. Habile. 🙂

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On goute les momos tibétains, légumes enrobés d’une pâte cuits à l’eau ou frits. Et puis on goute également le célèbre thé tibétain au beurre, qui change drôlement du thé sucré épicé des indiens. Une mousse salée brillante de matière de grasse nous fait des clins d’œil. Une bonne tasse donne probablement les apports caloriques journaliers recommandés. Pas de doute, on sait comment les tibétains survivent aux hivers glacials.

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L’Inde nous laisse baba

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On a finalement réussi à quitter le cocon douillet et l’hospitalité des copains après 2 semaines… Nouveau record de notre part. On a failli se sédentariser. Les vélos restent sagement au chaud sur un toit. Et nous, bagages plus légers que jamais, on prend le bus pour Haridwar, dans l’Uttarkand. Mot à mot en hindi, cette ville signifie porte des dieux; aux pieds des montagnes, elle est construite le long du Gange. La gare routière de Delhi, Kachemire Gate, est propre (ça parait rien comme ça mais c’est assez remarquable vu le standard habituel), les guichets alignés n’ont personne. C’est un beau batiment, que tout le monde traverse sans s’arrêter puisqu’on paye directement dans le bus !

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208 kms en perspective, soit 7h de trajet. Le bus, c’est toujours 3 fois plus rapide que le vélo, on en profite. Entre 2 siestes, la discussion s’engage avec Helena, une italienne en jupe orange qui vit depuis 25 ans en Inde avec un gourou, en jupe orange également (désolé pour son prénom, on s’en sort pas encore avec les présentations). Les gourous et saddhus sont en quelque sorte les chefs spirituels de l’hindouisme, les porteurs de la foi, ils sont aussi appelés baba. On se raconte nos vies respectives, une autre famille se joint à la conversation. À l’arrivée, on descend avec une liste de conseils de visite dans le coin, une invitation pour la nuit par Helena et Baba, et une invitation à dîner à Rishikesh dans les jours prochains.
Soirée autour d’un feu, les chapatis sont habilement préparés par le baba. La pâte à pain est tout d’abord étalée, avant d’être cuite sur une plaque puis gonflée dans les cendres. 
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Mardi, on visite Haridwar. Au milieu du Gange, une statue de la déesse personnifiant le fleuve sacré, avec comme monture un crocodile. Au loin une énorme statue de Shiva. La ville entière se prépare à accueillir le festival Ardh Kumbh Mela, rassemblement religieux qui a lieu tous les 6 ans, entre deux Kumbh Mela, évènements qui ont lieu tous les 12 ans, alternativement dans 4 villes saintes indiennes: Haridwar, Nasic, Ujjain et Allahabad.
 
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La légende dit que lors d’une dispute entre les dieux, 4 gouttes de l’élixir d’immortalité tombèrent dans chacunes de ces villes. Le Kumbh Mela est la plus grande manifestation religieuse du monde, lors de la dernière édition à Allahabad 100 millions de fidèles s’y sont retrouvés ! À Haridwar, seulement un petit million de pèlerins est attendu. Les campements de tentes et les nombreux gourous et saddhus en jupe orange et longues dreads sont éparpillés le long du Gange et au bord de la route.
 
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L’hindouïsme est tout neuf pour nous, et il y a beaucoup de choses à apprendre, les rituels, les significations, les dieux… On part à l’assaut du Mansa Devi, temple perché en haut de la montagne pour s’impregner de la spiritualité de la chose. On grimpe avec les touristes européens et hindoux, avec les vendeurs d’offrandes, de fruits, d’eau et autres, on grimpe avec les singes aussi. Ils grouillent de partout, pas craintifs, ils guettent les passants, ou sautent sur le dos d’une vache. En haut, on nous demande de quitter nos chaussures. On cherche un peu l’entrée dans le hall rempli d’échoppes. Pour l’instant ça a plus l’air d’un marché que d’un temple. On doit acheter une offrande pour passer la grille d’entrée. Fleurs en main, en file indienne (ahah), on imite les gens devant nous. Premier arrêt, un bonhomme nous fait un point orange entre les 2 yeux, prend une fleur et comme tout le monde, on doit donner des roupies. On suit, dociles mais complètement perplexes. Après 5 ou 6 arrêts dans le genre, avec une nouvelle couleur sur le front ou une noix de coco jetée au feu, on ressort, sacrément perplexe.
 
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Céromonie du feu le soir même, beaucoup de monde sur les bords de la rivière sacrée, des chants, de la musique et des bougies déposées sur le fleuve. Une ferveuse religieuse joyeuse, et des lumières de partout à faire palîr Las Vegas. 
 
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Jean-Paul, un français rencontré lors de la cérémonie, nous parle d’un ashram dans lequel il a passé une nuit. Très bon marché, et avec séances de méditation et de yoga proposées. Nous voilà donc en route pour Rishikesh, la mecque des hippies en quête de spiritualité. L’ashram se trouve juste à coté de celui qui a accueilli les Beatles dans les années 70 ! On se demande si John Lennon aimait les jus de canne à sucre avec menthe et gingembre. On en trouve pléthore dans les petites rues.
 
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Et oui, ici le changement est radical. Nous n’avions jusqu’alors pas rencontré de nombreux voyageurs, mais dans ce quartier, il y a plus d’occidentaux que d’indiens. Le cadre est superbe. Derrière les plages, les vaches vagabondes, les librairies de bouquins spirituels et les magasins de fringues babas, la jungle s’accroche à la montagne.
 
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Une excursions à pied dans la jungle nous mène jusqu’à une « baba cave ». Un saddhu de 32 ans couvert de cendre et avec d’immenses dreads nous accueille. Cela fait 12 années qu’il vit dans cette grotte, au milieu des éléphants, singes, tigres et léopards. Mais Dieu le protège. Rencontre marquante. La spiritualité et la foi en Inde intrigue. Il y aurait de 4 à 5 millions de saddhus en Inde, habillés en blanc, en jaune ou en orange, ou pas habillé du tout, enseignants dans les villages et dans les ashrams ou méditants à l’écart du monde. Certains accomplissent des choses extraordinaires. On pense notamment à l’un d’eux qui lève le bras droit depuis 40 ans, ou à un autre qui est debout depuis 9 ans !
 
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On retrouve la famille rencontrée dans le bus pour un chouette repas. On discute chaleureusement d’Inde et d’Europe en mangeant des chapatis pour faire passer le choux fleur « légèrement épicé ».
 
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Au début des séances de méditation et de yoga on chante le son « om », écrit ci dessous en sanskrit. Ce son est mystifié par l’hindouisme, et apparait dans de dans nombreux mantras. Entre deux séances de yoga, on récupère sur la plage, priant Vishnou, Shiva et leurs copains d’attenuer nos courbatures. Et non, c’est assez loin de l’idée d’activité tranquille de grand-mère qu’on peut se faire. 🙂
 
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Puffy n’a pas voulu nous attendre 3 mois à Delhi

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Et oui, Puffy est malin et a réussi à se faire une place avec nous sur le sac à dos. Il n’a pas voulu se baigner dans le Gange. Sacré ou pas, il aurait pourtant bien besoin d’un bon bain…

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Il fait un peu chaud en Inde

Inde !

On est arrivé un peu avant 5h du matin à l’aéroport de Delhi le 29 décembre dernier, en ayant dormi un petite paire d’heures. Un contact warmshower dans le téléphone, nous remontons sur le vélo pour aller dans le centre de New Delhi à Connaught Place, énorme rond point au cœur de la ville, pour temporiser en attendant de retrouver notre hôte, Bulbul.

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Découvrir l’Inde nous fait l’effet d’un énorme bol de café, les yeux alertes hallucinent au fil des kilomètres. Ici une énorme vache traverse une 2×3 voies, là un singe saute d’un muret, sur le bord de la route des dizaines de rapaces mangent dans des corbeilles, dans un temple une centaine de pigeons mangent des graines jetées par les fidèles.

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On roule à gauche en Inde, mais le contre-sens ne semble troubler personne. Les rickshaws, vélos, charrettes, animaux, piétons, bus, camions, tracteurs et autres étalages sur roulettes se disputent la route dans un vacarme assourdissant. Visiblement la pédale d’accélérateur est directement reliée au klaxon. La pédale de frein également. Le bitume laisse parfois une petite portion de piste caillouteuse s’épanouir, mais les terreurs de la route sont les dos-d’ânes, sans pitiés pour les suspensions des véhicules et les fesses délicates de ce pauvre Puffy.

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Les indiens sont de manière générale particulièrement curieux. A l’aéroport, en remontant nos vélos, un attroupement d’une dizaine de personnes apparait, discutant entre eux et souriant en regardant Léa regonfler fièrement son pneu avant. Les indiens sont des gens qui regardent les choses qui les intriguent avec insistance. Parfois avec un superbe sourire. 

On rencontre Bulbul, et reprenons la route pour rejoindre son domicile, un petit peu à l’écart du centre, à une petite vingtaine de kms. On arrive épuisés, après 45km de vélos à Delhi depuis l’aéroport. Et oui, Delhi est une mégalopole plutôt bien peuplée…

Lina (diminutif de Mohsina), la femme de Bulbul, nous accueille avec une merveille de repas. On l’avait déjà senti dehors, outre la pollution et la poussière, la rue dégage aussi de formidables odeurs de bouffe, d’épices et d’encens avec les centaines de vendeurs ambulants. Très parfumée et colorée avec la coriandre fraiche, les piments et les currys, la cuisine indienne à laquelle on goute ne nous déçoit pas. Il semble que l’estomac de Léa soit fragile psychologiquement, il a décidé de tomber malade avant même d’avoir goûté un produit indien. Puffy ne l’épargne pas en sarcasmes. 

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Un Estonien, Daniel, est également hébergé chez nos hôtes, il reprend un avion le lendemain après un mois de voyage en vélo en Inde du nord. P1110440 Nous prenons le temps de prendre nos marques dans ce pays si différent. Nous attendons le jour de l’an en buvant du thé noir préparé avec du gingembre fraichement coupé, en regardant des séries Bollywood souvent pathétiques, et en se baladant dans les environs. 

 

Le sport national du pays est le cricket, tous les terrains vagues de la ville sont envahis par les enfants qui y jouent. Bulbul est un sportif passionné, et nous l’accompagnons à un de ses matchs une après-midi. 12 joueurs sur le terrain, un joueur lance la balle, un batteur la tape et un autre joueur la ramasse. Et ce pendant deux bonnes heures. 🙂 On passe beaucoup de temps à observer les écureuils qui courent de partout sur les murs, jusqu’à ce qu’on nous explique un peu plus les règles, et qu’on arrive à s’intéresser (un peu plus) à ces pauvres joueurs sur le terrain qui transpirent abominablement. Déjà qu’il fait super chaud en hiver, on a une pensée pour les joueurs en été…

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 Réveillon sur le toit de l’immeuble, poulet macéré au barbecue au milieu des pétards et des fusées de la ville en effervescence. On partage les charmes d’une petite bouteille de chartreuse qui s’était fait une place dans la valise ;).

On rencontre Produ le 1er janvier, un ami d’enfance de Bulbul. Avec Lina et Bulbul nous le rejoignons dans son appartement à Gurgaon, ville toute jeune au sud de Delhi, 1er étage, immeuble N° 1176 du bloc G dans le secteur 57.  Gurgaon avec ses milliers d’immeubles qui ont poussé pour faire face à l’énorme manque de logements de la capitale.

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Aujourd’hui à 16 millions d’habitants, la mégalopole de Delhi pourrait atteindre selon une prévision de l’ONU 30 millions d’habitants d’ici 2030 ! Depuis le début de l’année dans la capitale, les voitures immatriculées avec un numéro pair roulent les jours pairs et les voitures immatriculées avec un numéro impair roulent les jours impairs. Cette mesure soulève de nombreuses polémiques mais elle semble la seule vraiment efficace pour désencombrer le trafic, infernal entre 5h du matin et 23h le soir.

Nous sommes invités pour un repas chez la cousine de Produ, à Gurgaon. Le repas, composé d’une petite dizaine de plats, est superbe. Bulbul, Lina, Produ et sa famille sont originaires de la région d’Assam, au nord est du pays, près de la Birmanie.

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Bulbul travaille chez American express, une filiale américaine dans le secteur bancaire. Prudu travaillait également dans cette entreprise jusqu’à ce qu’il parte. Il anime maintenant des camps scolaires dans le Rajasthan, dans un centre qui vient d’ouvrir à une petite centaine de kms au sud de Delhi. Nous partons tous les 5 pour y passer une journée bien tranquille dans la campagne, où poussent choux, radis rouges, oignons, bananes, grenades, moutarde, coriandre, etc… Le jardin est assez grand pour accueillir un terrain de basket et une table de ping pong. Tout est prévu pour le loisir des enfants, absents en ce dimanche. On se fait une joie de les remplacer.

Nous restons en tout une petite semaine à Gurgaon, et découvrons un peu plus Delhi en prenant le métro. Le vieux Delhi est un peu oppressant, des kilomètres de bazars dans des rues minuscules et sales dans lesquelles les odeurs d’urine s’amusent avec toutes les autres odeurs des étalages, viandes, poissons, épices, gâteaux et encens. Il y a du monde absolument partout, et les milliers de vélos et rickshaws se disputent les petites ruelles. Même un ascenseur que nous prenons un jour est à l’image de l’Inde : « max 20 persons » alors qu’un européen imagine déjà difficilement 10 personnes rentrer dedans. 

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On visite le site classé à l’Unesco de Qutab Minar, au sud de la capitale. 10 roupies l’entrée pour les indiens, 250 pour les étrangers.

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Le patrimoine indien appartient à tous les indiens. On voyage à travers le temps, les nouveaux envahissseurs musulmans qui se sont établis dans le nord de l’Inde au début du premier millénaire après JC ont fait construire une gigantesque tour de victoire à la gloire de l’Islam. P1110512 L’architecture est un mélange d’islam et d’hindouisme, et les pierres – grès rouges et marbres blancs – sont superbement sculptées. Et Léa se fait prendre en photo par des indiennes. Les contrastes dans ce pays sont extrêmement prononcés. Derrière le monument des cochons sauvages mangent dans une décharge.

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L’extrême pauvreté côtoie la classe moyenne émergente. Les diversités sont extrêmement nombreuses, les chaines de télévision du pays sont dans des dizaines de langues différentes, mosquées et temples jaïns, sikhs, hindous et bouddhistes se tiennent côte à côte.

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Bientôt 2 semaines maintenant que nous sommes chez nos hôtes à Delhi. Nous sommes en Inde jusqu’au 15 avril, nous avons le temps et c’est une liberté incroyable lorsque l’on voyage. Nous allons poursuivre le périple dans le nord aux pieds de l’Himalaya. Nous avons contacté des fermes dans lesquelles nous allons passer quelques semaines. Et changement de programme, le voyage en Inde sera en sac à dos, en bus et en train ! Pour visiter plus de fermes et avoir un aperçu plus complet de l’Inde du nord – Non, les fesses délicates de Puffy n’y sont pour rien.

 

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