Category: Mai 2016

An extra journey for Puffy

Puffy est venu nous voir, désolé, à l’hôpital.

« — Désolé les gars, je ne vais pas rentrer avec vous, même si l’assurance nous rapatrieraient en France tous les trois. Sia, Ezra et Reine m’ont proposé de continuer le voyage avec eux jusqu’en Iran. Rétablis-toi bien Léa. Et gardez la pêche ! J’vous enverrai des photos de chaque pays. »

Puffy est un bon gars. Et la famille australienne est une chouette famille. On pouvait difficilement lui souhaiter quelque chose de mieux.

« — À une prochaine Puffy, bon voyage ! »

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La dernière photo du voyage

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Le soir du premier jour de trek, on tombe tous les deux de cheval au galop. Léa hurle de douleur. On est à presque 1000 kms d’Oulan Bator, perdus dans le massif du Khingaï. On arrive à être rapatrier le lendemain à Tsetserleg 170 km plus loin pour rejoindre l’hopital le plus proche. Les scans des rayons X seront les dernières photos du voyage, l’appareil photo s’étant cassé dans la chute. Aucune ambiguïté avec les scans. Grosse fracture de la clavicule gauche. Rapatriement en France.

Chaque bonne histoire a sa chute.

L’Arkhangaï

Après avoir quitté Kharkhorin, on pédale une journée avec la famille australienne. Ils pédalent difficlememt plus de 30 ou 40 km par jours avec les enfants, nos rythmes sont différents et on se souhaite bonne continuation et bon voyage. Sans savoir qu’on se retrouvera quatre fois dans les jours suivants !

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Tsetserleg-Mongolie-1

Taikhar_Chuluu-Mongolie-1

Mais la pistes c’est aussi des montées sacrément plus coriaces, et une rivière à traverser dans chaque nouvelle vallée. On franchit quelques gués, nous mouillant parfois bien proprement. Une fois, l’eau jusqu’au milieu de la cuisse, un vélo s’est mis à flotter sur les sacoches !

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La tragédie de pédaler vers l’ouest en Mongolie. Ce pays est très bien adapté pour appréhender la notion de vent. Qui souffle constamment. Les belles journées ensoleillées signifient vent de face. Journées épuisantes. Tandis que pluie, neige et chutes de température coïncident souvent avec vent du nord ou de l’est. On avance bien principalement les jours de mauvais temps.

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Dans.un restaurant pour se réchauffer un midi après Tsetserleg, on guette au loin, espérant se faire rattraper encore une fois par les australiens qu’on a croisé la veille. Et soudain sortant du brouillard, deux vélos arrivent. On s’attend à retrouver des visages familiers, mais ce n’est ni une famille ni des tandems qui viennent à notre rencontre : c’est un couple français en route pour l’Iran à travers l’Asie Centrale. Et ce ne sera qu’une question d’heure pour que les australiens nous rejoignent. Ça fait une jolie équipe sur la route ! On pédalera trois jours avec Claire et Jérôme.

 

Le vent tourne, on l’a dans le dos et on trace. Et bien sur, le ciel se couvre rapidement et on se retrouve à 18h à quelques km d’un col, piégés dans une belle tempête de neige. Les bourrasques sont ultra violentes et on plante les tentes en urgence au bord de la route. On est à 1900m d’altitude. L’occasion de se rendre compte que nos nouveaux compagnons de route français sont aussi fadas de coinches ! Coincés dans nos tentes par ce petit blizzard n’aura pas été finalement si désagréable. Et puis deux heures plus tard le ciel se découvre. Toutes les montagnes couvertes de neige avec une superbe lumière. La Mongolie ne laisse pas indifférent.

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On continue en direction de Tariat et du lac blanc. Le ciel reste bien couvert avec parfois quelques pluies. Vous l’aurez.compris, on a le vent dans le dos. Joli bivouac près des gorges du Chuulut.

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On arrive à Tariat dans un restaurant où on s’arrête pour midi. Pour 5000 tugrik (soit un peu plus de 2€), on trouve quasiment partout des “tchivanes”, plat très populaire à base de nouilles, parfois légumes, et une énorme quantité de viande. On avait d’ailleurs bien rigolé avec Mele, la mère de la famille australienne, qui est végétarienne. Être végétarien en Mongolie, c’est pas facile. Tunga une femme de Tariat vient discuter avec nous pour nous convaincre de rester quelques jours dans sa guest-house. Après négociations, on s’installe pour quelques jours chez elle.

Tchivanes-Mongolie

Volcan_KhorgoUul_Mongolie-3

On nous avait vanté la gentillesse et l’hospitalité des mongoles, mais finalement on n’aura pas rencontrer beaucoup de gens. Lorsqu’on demandait toilettes ou eau, on ne nous a jamais dit non. On échange quelques mots avec les curieux que l’on rencontre. On sera toujours bien accueilli si on souhaite rentrer dans une yourte, on se fera servir du thé et le feu sera rallumé. Mais on sent également assez fortement que les étrangers sont souvent perçus comme des portes feuilles en voyage. Dans les mini supermarchés, la caissière rajoute parfois à la note quelques tugrik. Dans les restaurants les tchivanes pourront coûter plus cher que le prix indiqué. La famille australienne demande presque tous les soirs aux yourtes s’ils peuvent camper à côté. S’ils ont rencontré des familles adorables, d’autres leurs ont demandé, après les avoir invités à dormir ou à manger, de payer des montants déraisonnables. Le tourisme en plein développement est une rentrée d’argent significative pour le pays.

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On reste la soirée dans la guesthouse. Pour la douche, il faut aller à celle du village. Les toilettes sont comme presque partout un trou plus ou moins rempli dans une cabane. La vie en Mongolie est simple, et dans un cadre exceptionnel. Tunga le soir fait elle même ses nouilles pour les tchivanes, de la farine de l’eau et du sel. Le tout pétrie, étalé, chauffé sur le poêle, et découpé avant d’être cuit dans l’eau. Le soir, le mari de Tunga avec plusieurs autres de ses amis immobilisent tout à tour trois chevaux à terre. Avec un couteau et deux batons, les animaux sont castrés à vif. Ces jeunes mâles dans l’insouciance de leur jeunesse se battaient entre eux pour des juments. Et avaient fini par séparer en différents groupes le troupeau. Les testicules seront recueillies dans un saladier pour être mangées crues ! Pour garder les propriétés de toutes les vitamines d’après ce qu’on comprend. C’est parait-il très bon pour la prostate. On nous en propose quelques morceaux, que l’on refuse poliement. On n’a pas de problème de prostate pour l’instant.

Et ça a été efficace, le lendemain, le troupeau reste bien ensemble.

Les français continuent à l’ouest en direction de la Chine et du Kazaksthan. On remontera nous dans les prochains jours au lac Hövsgol, au nord, avant de revenir à Oulan Bator. Mais des voix familières attirent notre attention un matin, la famille australienne de nouveau ! Le lendemain c’est l’anniversaire de Reine la plus jeune, qui va avoir cinq ans. On fait une chouette balade pour atteindre le sommet d’un volcan pas très loin. Le lendemain, on décide de partir deux jours en trek à cheval tous ensemble. On se familiarise petit à petit avec les montures, les trois enfants montant avec trois adultes. Superbe expérience de galoper dans ces espaces infinis. Jusqu’à ce que le drame finalement arrive…

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La passion du kebab…

Ferme dans le désert de Gobi en Mongolie

Ferme dans le désert de Gobi en Mongolie

À Erehnot lundi midi, on a retrouvé Mathieu (son blog : http://voyages-montagnes.blogspot.com/), un autre cyclo-voyageur français avec qui on était en contact grâce à warmshower. On décide de passer la frontière ensemble. Il faut savoir que ce poste frontière est embêtant pour les cyclistes, pour les marcheurs, les cavaliers… Bref pour passer ce no man’s land entre la Chine et la Mongolie, il faut être dans un véhicule motorisé. Imaginez sachant cela, une foule de jeeps et 4×4 attendant des passagers pour ces 3 inévitables kilomètres… Évidemment, pas de prix fixes, c’est un drôle de business. À la première jeep qui nous accoste, 3 personnes et 3 vélos chargés comme des mules, on n’hésite pas longtemps. Poste chinois, PAF ! tampon de sortie. Poste mongole et PAF ! tampon et bienvenue 🙂

Comme on a oublié l’idée de traverser le désert de Gobi, on va rejoindre la capitale en train. De Zamiin-Uud, 710 kms jusqu’à Oulan Bator. Une nuit en train au lieu d’une dizaine de jours à pédaler. Ici, les caractères chinois sont devenus du cyrillique, nostalgie des Balkans en automne dernier… On déchiffre quelques enseignes autour de la gare, mais une en particulier se détache et illumine nos regards. KEBAB, en grandes et belles lettres lisibles. Les estomacs ronronnent de plaisir, mais raison gardée il faut, on va d’abord s’occuper des billets de train. Départ a 18h15, on a nos couchettes pour une dizaine d’euros. Le train coûte aussi peu cher qu’en Inde… Pour les vélos, le wagon cargo les accepte sans emballage pour 6€ chacun. À ce prix, ils ont une couchette eux aussi éhéh.

Zamiin_Uud

Voilà, tout a été trop facile, les vélos sont dans le wagon, nos billets en poche, on a encore 1h à tuer. Logan ose la petite blague

"Ah, ça serait drôle que le train parte sans nous, avec les vélos !". 

Et devinez quoi ? On a mangé un kebab !! Ce kebab qui nous manquait tant… Le vendeur demande si on les veut emballer pour le train. On va les dévorer de suite, vous inquiétez pas. Il insiste en nous montrant le train du doigt. Pas besoin, vraiment. On s’assoit, à la gare, plein de concentration sur notre précieux sandwich. On est vraiment très concentrés. Mais Mathieu note tout de même que le train siffle le départ.

 Train-Mongolie

« — Non, c’est pas le départ, on a encore une heure.

— Attends, y’a pas un décalage horaire avec la Chine ? »

Un regard vers le train qui commence à bouger. On court !!!! Les portes sont fermées, on ne peut plus monter. Une employée de la gare arrive en courant et nous crie « TAXI ! ». On la suit en courant, sac au dos et kebab en main. Le chauffeur nous voit, on s’arrête, on négocie très vite le prix et on saute dedans. Il allume le moteur et la radio. Le son est aussi violent que sa conduite. Dérapage dans le sable, 130 km/h sur l’autoroute, on finit nos kebabs avec la peur de les voir ressortir… Conduite sportive de rigueur, on aperçoit le train ! On le dépasse ! La prochaine gare est là ! Et le chauffeur ralentit… Tout son cinéma de Didier Auriol juste pour nous faire stresser et nous faire arriver pile poil comme le train pour éviter d’attente à la gare et re-négociation du prix de la course sur ces 15 petits kilomètres… Avec cette erreur du taxi, on aurait pu mettre 3 vélos en plus dans le train.

Morale de l’histoire ? Oui, le kebab valait le coût 😉 

Train-Couchette-Mongolie

Dans le train, les hôtesses nous apportent du thé une fois assis sur nos lits. Après le train en Inde, pour nous, c’est le grand luxe ! Le wagon n’est pas rempli, il n’y a que 6 couchettes par compartiment et pas 8, les lits ont un matelas supplémentaires + des draps + des coussins !! Il y a de l’eau chaude à volonté et les toilettes ne sont pas seulement un trou. On profite tout de même un peu du paysage du Gobi. Une plaine de sable à perte de vue. On guette les chameaux à l’horizon, quelques yourtes, des troupeaux de chèvres, des chevaux… On est en Mongolie.

Après quelques temps dans les 2 pays les plus peuplés du monde, on débarque en Mongolie. Pour vous donner un ordre d’idée, il y a autant d’habitants ici qu’en Albanie et le pays fait 3 fois la superficie de la France. En Inde, il y a environ 329 habitants par km2. En Mongolie, à peine 2 hab/km2…

 Après une bonne nuit, on arrive par une fraiche matinée à Oulan Bator. Mathieu avait un contact qui accepte qu’on campe sur son terrain. C’est Froit, un hollandais qui nous accueille chaleureusement avec sa femme et sa petite fille dans sa maison. Ils exportent en France de chouettes yourtes en mélèze made in Mongolia, à bon entendeur. 

Les températures augmentent doucement l’après-midi, et il neige toute la journée le lendemain. En mai, le frisson de l’hiver après avoir eu la chaleur suffocante en Inde et le printemps en Chine.

Welcome in Mongolia !

Oulan Bator

Un, deux, trois… en chinois

Voici comment comptent les Chinois sur les doigts de leurs mains !

 

“Bêêê”

Mouton-Mongolie

Bon vent la Chine

Lea-Steppe-Chine

On passe deux nuits chez notre hôte couchsurfing à Xuanhua, le temps de se reposer et de nous laisser surprendre en se promenant dans cette ville. L’activité est importante le soir dans la rue principale piétonne. Des groupes tous âges confondus jouent avec un volant à se faire des passes avec le pied. Ce sport chinois se popularise un petit peu en Europe aussi, variante du badminton. En français, ce sport s’appelle Plumfoot.
Et puis entre les vendeurs de brochettes de calamars, de mouton, de porc ou de poulet, d’autres groupes dansent, chacun au son de sa musique. Les groupes de danse traditionnelle à coté des groupes d’aérobic, bougeant énergétiquement sur de la techno musclée. Le contraste est superbe. Et c’est la même activité fourmillante tous les soirs, en plein air, un festival quotidien.
L’enfant de notre hôte a 15 ans et prépare des examens. Sa mère veille particulièrement à ce que son travail soit assidu… Elle nous dit avec fierté qu’en rentrant au lycée, ses journées d’études commenceront à 6h et se termineront à 22h, avec seulement le dimanche après-midi de libre. Puis ce sera l’université. Elle espère qu’ensuite il travaillera pour le gouvernement ou pour une grande entreprise. La pression scolaire sur les enfants est vraiment importante. D’autant plus avec la politique de l’enfant unique.
Le matin on peut apercevoir des petits groupes faisant quelques exercices, ou bien pratiquant ce qui ressemble à du Qi Gong. On continue notre route jusqu’à Zhangjiakou.

Zhangjiakou-tai_chi_chuan-Chine

Dans cette grosse ville de quelques millions d’habitants, entourée de montagnes, on retrouve Yang Yijun, un warmshower qui se libère l’après-midi pour pédaler avec nous dans l’agglomération.
« – Vous avez besoin de faire réviser vos vélos ? »
« —ah, non non c’est bon, pas de problème tout va bien »
« —la marque c’est Cube ? Giant ? Hé je connais un magasin Giant. Ce sont des amis, venez. Pas d’argent, ne vous inquiétez pas. »
Sans trop comprendre ce qui nous arrive on se retrouve avec les vélos dans un atelier avec 4 employés se jetant sur nos montures.
« —excusez-moi, ce patin de frein est usé, vous me permettez de le changer ? »
« — ce câble est dans un sale état, je peux en mettre un nouveau ? ».
Les réglages sont ajustés, tout est proprement graissé. Les vélos ronronnent de plaisir.

Merci_Giant.ChineExtrêmement peu de gens peuvent parler anglais, mais à l’ère des smartphones (qu’absolument tout le monde a en Chine), les traducteurs en ligne nous sauvent. Ah la technologie !
Bien sûr, on n’utilise pas Google translate. Google est bloqué en Chine depuis un litige avec le gouvernement il y a plusieurs années. De même, Facebook et Youtube ne fonctionnent pas, ainsi que les sites over-blog, le quotidien en ligne Le Monde et de nombreuses autres pages internet. Le blog de Mélenchon, le Figaro, The Guardian et Marianne eux fonctionnent. Ainsi que notre site WordPress. Allez savoir pourquoi. Les comptes Gmail sont donc inaccessibles sans VPN, petit logiciel pirate pour contourner la censure.
L’équivalent de Google en Chine est Baidu. C’est notre nouvel ami, sans lui, notre communication se réduit à des onomatopées et à des mimes (on remarque d’ailleurs la sophistication croissante de nos mimes).
On visite la Grande Muraille de Zhangjiakou. Et oui, elle fait plusieurs milliers de kilomètres de long ! Mais cette partie est en très mauvais état, rien à voir avec le mur majestueux s’accrochant aux crêtes près de Beijing. Seule une petite portion est reconstruite, comme pour légitimer les magasins de souvenirs et le prix trop cher des bouteilles d’eau. Et Yang nous emmène dans un magasin qui vend des recharges de gaz pour notre réchaud ! Une toute petite enseigne outdoor. Héhé, fini les balbutiements avec le « réchaud » à alcool.
Deux routes sont possibles, une à l’ouest qui remonte tranquillement vers 1300m d’altitude, et une autre plus au nord qui débouche sur un plateau entre 1400m et 1500m. Direction le nord ! Vers Saihantalazhen
Ah les routes en Chine. Routes grand confort s’il vous plaît. En deux ans, le gouvernement en a fait construire plus de 300 000 kms ! Soit plus que le total des routes construites les 50 années précédentes.

Après 700m de dénivelé, rencontre avec un cyclo chinois qui va dans l’autre sens. Le tonnerre gronde, l’orage arrive. Juste le temps de se réfugier dans un restaurant le temps que ça passe. On patiente en regardant le petit journal, sans remarquer que nos voisins de table payent le repas pour nous…
Merci !? On a le vent dans le dos ! On avale les kms en fin de journée. On s’attendait à trouver de grandes prairies, mais le sud du plateau plus fertile est largement cultivé. Tout était vert à Zhangjiakou, les arbres étaient en fleurs dans la montée, mais ici les premiers bourgeons sont encore bien frileux. Même si la région est largement cultivée, il y a vraiment peu de gens qui y vivent. Il n’y a pas de fermes isolées comme dans les autres pays, ce sont des villages agricoles à moitiés désertés, séparés les uns des autres par plusieurs kms. On se trouve un petit coin de bivouac tranquille.

La prochaine ville est 70 kms plus loin, longue étape le matin sans vent avant la pause de midi. Un plaisir. On pédale avec des centaines de pies et de corbeaux qui nous encouragent. Des ombres bougent dans un pré. Ce sont des sortes de minis marmottes blanches !
Puis le ciel s’assombrit aux alentours de 11h. On sent les premières rafales. Des énormes colonnes de fumée s’élèvent. Ah ça bouge. C’est pas de la fumée, c’est du sable ! On passe un mauvais quart d’heure, puis le vent se calme et tout redevient normal.

Tout d’un coup les arbres sont en nombre beaucoup plus réduit, et les champs laissent place à de grands espaces dans lesquels se promènent des troupeaux. On quitte la province du Hebei pour entrer en Mongolie Intérieure ! Les panneaux sont maintenant à la fois en caractère chinois et en mongole. Avec l’alphabet historique de 33 lettres, mis au point au XIIIème siècle au temps de Gengis Khan. (Alors qu’en Mongolie, l’alphabet cyrillique est majoritairement utilisé. Héritage soviétique).

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Steppe-ChineUn peu éprouvés par l’épisode “grand vent” de la journée, et n’ayant pas pris de douche depuis plusieurs jours, on part à la recherche d’un hôtel. On demande conseils à des chinois que nous n’arrivons pas à comprendre. Oui, parce que on ne voit pas afficher « hôtel », tout est en caractères chinois. On nous balade à droite à gauche. On rencontre un gars qui semble prendre la situation en main. Il passe 15 coups de fil et a une sacré chouette dégaine de parrain. Sur son mini scooter électrique, on le suit se perdre dans des avenues avant de nous trouver fièrement un hôtel. Un peu cher. On accepte, mais en déchargeant nos affaires, un officier de police débarque, vociférant de partout. Seul un hôtel dans la ville est habilité à accueillir des étrangers. Notre parrain en scooter passe de nouveau 15 coups de fil, puis nous emmène dans ce fameux hôtel. Il nous fait patienter et fait venir un autre chinois qui sort d’une énorme voiture noire. Parrain on vous a dit. 🙂 Avec le copain traducteur Baidu, il nous dit d’attendre dans le hall, que tout va bien et que l’on va dormir ici cette nuit. L’hôtel a une entrée avec vitres en tourniquet. Ce qui est en général mauvais signe pour les prix. Dans le hall, d’énormes vases en porcelaine et des sculptures de dragons encadrent une statue en or imposante de Mao. Tout est luxueux. Ce qui est en général encore plus mauvais signe pour les prix. On attend donc, épuisés. Ne sachant pas qui ni quoi d’ailleurs. Puis un énième larron débarque une heure plus tard, imbibé d’alcool. C’est un officiel du gouvernement. On ne comprend pas trop mais tout s’arrange. On ne paye pas bien plus que dans une petite auberge de jeunesse. Et après 4h depuis le début de la recherche de l’hôtel, on s’écroule sur les matelas de la chambre.

Le lendemain, on essaye de redémarrer. À cause des hautes pressions de Sibérie, les vents viennent principalement du nord ouest pendant le printemps. Et notre route est exactement orienté nord ouest. Arf. On fait 5 kms et après une pointe à 8 km/h en descente, on s’effondre à l’abri dans une station essence. On rencontre Wang, une chouette femme qui accepte de maudire avec nous le vent et le printemps. Elle nous propose de dormir dans la “water house” la nuit, avec son mari, sachant qu’on ne pédalera plus aujourd’hui. “Water house” ? On imagine un château d’eau. Elle nous emmène à un puits quelques kms plus loin perdu dans la steppe.

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Un énorme travail de reforestation est organisé par le gouvernement pour lutter contre la désertification des terres. Et pour le coup ça fait 200 kms qu’on voit le long des routes des camions transporter des petits arbres, des pelleteuses creuser des trous pour que des travailleurs en plantent plusieurs dizaines de rangées.
Dans cette ville, les arbres ont été plantés sur plusieurs hectares tout autour, mais le climat est très sec, juste au sud du désert de Gobi. Il faut donc leur apporter de la flotte ! Travail titanesque. Des dizaines de camions viennent remplir leur citerne au puits, tous les jours du lever au coucher du soleil, pour arroser cette jeune forêt artificielle !

On essaye de continuer le lendemain. Le vent est calme en début de matinée, on commence à 7h. Bonne surprise, les éoliennes ont changé d’orientation ! Orientées N-O la veille, elles sont maintenant orientées S-E. Quand le vent se lève on l’a soit dans le dos soit sur le côté ! On avale les kms avec un régal sans nom. Les paysages sont grandioses, de vastes étendues de prairies plus ou moins sèches. Premier aperçu des steppes de Mongolie. Et même perdu dans la steppe, le gouvernement chinois arrive à mettre des caméras de surveillance…

Et puis le vent change d’avis. Et nous apporte ses parfums de Sibérie. Arf. Impossible de continuer. On fait du stop. Quelques voitures s’arrêtent, mais il faut faire rentrer les vélos aussi. On arrête finalement un bus qui accepte de prendre les vélos pour rejoindre Saihan Tal, 130 km plus loin. (Tricheurs, murmure Puffy).
L’horizon se bouche, le ciel devient ocre et des bourrasques soufflent sable et poussière dans les rues de la ville. On voit difficilement à 200m. Et ça dure tout le reste de la journée. Ah, c’est donc ça une tempête de sable ! Sacrément impressionnante. Ça se produit régulièrement au printemps d’après ce que l’on apprend. Elles continuent leur déplacement au sud est, se chargeant de produits polluants dans les bassins industriels chinois et atteignant Beijing, la Corée et le Japon.

On rencontre ZhangDandan et Zhaoming, qui nous proposent de diner ensemble et de nous offrir la nuit en hôtel. « – Faut pas planter la tente avec ce temps !  » Et de même seul un hôtel est habilité à accueillir les étrangers ici. En trois jours on aura donc passé une nuit dans un hôtel confort, puis une nuit sur une palette dans une cabane près d’un puits, puis de nouveau une nuit en hôtel confort. La demi mesure ? Connait pas. La statue de Gengis Khan remplace celle de Mao dans le hall cette fois.Saihan _tal-Amis-2-Chine
On se retrouve à 18h le soir pour aller manger ensemble. Dans la voiture :
« — Vous voulez un hamburger ? »,
on se retrouve à diner dans un fast-food. Ah non, on n’avait pas compris, c’est le repas avant l’autre repas. Le ventre plein, on se déplace dans un autre restaurant, plus typique. La bouffe est géniale, des dizaines de brochettes de mouton, de bœuf et d’articulations de poulet, des champignons et autres légumes remplissent la table. Chouette soirée avec nos bienfaiteurs. Catholiques, ils nous disent que c’était le destin. Le destin est un sacré chouette gars.

Saihan tal-Chine

Le lendemain, le vent ne faiblit pas. L’horizon est toujours jaune sable, on prend un autre bus pour Erenhot, ville frontière avec la Mongolie. Plusieurs dizaines de milliers de chinois vivent ici perdus au milieu de nulle part, dans le désert de Gobi. Hiver glacial, printemps et automne avec des tempêtes de sable et été avec une chaleur écrasante. Promis, on ne se plaindra plus du climat du Pilat !

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