Nous quittons les plaines du nord-est de l’Inde pour rejoindre Darjeeling, célèbre pour sa situation géographique à l’entrée du Sikkim, mais aussi pour son thé ! C’est la montagne, les plantations s’accrochent au rude relief entre 1000 et 2000 mètres d’altitude. Les plants ne sont pas les mêmes que ceux endémiques de la région d’Assam. Les britanniques ont fait venir ceux là de Chine, s’adaptant bien mieux à cet environnement.

On quitte la gare ferroviaire pour prendre une jeep, seul moyen de transport pour rejoindre la ville 90 km plus loin, perchée entre 2100 et 2300 mètres d’altitude. On nous dit qu’il fait très froid en hiver. Et que le thermomètre descend parfois même jusqu’à 1 ou 2 degrés !… À 2300m d’altitude. Ça nous fait un peu sourire.
La chaleur étouffante laisse place à un vent frais, puis à un brouillard humide qui nous permet tout juste de voir 5m devant le véhicule. Les virages n’en finissent pas, les pentes oscillent entre 15 et 20 %, les routes sont étroites, et on fait notre possible pour ne pas regarder par la fenêtre du côté du vide. L’imagination s’emballe vite, et notre cœur passe régulièrement à 200 bpm. C’est sportif.
Et puis curieusement, on passe un col, on continue sur une crête, et on aperçoit Darjeeling, immense.  Plus de 100 000 habitants perchés sur les flancs de la montagne, qui s’activent dans la soirée brumeuse.

Proteger-par-les-dieux-de-la-route

Plusieurs grandes marques de thé s’approvisionnent ici. Et les prix s’amusent parfois à s’envoler grossièrement. À trop laisser infuser ses roupies, on peut garder un goût amer dans la bouche.
On a passé deux semaines à boire du thé, et la première échoppe propose du café pas cher fait à la cafetière italienne ! Notre fidélité et notre régularité ne se gagnent pas trop difficilement. Les journées sont sur-caféinées mais les nuages nous laissent difficilement un petit aperçu du paysage. Arghhh.

Des jeeps partent tous les matins à 4h30 pour monter sur une colline 20 km plus loin. Tiger Hill. Pour profiter du lever du soleil. Et les matins sont souvent assez dégagés. On se lève et on saute dans une jeep, sans demander le prix. Le conducteur est pressé. Au sommet, on insiste.

-« hé, give me the price, instead of we do not go down with you. »
-« hé, I do not know. Let see later »
Classique

-« we insist. 100 roupies? »
« 1000 roupies »

Soit 10 fois le prix normal. Classique. Faut toujours se mettre d’accord sur le prix avant en Inde. On part en lui disant qu’on payera rien et qu’on se démmerdera autrement pour redescendre. Il accepte, souriant. On monte au point de vue. Une centaine d’indiens dans les starting block pour prendre la première photo du levée du soleil. Et surtout pour capturer la chaine montagneuse au loin, culminant à plus de 8000 m, déshabillée par une superbe lumière rose. On oublie vite la foule devant le panorama. Et on redescend tranquillement en stop aux premiers rayons du soleil. La poésie des p’tites arnaques indiennes.

Lever-de-soleil-a-Tiger-Hill
Dans un café on rencontre Thomas et Ula, couple francais-lituanien. Ils viennent de Chine. Attrapés par la police au Tibet sans permis. Grands bourlingueurs, ils continueront en Asie centrale après l’Inde. Leur blog avec de chouettes articles : http://www.tomulaaroundtheworld.com . Il se trouve que Logan était tombé avant de partir sur le blog du voyage de Thomas il y a 9 ans. Une année en auto-stop, dans le cadre d’une année sabbatique. Le monde est petit.

Nos-copains-a-Darjeeling
Notre séjour à Darjeeling prend fin, retour à Delhi pour prendre l’avion. On descend dans la plaine avec une jeep. 14 personnes dedans, les passagers de la banquette arrière se relayant pour vomir par la fenêtre. Pour avoir un lit dans un train en Inde il faut souvent réserver un petit mois à l’avance. C’est le cas du « Brahmaputra mail ». Et on arrive le jour même croisant les doigts pour que des places de dernières minutes se libèrent. Le trajet est de 2 nuits, c’est pas chouette d’être dans un train sans sleeper. Et finalement on nous attribuent les places 53 et 54 du wagon 9.On a delhi pour des lits !”
Le train en Inde. De 5h du matin jusqu’à tard le soir, c’est un défilé dans les wagons. Les vendeurs à la sauvette se relayent, proposant en criant concombres, thés, cafés, lassi, tabac, chaussettes, écharpes, thalis, jouets, machines à coudre manuelles, carte sd, chargeurs de téléphone, bouteilles d’eau, couvertures, batteries externes, brosses à dent, sucreries, gâteaux, éventails, tongs etc… Des enfants balayent par terre aux arrêts pour mendier un peu d’argent. Des aveugles, jeunes filles avec bébé, lépreux, veuves et estropiés demandent la charité. De charmantes jeunes femmes claquant des mains demandent 10 roupies aux passagers, ce sont des travestis qui terrorisent les plus fiers indiens en les menaçant d’un mauvais sort s’ils ne donnent rien.
On sympathise avec notre voisin de couchette, qui travaille pour le ministère de l’agriculture. Après avoir travaillé 5 ans pour Monsanto en Inde. Curieuse rencontre après deux semaines dans des fermes biologiques. La « révolution verte » en Inde dans les années 90 avec l’usage massif des pesticides et des semences à hauts rendements a été la solution choisie par le gouvernement pour nourrir le peuple indien toujours plus nombreux. Et pour le coup, elle a été remarquablement efficace. Mais elle a également ouvert des marchés extrêmement profitables pour les multi-nationales peu scrupuleuses, et a des effets aujourd’hui sacrément pervers et non maitrisés pour l’environnement et pour les petits fermiers.
On retrouve Delhi, son brouillard de pollution, ses klaxons incessants, sa chaleur suffocante, mais aussi nos copains pour profiter des derniers jours en Inde ! Parveen la copine de Pradu est en ce moment aussi à Delhi. Elle est prof de socio dans le nord-est.
Avril est la période des grandes vacances scolaires pour les indiens. On passe de l’appart de Pradu à celui de Bulbul en passant par celui de Shayma and Ashmi, jonglant entre soirées d’adieu et derniers préparatifs avant le départ.
L’Inde est épuisante, mais elle va nous manquer.

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