Le vent de face, ça fracasse !

Bivouac-4-Mongolie

La Mongolie a été pendant longtemps sous le pouvoir direct de Moscou, jusqu’à l’effondrement du régime soviétique. Le pays a ensuite connu la transition vers une démocratie parlementaire. Froit, notre hôte néérlandais à Oulan Bator s’amuse de quelques anecdotes.
Les membres du congrès et du gouvernement aux USA possèdent 0.1% de la richesse de leur pays. Les membres du gouvernement en Chine possède 1% de la richesse de leur pays. Les membres du parlement et du gouvernement mongoles eux possèdent entre 7% et 8% de la richesse de la Mongolie ! La richesse de ce pays enclavé venant majoritairement du tourisme et des exploitations minières.
Dans les médias, on ne peut pas se moquer de deux choses : des politiques et de Gengis Khan, le héros national. Froit avait reçu un appel du bureau de l’immigration, lui demandant de retirer une caricature du grand conquérant de sa page facebook. On ne plaisante pas avec Gengis.
Après avoir fait prolonger nos visas, on planifie notre itinéraire pour le mois qui arrive : une grande boucle à l’ouest passant par le massif du Khangaï et par le lac Khovsgöl. On quitte l’agglomération d’Oulan Bator, concentrant quasiment les 2/3 des habitants du pays. La circulation y est anarchique. Chose curieuse, bien que l’on roule à droite, la majorité des voitures ont aussi le volant à droite ! Ce sont pour la plupart des véhicules japonais d’occasion.

Après une vingtaine de km, on se retrouve dans la steppe mongole, au milieu de nulle part. Des collines à perte de vue, parsemées de quelques yourtes et de troupeaux de bétail. Le sentiment d’être perdu dans l’immensité est sacrément chouette. Et ce sentiment ne nous quitte pas.
La route est asphaltée. Comme maintenant la plupart des axes principaux du pays. Les choses évoluent rapidement. On ne se plaint pas. En vélo, on peut avancer.

Il y a des petites villes à peu près tous les 100 kms, pour refaire quelques courses. Et puis il y a toujours une yourte pas très loin pour demander un renseignement ou un peu d’eau. C’est un pays merveilleux pour le camping. Il suffit simplement, une fois fatigué de s’éloigner de quelques centaines de mètres de la route pour trouver un p’tit coin de prairie paradisiaque. On a toujours l’impression d’être absolument seuls, mais les visites ne tardent jamais. De derrière une colline, un cavalier arrive. Ou alors sortant de nulle part un motard vient à notre rencontre. Curieux, faisant le tour du campement, regardant avec attention les vélos, essayant de communiquer malgré la rude barrière de la langue, avant de repartir dieu seul sait où.

La Mongolie est le pays du ciel bleu, et pour le coup les journées ensoleillées sont superbes. Dans ces immenses espaces rien n’arrête le vent, qui vient surtout de l’ouest. Et qui souffle continuellement entre 8h et 19h. Et on se dirige pour plusieurs centaines de kilomètres vers l’ouest. Oui, on trace l’itinéraire avec soin. On a quelques répits lorsque le vent change de direction et décide de souffler du nord. Apportant le froid de la Sibérie. Les températures alors dégringolent et les flocons de neiges tombent. Deux fois déjà on a eu une petite surprise le matin. Le temps change vite. Surtout au printemps. On est en sandales et t-shirt la veille, puis on enfile moufles et doudoune le lendemain. Alors qu’on est mi-mai ! Qu’est-ce que l’hiver doit être…

La steppe au printemps, c’est une rase prairie avec quelques fleurs épargnées par les moutons, et des cadavres ou des os d’animaux de partout. Ceux qui n’ont pas tenu le rude hiver. Et ils sont nombreux ! On campe souvent entre un tibia, un crâne et quelques vertèbres de vaches ou moutons.

Et un jour, après une descente, la steppe tout d’un coup disparait pour laisser place à une dune de sable, de plusieurs dizaines de kilomètres de long mais seulement quelques mètres de large. Jolie curiosité géologique. Bien exploitée d’ailleurs par le propriétaire du camp de yourtes juste à côté qui propose des nuits aux touristes à des prix qui s’accrochent aux étoiles.

Village_Yourte-Mongolie

Dans quasiment toutes les vallées se trouvent une poignée de yourtes, avec des centaines d’animaux vagabondant librement dans les pâturages sans fins. Chevaux, vaches, chèvres et moutons se déplacent en larges troupeaux. Très peu d’animaux sauvages. Et absolument pas d’arbres pendant une bonne semaine. Les oiseaux par contre eux dans l’excitation du printemps nous interpellent du matin au soir en sifflant.

On aperçoit également d’énormes rapaces, faucons, vautours et aigles. Les vautours en groupe s’affairant autours des carcasses d’animaux morts. Spectacle assez impressionnant.

L’alcoolisme est dans ce pays aux rudes conditions climatiques extrêmement rependu. Plusieurs fois des motards ou des chauffeurs ralentissent à notre hauteur par curiosité, et nous font presque vaciller avec les vapeurs d’alcool de leur haleine. On boit ici la vodka. Qui ne coûte d’ailleurs quasi rien. En témoignent les centaines de bouteilles vides le long des routes. Pourtant sur les routes on ne s’est jamais vraiment senti menacés par la conduite des mongoles. Au bivouac un soir un 4×4 arrive de nulle part puis s’arrête. Le chauffeur en sortant du véhicule manque de tomber et vacille lourdement sur plusieurs mètres. Il parle anglais, incroyable ! Il veut nous aider et veut qu’on aille avec lui. Arf. Bon, on est pas très confiant, on réflechit. Il en profite pour ouvrir une bouteille en plastique de bière de 2.5L de la blanquette arrière. On visite une yourte voisine. De sa famille. Charmantes personnes. Qui nous donne un litre de lait frais, et un cuisseau de mouton cru.

Amis-Mongolie

La Mongolie n’est clairement pas la meilleure destination pour les végétariens. Faute de labels agricoles, la viande s’exporte très mal. Et pourtant, il y en a du bétail dans le pays ! Notre régime alimentaire est sur-protéiné.

On arrive à Kharkhorin, à 350 km d’Oulan Bator. Cette petite ville de moins de 10000 habitants était au XIIIème siècle la capitale de l’empire mongole. Gengis Khan a uni les tribus nomades turco-mongoles pour conquérir ce qui allait devenir le plus grand empire qu’ait connu l’humanité !
Les « empires civilisés », romans, byzantins, perses ou chinois, ont toujours tremblés face aux nomades du nord de l’Asie, durcis par la rudesse du climat. L’Histoire retient certains noms, Attila, Tamerlan ou Gengis Khan. Ce dernier soumit la Chine entière, la Perse, le Moyen-Orient et jusqu’à l’Europe de l’est. La Chrétienté de l’Europe occidentale y échappa de peu, les hordes devant revenir en Mongolie pour des histoires internes de succession. Et c’est de Kharkhorin qu’a été pendant près d’un siècle administré ce gigantesque territoire. À cette époque on trouvait dans cette ville une dizaine de temples bouddhistes ou taoïstes, deux mosquées et même une église ! Des conseillers venaient de Chine, de Perse, et des ambassadeurs étaient même envoyés par le Pape ! Essayant en vain de convertir le conquérant. Puis la capitale administrative de l’Empire sera déplacé à Pékin. Ce sera là que Marco Polo sera reçu, par un héritier.
Mais bien peu de chose ne subsiste de ce passé prestigieux pour les mongoles. Dans la ville, quelques statues et quelques fondations. Des campements de yourtes, des maisons de toutes les couleurs, quelques vaches qui broutent et des agneaux stupides qui ont encore perdus leur mère. On est bien loin de la folie sanguinaire de ces temps passés. On a quand même une pensée pour tous les voyageurs de ces époques, commerçants ou diplomates qui partaient traverser toute l’Eurasie. Ils ne rentraient pas en transsibérien.

Paysages-3-Mongolie

 

Autre curiosité à visiter à Kharkhorin, un monastère bouddhiste du XVIème siècle qui avait abrité jusqu’à 1000 moines ! La Mongolie était très proche du Tibet. Il a ensuite été détruit lors des purges soviétiques, accompagné du massacre du clergé. Aujourd’hui, quelques bâtiments subsistent, et quelques moines officient de nouveau.

En cherchant un endroit où se reposer quelques jours dans la ville, on rencontre d’autres cyclos voyageurs. Toute une famille même ! Australienne. Avec deux filles et un garçon entre 4 et 7 ans, voyageant pendant une petite année en vélo en Asie. Toute la famille tient sur deux tandems ! Travail de forçat pour les deux parents. On passe trois chouettes journées ensembles à visiter Kharkhorin, puis à pédaler plus à l’ouest. Les enfants ont une vitalité géniale.

Bivouac-Mongolie

1 Comment

  1. Ciao Léa, Logan and Puffy! You’ve stacked up a lot of kilometres from your step in Italy: I’m proud of you; I also appreciate your Mongolia pictures, the landscape is fabulous.

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