Curieuse Albanie

Arrivés à Berane, nous retrouvons des connaissances de Léa. Admir nous propose de l’accompagner chez ses grands parents qui vivent dans une petite ferme, perdue dans les montagnes. Nous apprenons à faire les bureks, plat typique des balkans. Une pâte à pain étalée ultra finement qu’on enroule autour d’une garniture, beaucoup d’huile et de beurre parce que ça n’a jamais fait de mal à personne, et au four jusqu’à ce que ce soit parfaitement doré. On adore les balkans.

P1100264

On rend visite au Klub Ami oú les nouveaux volontaires français et Dušica donnent des cours de français et des ateliers culturels pour les enfants de Berane. Ca faisait quelque temps qu’on avait pas parlé autre chose que l’anglais, c’est pas désagréable.

Mercredi, nous partons en direction de l’Albanie. On avait le choix entre plusieurs itinéraires. La route par Podgorica, splendide, elle passe par le canyon de la Moraca. On est tenté, mais on la sait très étroite et assez fréquentée, avec moult tunnels. Vaccinés par la Bosnie comme vous l’avez compris, on choisit l’itinéraire bis, en remontant la vallée du Lim jusqu’à la frontière albanaise. Cette route bis nous attire d’autant plus quand on nous apprend que c’est une piste ! Peu empruntée, avec 2 jolis cols à 1350 et 700m d’altitude. On entre dans les alpes albanaises. Les gardes frontière nous regardent amusés. 

P1100349

L’asphalte disparaît, et les bunkers apparaissent. Le pays a été pendant plusieurs décennies l’un des plus fermé au monde, et il faudra attendre 1991 pour que les frontières soient ouvertes de nouveau, avec la chute du régime communiste. 

P1100374

P1100400

P1100456

Le premier soir, après avoir planté la tente au bord de la piste vers 1250m d’altitude, épuisés, un enfant vient nous chercher, baraguinant un peu d’anglais. « Not possible to sleep here. Wolf. Guns to shoot cats. Dangerous. Come with me. Camping, hotel. » On ne comprend pas grand chose, mais on décide de le suivre, un peu méfiants. Le père sort le rakija, seul mot que nous arrivons à comprendre en albanais. Ce mot est international. La langue du pays n’a pas de racines communes avec les langues latines, germanophones et slaves, la communication est sacrément ardue. La maison est très modeste, il faut 1h au fils pour aller à l’école, la jeune fille de 18 ans est déja mariée. La famille semble vivre en quasi autarcie. Nous mangeons, et dormons au chaud à l’intérieur avec un bon quintal de couvertures. Le lendemain matin : « it is fifteen euros per person ». Après une demie heure d’argumentations et de protestations, on se résigne finalement à payer et partons avec un goût amer dans la bouche.

P1100425

P1100466

Jeudi soir, une femme à qui nous demandons de l’eau nous propose de dormir chez elle et son mari. Le langage des mains et les dessins sont les seuls moyens pour se comprendre. Ils appellent leur fils qui étudie en ville et qui parle anglais, pour quelques traductions. Face à l’expérience de la nuit précédente, nous lui demandons si ses parents attendent quelque chose en retour. Il nous dit alors qu’ils hébergent souvent des touristes, qu’ils aiment rencontrer, et qu’il n’est pas question de ça. On reste un peu perplexes, presque dépassés par ces évènements.

P1100493

D’autant plus que la route n’a pas manqué de nous surprendre non plus. Entre ces deux villages, ces deux maisons, la piste est remplacée à Tamarë au fond d’une profonde vallée par une magnifique route goudronnée. Ce goudron a été comme un retour à notre époque. Après 20 kms de cailloux éprouvant en descente, on passe à la montée en lacets asphaltée, psychologiquement aggressive. Morale : que tu descendes une piste ou que tu grimpes un col, ton vélo ira aussi vite.

P1100479

P1100429

Vendredi, à Shkoder, on achète de nouveaux patins de freins. Il était temps, les vélos les attendaient depuis la Croatie, et le dénivelé des derniers jours ne les a pas aidés ! Un client dans le magasin nous entendant parler français, engage la conversation. Armir à 33 ans et a longtemps vécu à Genève. Nous parlant de la pluie prévue pour les jours suivants, il nous propose de dormir dans un de ses appartements, qu’il n’utilise pas. « Vous savez, les français m’ont tellement aidé. Les albanais font toujours l’objet de préjugés. C’est la première fois que je propose ça. Suivez moi. » On se retrouve avec les clefs d’un appartement en plein centre ville, un peu interloqués. Curieuse Albanie.

P1100525

On cherche à comprendre un peu mieux les lieux, en fouillant dans l’histoire de ce pays qu’on connait très peu. Le pays a connu 5 siècles de domination ottomane jusqu’au début du 20ème siècle. Toute la régions plonge ensuite dans les guerres balkaniques, juste avant la première guerre mondial. L’Albanie est aujourd’hui considéré comme un pays en développement, l’isolement des quarante années de communisme après la seconde guerre mondiale n’y étant pas pour rien. Près de la moitié de la population vit de l’agriculture, qui est, dans la majorité des cas, vivrière. L’arrivée du tourisme depuis quelques années est un changement radical. 

P1100505

De surprenant, il y a encore les bunkers. Les bunkers sont partout. Entre les années 50 et 80, 700 000 ont été construits ! (Le pays dépasse aujourd’hui légèrement les 3 millions d’habitants, ça fait un bunker pour 4 personnes). On en trouve dans les champs. On en croise même un transformé en salon de tatouages.

P1100501

P1100498

Et l’arrivée dans Shkoder est encore une surprise supplémentaire. Une fascinante anarchie règne dans la ville. Les vélos sont partout. On vend chaussures, choux, poules et montres dans les rues, et poussettes, bicyclettes, tricycles, solex, motos, camions, charettes tirés par chevaux et voitures se disputent la route. La ville a des airs d’Inde. Pas un seul feu rouge pour une ville de plusieurs centaines de milliers d’habitants. Un gars se promène avec un ours en laisse ! Curieuse Albanie.

2 Comments

  1. Je confirme pour le beurre, ça n’a jamais fait de mal à personne. (A condition de le saler !)
    Ça à l’air bien fou l’Albanie. Continuez comme ça, je pense souvent à vous, et ça me fait rêver quand je lis vos histoires !

  2. Continuez a nous raconter votre beau voyage, c’est bien agréable.
    On est bien contents de vous avoir vus a Sarajevo et a Berane!
    A très vite pour lire la suite de vos aventures!
    Valeriane, Mathieu et Matthias

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

© 2019 Puffy en voyage

Theme by Anders NorenUp ↑