Category: Novembre 2015

Épisode 6 : Euro 2016

Pour la première fois, l’Albanie s’est qualifié pour la coupe d’europe de foot. Les albanais nous rappellent avec insistance que la France s’est inclinée 1 à 0 en Albanie en match amical le 13 juin dernier. Puffy se sent particulièrement concerné. Il s’entraine avec assiduité, et pense bientôt envoyer son CV à Didier Deschamps pour remonter le niveau de l’équipe. Il promet de ne pas laisser trainer ses vidéos compromettantes.

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« Po po, yo yo »

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Après Shkoder, la ville albanaise réputée pour ses vélos, nous sommes partis dimanche dernier en direction d’Elbasan. Temps maussade mais c’est tout plat, on avance bien… Jusqu’à l’autoroute. À l’entrée, un panneau tout neuf, version européenne, interdit aux tracteurs, mobylettes et vélos de continuer sur cette route. Sauf qu’il n’y a pas d’autre route, celle-ci se transforme simplement en autoroute. On hésite. Quelques mètres avant, la police est là. De bonne foi, on va alors les interroger. On explique qu’on veut aller à Tirana. « C’est tout droit. » qu’on nous répond. À vrai dire on connait le chemin. On tente de faire comprendre notre problème mais ils persistent, ni à gauche, ni à droite, c’est bien tout droit. Avec la bénédiction des forces de l’ordre, on s’engage !

L’Albanie et la sécurité routière, une belle histoire. Les conducteurs et conductrices  mesurant moins d’1m50 et plus d’1m90 sont exemptés par la loi de mettre la ceinture de sécurité ! Nous avions rencontré Armir notre hôte à Shkoder alors qu’il achetait un casque de moto. Il avait rangé le casque dans sa moto et avait démarré. Suite à notre étonnement il nous avait répondu « ah ah, le casque ? C’est pour la pluie. » 

Nous étonnant d’une enseigne Dominos Pizzas à Shkoder, Armir nous dit en riant: « ah non non, c’est pas la chaine en France, c’est un copain qui a vu ça sur internet et ça lui a plu ». On verra également une boulangerie « mc donald » 🙂

En parlant de pluie, on a été sacrément chanceux d’avoir plus de deux mois de soleil pendant le voyage, en oubliant la Slovénie. Hé hé, il fallait bien qu’à un moment donné, ça change ! Les chaussettes qui barbotent dans les chaussures humides pendant la journée font preuve de beaucoup d’agressivité le soir.

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En sortant de l’autoroute, on cherche un coin tranquille pour planter la tente, on se trouve dans une sorte de banlieue résidentielle. On questionne une mère et sa fille qui parlent anglais. On peut s’installer dans la maison en chantier juste derrière, le propriétaire étant de la famille. Après avoir nettoyé une partie du sol pour s’installer, la mère et la fille, ainsi que le père, reviennent et nous propose de dormir dans leur ancien appartement, dessus le restaurant de leur station essence, à deux pas de là. Les stations essences sont une autre curiosité en Albanie. Il y en a de partout, de toutes les formes, de toutes les couleurs, et elles ne portent pas les enseignes des grandes compagnies pétrolières comme dans les autres pays, BP, Total, etc… Elles portent le nom choisi par leur propriétaire. Puffy prend des notes pour la rédaction de son « Petit traité sur l’immensité de la diversité des stations essences albanaises » – On s’émerveille des activités passionnantes auxquelles se livre notre cher compagnon – On se  retrouve finalement à dormir dans la station essence familiale Bakalli Oil. 

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Le lendemain, deux choix s’offrent à nous pour arriver à Elbasan le soir même, pour aller chez un couchsurfer. Une route 40km plus longue mais absolument plate longeant un moment la mer, et une autre passant par la capitale Tirana, et grimpant ensuite sur une crête montagneuse à 800m d’altitude. Puffy nous invective violemment: – « hé ho, les fiottes, ne me dites pas que c’te petite montée vous fait faire dans votre froc ? » Puffy devient de plus en plus grossier. Nous voilà partis pour Tirana…

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L’anecdote : après une pause repas dans la capitale, on repart. Bien sûr, la montée est déjà là. Trois kms plus loin, Logan panique, STOOP ! Le précieux smartphone n’est plus à sa place, dans la sacoche guidon de Logan. Il fouille ses poches, c’est lui qui l’a rangé après manger. Non, la boulette ! Il l’aurait oublié sur la table ?! Il redescend comme une flèche au fast-food. Au même moment, j’ouvre ma sacoche guidon. Seconde de flottement quand je vois le précieux objet posé à l’intérieur. Consternée, je rejoins Logan, vois son vélo devant le resto et l’attends. Logan est à l’intérieur en train de regarder la vidéo des caméras de surveillance avec le gérant. Inquiet, après plusieurs visionnages à se regarder faire des aller-retours entre la table et le vélo, sans discerner grand chose de cette vidéo floue, il me rejoint « Tu te rappelles vraiment pas où tu l’aurais rangé ? » Puffy se moque un peu dans son coin. Tout est bien qui finit bien.

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Tirana héberge 1 million d’habitants, soit 1/3 de la population albanaise. Impressionnante. On se presse dans la montée pour arriver à Elbasan avant la nuit. On a eu des cols, mais pas encore de crête. Le panorama est bien chouette.

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Ilir nous accueille chez ses parents avec un plat traditionnel, yaourt beurre et viande le tout cuit au four. Superbe. On découvre pendant deux jours la ville. 

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De grosses peluches sont suspendues sur certains bâtiments en construction. Il s’agit d’une vieille habitude pour éloigner le mauvais œil. Puffy en a froid dans le dos.

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Malgré la pluie nous repartons en direction de la Grèce. Quelques centaines de kms encore en montagne, puis ce sera la côte méditerranéenne jusqu’à Istanbul. Les stations essences sont toujours aussi nombreuses, et c’est autant de wc pour les cyclo-voyageurs hé hé. 

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Nous dormons en tente chez une famille, de manière générale les enfants parlent plutôt bien anglais. Le lendemain c’est l’oncle d’un ami à Ilir qui nous met une maison à disposition, dans un petit village. Le maïs est entreposé dans les différentes pièces. Il faut demander à Léa pourquoi nous avons dormi dans une tente dans une maison…

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Les albanais que nous rencontrons sont particulièrement accueillants, nous offrant café, lait encore chaud, fromage et pain. Sur les chaines d’information, on entend parler en boucle des évènements à Paris. Toute l’Albanie est au courant. Le radicalisme est apparemment une menace potentiellement dangereuse dans ce pays. Certains font remarquer avec cynisme qu’un évènement similaire ici n’aurait suscité que peu de solidarité internationale. Et c’est probablement vrai. Les inégalités à l’intérieur du pays semblent pour des observateurs comme nous assez importantes. Les voitures sont pour la plupart de grosses Mercedes, des 4×4 etc… toujours propres, avec la multitude de lavages auto le long des routes. La corruption est particulièrement importante, et ce n’est pas extraordinaire qu’un professeur demande quelques billets pour valider l’année universitaire. Les emplois sont très peu nombreux, la majorité des jeunes passent leurs journées dans des cafés, contractant parfois des dettes pour avoir un smartphone, et ceux qui veulent travailler sont très peu payés. Pour être enseignant titulaire, il faut travailler au préalable un an gratuitement -pour l’expérience leur dit-on. Clément travaille dans une station essence pour un patron pour 140€ par mois. Il travaille 24h, puis revient chez lui 24h, puis retravaille 24h, sans jours fériés ni congés. Il doit payer les études de son fils à la capitale. S’il refuse ce travail, un autre l’acceptera. Les habitants sont admirablement hospitaliers, mais ils sont également résignés, n’attendant pas de changements de la part du gouvernement, encourageant leurs enfants à aller en Allemagne, en France ou aux USA. Le communisme avait empêché tout rassemblement et soulèvement populaire, et encore aujourd’hui les contestations se font très peu entendre. La garde nationale avait tiré sur des manifestants pacifiques en 2011 à Tirane,  3 morts. De nombreux hôtes déplorent les clichés que subissent les albanais à l’étranger, et bien sur les trafics sont une partie de la réalité du pays, mais ils ne concernent qu’une fraction très réduite de la population. L’immense majorité des habitants reste en dehors de ce business et vit de peu. L’Albanie ne nous laisse pas indifférents.

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On a appris 2 mots en albanais. Po: oui & Jo (prononcé yo): non. On a bien essayé d’en apprendre plus mais rien que merci, c’est « falaminderit ». On s’en tient à « po po, yo yo ».

Comme le rappel google aujourd’hui, c’est la fête nationale albanaise, jour de l’indépendance du pays. On vous salue de Pogradec !

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Curieuse Albanie

Arrivés à Berane, nous retrouvons des connaissances de Léa. Admir nous propose de l’accompagner chez ses grands parents qui vivent dans une petite ferme, perdue dans les montagnes. Nous apprenons à faire les bureks, plat typique des balkans. Une pâte à pain étalée ultra finement qu’on enroule autour d’une garniture, beaucoup d’huile et de beurre parce que ça n’a jamais fait de mal à personne, et au four jusqu’à ce que ce soit parfaitement doré. On adore les balkans.

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On rend visite au Klub Ami oú les nouveaux volontaires français et Dušica donnent des cours de français et des ateliers culturels pour les enfants de Berane. Ca faisait quelque temps qu’on avait pas parlé autre chose que l’anglais, c’est pas désagréable.

Mercredi, nous partons en direction de l’Albanie. On avait le choix entre plusieurs itinéraires. La route par Podgorica, splendide, elle passe par le canyon de la Moraca. On est tenté, mais on la sait très étroite et assez fréquentée, avec moult tunnels. Vaccinés par la Bosnie comme vous l’avez compris, on choisit l’itinéraire bis, en remontant la vallée du Lim jusqu’à la frontière albanaise. Cette route bis nous attire d’autant plus quand on nous apprend que c’est une piste ! Peu empruntée, avec 2 jolis cols à 1350 et 700m d’altitude. On entre dans les alpes albanaises. Les gardes frontière nous regardent amusés. 

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L’asphalte disparaît, et les bunkers apparaissent. Le pays a été pendant plusieurs décennies l’un des plus fermé au monde, et il faudra attendre 1991 pour que les frontières soient ouvertes de nouveau, avec la chute du régime communiste. 

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Le premier soir, après avoir planté la tente au bord de la piste vers 1250m d’altitude, épuisés, un enfant vient nous chercher, baraguinant un peu d’anglais. « Not possible to sleep here. Wolf. Guns to shoot cats. Dangerous. Come with me. Camping, hotel. » On ne comprend pas grand chose, mais on décide de le suivre, un peu méfiants. Le père sort le rakija, seul mot que nous arrivons à comprendre en albanais. Ce mot est international. La langue du pays n’a pas de racines communes avec les langues latines, germanophones et slaves, la communication est sacrément ardue. La maison est très modeste, il faut 1h au fils pour aller à l’école, la jeune fille de 18 ans est déja mariée. La famille semble vivre en quasi autarcie. Nous mangeons, et dormons au chaud à l’intérieur avec un bon quintal de couvertures. Le lendemain matin : « it is fifteen euros per person ». Après une demie heure d’argumentations et de protestations, on se résigne finalement à payer et partons avec un goût amer dans la bouche.

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Jeudi soir, une femme à qui nous demandons de l’eau nous propose de dormir chez elle et son mari. Le langage des mains et les dessins sont les seuls moyens pour se comprendre. Ils appellent leur fils qui étudie en ville et qui parle anglais, pour quelques traductions. Face à l’expérience de la nuit précédente, nous lui demandons si ses parents attendent quelque chose en retour. Il nous dit alors qu’ils hébergent souvent des touristes, qu’ils aiment rencontrer, et qu’il n’est pas question de ça. On reste un peu perplexes, presque dépassés par ces évènements.

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D’autant plus que la route n’a pas manqué de nous surprendre non plus. Entre ces deux villages, ces deux maisons, la piste est remplacée à Tamarë au fond d’une profonde vallée par une magnifique route goudronnée. Ce goudron a été comme un retour à notre époque. Après 20 kms de cailloux éprouvant en descente, on passe à la montée en lacets asphaltée, psychologiquement aggressive. Morale : que tu descendes une piste ou que tu grimpes un col, ton vélo ira aussi vite.

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Vendredi, à Shkoder, on achète de nouveaux patins de freins. Il était temps, les vélos les attendaient depuis la Croatie, et le dénivelé des derniers jours ne les a pas aidés ! Un client dans le magasin nous entendant parler français, engage la conversation. Armir à 33 ans et a longtemps vécu à Genève. Nous parlant de la pluie prévue pour les jours suivants, il nous propose de dormir dans un de ses appartements, qu’il n’utilise pas. « Vous savez, les français m’ont tellement aidé. Les albanais font toujours l’objet de préjugés. C’est la première fois que je propose ça. Suivez moi. » On se retrouve avec les clefs d’un appartement en plein centre ville, un peu interloqués. Curieuse Albanie.

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On cherche à comprendre un peu mieux les lieux, en fouillant dans l’histoire de ce pays qu’on connait très peu. Le pays a connu 5 siècles de domination ottomane jusqu’au début du 20ème siècle. Toute la régions plonge ensuite dans les guerres balkaniques, juste avant la première guerre mondial. L’Albanie est aujourd’hui considéré comme un pays en développement, l’isolement des quarante années de communisme après la seconde guerre mondiale n’y étant pas pour rien. Près de la moitié de la population vit de l’agriculture, qui est, dans la majorité des cas, vivrière. L’arrivée du tourisme depuis quelques années est un changement radical. 

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De surprenant, il y a encore les bunkers. Les bunkers sont partout. Entre les années 50 et 80, 700 000 ont été construits ! (Le pays dépasse aujourd’hui légèrement les 3 millions d’habitants, ça fait un bunker pour 4 personnes). On en trouve dans les champs. On en croise même un transformé en salon de tatouages.

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Et l’arrivée dans Shkoder est encore une surprise supplémentaire. Une fascinante anarchie règne dans la ville. Les vélos sont partout. On vend chaussures, choux, poules et montres dans les rues, et poussettes, bicyclettes, tricycles, solex, motos, camions, charettes tirés par chevaux et voitures se disputent la route. La ville a des airs d’Inde. Pas un seul feu rouge pour une ville de plusieurs centaines de milliers d’habitants. Un gars se promène avec un ours en laisse ! Curieuse Albanie.

Épisode 5 : Puffy murmure à l’oreille des moutons.

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Montenegro : Berane, nous revoilà !

On profite de plusieurs jours à Sarajevo pour remettre nos jambes d’aplomb. L’accueil que nous recevons de la part de Dado et d’Eldar est formidable. Nous resterons 5 nuits finalement ; nous nous baladons, bouquinons, cuisinons, lavons notre linge (enfin!), buvons des cafés, mangeons, nous nous re-baladons, et re-buvons des cafés. Avant de reprendre un autre bouquin. Nos hôtes nous amènent lundi soir dans un vieux cinéma réaménagé. Quand d’habitude l’enthousiasme est à sa pointe le week-end, c’est lundi la nuit des folies à Sarajevo. On se laisse charmer par cette ville, toujours plongée dans une petite brume. Une chouette dimension orientale se dégage du vieux quartier ottoman, avec les bars à Narguile et les petites échoppes aux airs de bazar. En s’éloignant un petit peu du centre vers les collines, Sarajevo à des airs de grand village. Les petites maisons individuelles s’agencent chaotiquement les unes sur les autres, et quelques chèvres se promènent sur des petits coins de verdure. Et les grenades que nous trouvons du sud du pays jusqu’à la capitales sont délicieuses.

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Cette pause nous a fait du bien, et nous revoilà de nouveau sur nos selles, tout frais, pour en découdre avec les montagnes. Et nous qui pensions en avoir fini avec les tunnels, nous voilà servis. Et particulièrement bien. Stambolčić est notre plus gros bébé, avec 954m, dont 200 au milieu qu’ils ont oublié d’éclairer..

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Nous choisissons une plus petite route pour nous faire gagner une quinzaine de kilomètres, et nous arrivons tout étonnés sur une piste de 20km. Nous nous rejouissions des panneaux : limitation de vitesse à 30 km/h, et interdiction aux poids lourds : -« C’était donc pour ça ! ». Et pas n’importe quelle piste, une jolie piste dans une étroite gorge, et avec 6 ou 7 km de tunnels en cumulé ! (sans exagération). Nous faisons l’élection de mister tunnel. Bien sur, aucun d’eux ne sont éclairés. Dans la catégorie poids lourds, les tunnels ont des feux tricolores à l’entrée (ce qui, vous l’avez compris, est mauvaise signe pour la longueur). Débranchés évidemment. Nous nous émerveillons de ce tronçon qui a dû demander tant d’énergie pour être construit. Amis cyclotouristes, n’oubliez pas vos frontales en Bosnie !

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Des cheveux blancs ont poussés sur la tête de Puffy.

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Nous n’aurons croisé qu’une voiture et des ouvriers forestiers, franchement amusés de nous voir passer.

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Le pays est absolument magnifique, le plus beau que nous ayons visité pour l’instant. Les montagnes sont partout, et les villages que nous croisons nous semblent incroyablement isolés. Un vieux fermier un soir nous apporte du café chaud, et une petite bouteille de rakjia. Contre le froid. Le soleil est passé d’un 35 heures par semaine à un petit mi-temps. Ce n’est en effet que vers 12h que le brouillard matinal se dissipe enfin.

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Un soir, après un dernier tunnel dans une montée, nous arrivons dans un minuscule hameau. Nous demandons l’autorisation de planter la tente, et après avoir essuyés deux échecs, un couple de retraités nous désigne du doigt la mosquée. Nous ne comprenons pas tout de suite. Ils nous accompagnent alors pour nous ouvrir la porte du lieu religieux, flambant neuf, en répétant face à nos visages intrigués « nema problema ». C’est donc dans une mosquée que nous avons dormis cette nuit-là. Et très bien dormis d’ailleurs.

Chose très curieuse, le smartphone indiquait 39% de batterie le soir même. Le lendemain, en le rallumant, il indiquait 97%, alors que nous ne l’avions pas rechargé… Puffy crie au miracle. Le mystère reste entier. P1100177

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Les déchets jonchent bien souvent le sol, et nous croisons plusieurs décharges à ciel ouvert. Nous remontons la rivière Lim de la Bosnie jusqu’à Berane au Montenegro, ville dans laquelle Léa a vécu l’année dernière, dans le cadre d’un service volontaire européen. Les paysages s’enchainent, magnifiques, et nous traversons tour à tour de larges vallées et d’étroites gorges.

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Et arrivant à destination, nous entendons parler aux informations serbes des attentats de Paris…

Bosnie : on ne voit pas le bout du tunnel

Arrivés à Mostar en début de semaine, on se repose quelques jours. Nos 2000 kms depuis le départ méritent bien une petite étape. Le pont et la vieille ville sont assaillis de touristes toute l’année. Red Bull a organisé cet été une grande compétition de plongeons de 27m, sur le célèbre pont datant du XVIème siècle, construit pendant la période ottomane. Enfin, reconstruction de 2004 par l’Unesco, puisqu’il a été détruit, tout comme une grande partie de la ville, pendant le conflit des années 90…

On flâne innocemment, observant les façades récemment rénovées qui côtoient les bâtiments en ruines et les murs encore marqués par les tirs de la guerre.

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Du haut d’une montagne voisine, une croix perchée nous fait de l’œil. À 400m d’altitude, nos pieds décident que c’est possible et on prend la route… Jusqu’au moment où, tout près du but, après 1h de marche, on entend une voiture. On échange un regard et on lève le pouce. Et le dernier kilomètre sera motorisé ! Le stop c’est de chouettes rencontres et après avoir profité de la vue, on va boire un verre avec notre conductrice. Institutrice à Mostar, elle nous raconte comment la ville fonctionne, notamment la rivalité entre rive Est, côté musulman et la rive Ouest, côté croate, catholique. La mairie de Mostar alterne les mandats des maires, avec un maire croate et un maire musulman. Mais ne réussissant pas à se mettre d’accord, il est déjà arrivé que la ville vive plusieurs mois sans maire…

La marque que la guerre a laissé nous rend curieux et on s’intéresse un peu plus à la Bosnie Herzégovine, à l’ex-Yougoslavie et au conflit. À l’échelle nationale, trois présidents sont à la tête du pays, un serbe, un croate et un bosniaque. Trois différentes cultures composent ce pays. Églises catholiques, églises orthodoxes et mosquées se côtoient dans la plupart des villes. Avant la première guerre mondiale, l’empire Austro-hongrois dominait la région, succédant à l’empire Ottoman. Après la seconde guerre mondiale, le régime autoritaire socialiste de la Yougoslavie sous Tito étouffait tous les mouvements nationalistes, et jusqu’à la fin des années 80 l’harmonie régnait entre les différents peuples. La mort de Tito accélère la montée du nationalisme dans les anciennes républiques de Yougoslavie que le pouvoir centralisé contenait. Cela conduit à l’éclatement de la fédération, et à une terrible guerre avec purifications ethniques. Le bilan est lourd, surtout pour la Bosnie qui rassemblait les trois religions.

De nombreuses personnes nous ont mis en garde contre certaines zones qui pourraient être encore minées. Des accidents se produisent de temps en temps. Récemment un feu de forêt près de Mostar à conduit à plusieurs explosions des.mines restantes… On va éviter de sortit des sentiers.Croix mostar

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Une fois repus de sommeil, on reprend la route en direction de Sarajevo, longeant la rivière Neretva dans un superbe canyon. À la fin de la journée, on s’accorde sur le fait que c’est la plus belle route qu’on ait pris jusqu’à maintenant. Mais aussi la moins rassurante ! La route n’avait pas vraiment de place sur le côté, elle était entourée par la montagne et la rivière. Et bien sûr, nous ne sommes pas seuls à l’emprunter. Les voitures préfèrent utiliser le klaxon aux clignotants. Les camions aussi d’ailleurs. On ne rivalise pas avec nos sonnettes. M’enfin, tant pis, c’est trop beau pour qu’on n’en profite pas. Et Puffy garde un œil dans le rétro pour nous prévenir des camions.

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Qui dit montagnes, dit tunnel ! Ô joie. Tantôt long de 800m, tantôt de 20m ; tantôt lumière il y a, tantôt elle s’éteint sur notre passage, tantôt il n’y en a pas du tout ; tantôt il y a des trottoirs, tantôt ces trottoirs ont des trous, des marches et des bouts de ferrailles qui dépassent… Tantôt ils montent, tantôt ils descendent. Tantôt humides, tantôt trempés. Tantôt il n’y a personne, tantôt c’est 4 camions qui s’engouffrent et klaxonnent. Le tunnel entier se met alors à vibrer et on vit l’apocalypse en direct.

Et tantôt Logan s’arrête en plein milieu pour prendre une photo.

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P1090794Oui oui, ce blog est fait pour rassurer nos familles. 🙂

Après cette belle journée en chemin pour la capitale, on passe la nuit dans un jardin, où le chien, terrorisé par cette intrusion, nous aboiera dessus et ce jusqu’à épuisement. Logan en a eu le hoquet… Pendant un instant, c’était un duo de « ouaf » et « hic ». Puffy a bien ri. Au matin, dès qu’on sort de la tente, le chien recommence.

Toujours des tunnels et un beau dénivelé positif nous attendent. Après une trentaine de kilomètres et avant d’attaquer la montée, on se pose pour casser la croûte. Attention, on vous promet qu’on n’invente rien, et qu’on n’a pas fait de stop. Un 4×4 s’arrête et demande « Hi. Where are you from ? » rapidement suivi de « ah mais vous êtes français ! ». Kevin va justement lui aussi à Sarajevo et connaissant la montée qui nous attend, il se propose de nous emmener. La fierté de faire toute la route à vélo ne nous a pas retenu très longtemps.

On a été efficaces. Dado, connu par warmshower, nous accueille dans la foulée dans son appartement. Il a lui-même pas mal roulé à vélo, jusqu’au Maroc ou en Ouzbékistan, on parle voyage autour de ses photos. Guide touristique, il travaille ce week-end et sera donc absent. « No problem ! », il nous laisse les clés et nous dit à dimanche soir.

Ah ! et à l’occasion des 2000 kms parcourus, on a mis à jour cette page : http://www.puffy-en-voyage.com/aspects-pratiques/le-materiel/ on vous dit tout.

La côte Adriatique n’est pas de tout repos

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Après nous être reposés une petite semaine, nous voila repartis en vélo le long du littoral pour rejoindre Mostar en Bosnie Herzégovine, notre prochaine étape, quelques centaines de kilomètres plus loin. Les fessiers s’adaptent beaucoup trop rapidement au confort de ne pas avoir à passer 5 ou 6 heures sur une selle de vélo, et les cuisses de ne pas avoir une bonne vingtaine de kilos sur les portes bagages. Nous essuyons d’importants mouvements de protestations au sein de nos organismes, de nouveau sur les routes. Nous nous rappellerons notamment de cette puissante manifestation qui nous a échouée sur une plage paradisiaque après seulement 30 kms. Une après-midi à remettre les chakras en place. Après une interminable discussion avec la délégation syndicale de nos mollets, supervisée par un observateur objectif : Puffy, nous arrivons finalement à un compromis tripartite, et pouvons reprendre nos vélos, les tensions apaisées. Dorénavant nos mollets auront leurs mots à dire sur le choix de l’itinéraire, en revanche ils ne devront pas encourager les journées oisives improvisées.

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La côte Adriatique est ensoleillée, avec de superbes montagnes et une eau turquoise transparente, mais comme le dit si bien Puffy, il y a quand même plein de « foutues montées ». Le temps est remarquablement chouette, pas trop chaud, pas trop froid, et avec une superbe lumière. Une soirée bien ventée nous laissait présager le pire pour le lendemain, et en effet, il a flotté sévère ce mercredi 28 octobre, qui restera longtemps dans nos mémoires. Mais le mauvais temps sur le littoral a la courtoisie de ne faire que passer, contrairement au mauvais temps en Slovénie qui manifestement abuse grossièrement de l’hospitalité de son hôte, en s’attardant une bonne semaine.

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Omiš, ville croate

Nous rencontrons Nina et Kristijan un peu après Split, avec leurs deux filles, qui nous invitent à passer la nuit chez eux. Super rencontre. Nous leur partageons notre regret de voir certaines parties du littoral se bétonner anarchiquement et devenir d´énorme business touristique, et de constater que les terrasses sur les contreforts rocheux de la côte, autrefois cultivées, sont bien souvent délaissées ou mal entretenues. Ils nous parlent alors de la détérioration des conditions de vie depuis les années 2000 dans ces pays. Le chômage est très élevé, l’industrie et l’agriculture s’effondrent face à la concurrence internationale. Les salaires permettent seulement de vivre pour les chanceux qui ont du travail. La vie ici est rude, mais nous sommes touchés par leur générosité et leur joie de vivre et repartons le lendemain, reconnaissant et plein d’humilité.

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Les paysages tout à coup changent, et nous nous retrouvons à remonter une large vallée en direction de la Bosnie. La route devient plate contre toute attente. Après le poste frontière, une Bosnienne (habitante de Bosnie, à ne pas confondre avec Bosniaque, qui est un groupe ethnique), insiste pour nous donner ses mandarines, qui étaient absolument formidables, légérement citronnées.

Nous retrouvons une mante religieuse dans la tente ! Ou plutôt deux en deux jours précisément. Une un soir, l’autre le matin au réveil, que préférez-vous ? Puffy a tenté de chaffouiner un petit peu, mais on l’a refroidit en lui rappelant le sort de l’amant après les relations charnelles… Puffy est à croquer.

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Nous rencontrons Milovan et sa femme un peu avant Mostar et chez qui nous dormons. Un couple de retraités qui ont fuit leur pays pendant la guerre. Ils parlent avec nostalgie de Tito et de la fraternité des différents peuples yougoslaves entre deux verres de rakija maison, gnole faite ici à partir de raisin. Le pays a été détruit pendant le conflit et tout a été à reconstruire. Leur pension de retraite est ridicule, et ils doivent se débrouiller avec leurs légumes, leurs poules, leurs deux cochons et leur vache. Ils nous accueillent le lendemain matin avec un verre de rakija et une tasse de café. Nous repartons en direction de Mostar un peu plus tard, un peu moins efficace que d’habitude…

Nous avons quitté la mer. Nous sommes encore à basse altitude mais surprise ! Nous avons eu droit au givre matinal ! Bienvenue en Bosnie au mois de novembre !

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Épisode 4 : Puffy drague

La côte Adriatique rend notre macareux tout chose. Il se met à marcher, songeur, sur la plage à chaque coucher de soleil. Il attend, semble-t-il quelque chose. Au détour d’une barque, au court d’une de ses paisibles promenades dans le sable, le regard de Puffy s’immobilisa. Leurs yeux de plastique se croisèrent et une étincelle s’échappa de cet instant. Premier coup de coeur pour notre oiseau qui s’amourache d’une fourrure rose fluo. On ravale nos commentaires railleurs et on les laisse dans leur romance…

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